La guillotine est une machine de conception française, inspirée d’anciens modèles de machines à décapitation, et qui fut utilisée en France pour l’application officielle de la peine de mort par décapitation, puis dans certains cantons de Suisse, en Grèce, en Suède, en Belgique et en Allemagne. En France, la guillotine fut utilisée du 25 avril 1792, place de Grève à Paris, au 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes à Marseille, et fut remisée définitivement, après l’abolition de la peine de mort en 1979, au fort d'Écouen dans le Val-d'Oise.
Elle tient son nom du docteur Guillotin qui fait adopter la machine à l'Assemblée nationale constituante dans les tout premiers temps de la Révolution française en 1789. Son concepteur est le docteur Antoine Louis. La première machine est réalisée par un facteur allemand de pianos et de clavecins installé à Paris, Tobias Schmidt (de).
Selon les experts médicaux, la section de la moelle épinière entraîne une perte de connaissance instantanée (exactement comme pour une pendaison dite long-drop).
Prélude à la simplification de la peine de mort
Le 24 août 1780, Louis XVI, suivant les conseils de Pierre Lenoir, alors lieutenant-général de police, supprime la « question préparatoire ». Cette pratique consistait à torturer l'accusé pour obtenir des aveux, surtout lorsqu'il manquait de preuves suffisantes. Cette réforme marquait une avancée dans le traitement des accusés, car elle visait à réduire les abus et à envisager la possibilité de leur innocence. Louis XVI s'inspirait de son beau-frère, le grand-duc de Toscane Léopold Ier, qui avait déjà introduit des réformes progressistes dans le code pénal de son propre duché. S'il ne va pas aussi loin que Léopold Ier dans ces réformes, Louis XVI pose tout de même un jalon important dans l'évolution de la justice en France en abolissant une méthode cruelle et injuste de traitement des accusés.
« Tout reposait alors sur deux principes, la vengeance publique et la terreur, partout la tendance à établir l’analogie matérielle entre le délit et la peine, à proportionner l’une à l’autre d’une manière rigoureuse et mathématique, au moyen d’une échelle de tortures savamment graduée ».
Le 1er mai 1788, une déclaration royale s'attaque à la « question préalable », une pratique consistant à infliger une dernière torture après la condamnation pour forcer l'accusé à dénoncer ses complices. Cependant, Louis XVI n'a pas eu le temps de mettre en œuvre cette réforme. C'est finalement l'Assemblée constituante qui, par la loi du 8 octobre 1789, abolit toute forme de torture en France, marquant ainsi une étape décisive dans l'évolution du système judiciaire français.
Croisade philanthropique d’un franc-maçon
Joseph Ignace Guillotin, député et secrétaire de la toute nouvelle Assemblée nationale constituante, a présenté le 10 octobre 1789 un discours préliminaire sur son projet de réforme du droit pénal. Avec le soutien de Mirabeau, il défend l'idée que la loi doit être égale pour tous, tant dans la punition que dans la protection. Son discours est très applaudi, comme le rapporte le Moniteur du lendemain.
Le 1er décembre 1789, Guillotin propose officiellement son projet de réforme. Le premier article dispose que « les délits de même genre seront punis par les mêmes genres de peine, quels que soient le rang et l'état du coupable ». Cela signifie que tous les individus, indépendamment de leur statut social ou de leur richesse, doivent recevoir les mêmes peines pour les mêmes crimes.
Il demande également que la décapitation soit le seul supplice utilisé et suggère la recherche d'une machine pour remplacer la main du bourreau. Pour Guillotin, l’utilisation d’un appareil mécanique pour les exécutions garantit égalité et humanité, et il espère qu'un jour la peine capitale sera complètement abolie.
Petite phrase du médecin et attribution du nom de « guillotine »
« Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point. La mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l'homme n'est plus. »
Cette phrase prononcée au cours de son allocution est la plus fréquemment attestée par les contemporains ; plus que l’expression « un souffle frais sur la nuque ». L’expression « en un clin d’œil » est également employée par le docteur Antoine Louis, le concepteur de la machine, comme l'attestent ses instructions écrites de fabrication adressées au sieur Guidon.
Si la machine fut appelée « louison » ou « louisette », en référence au nom de son concepteur, ou encore « mirabelle », en référence à Mirabeau, le nom de « machine à Guillotin » puis guillotine s’imposa rapidement, promu de manière ironique par le journal royaliste Les Actes des Apôtres, sous la direction de Jean-Gabriel Peltier. En découlent les verbe et adjectif : guillotiner et guillotiné.
Une chanson, sur l’air du menuet d’Exaudet, contribua à attacher à cette machine le nom de Guillotin pour la postérité. Elle avait pour titre : « Sur l’inimitable machine du médecin Guillotin propre à couper les têtes et dite de son nom Guillotine » et pour dernier couplet :
Même le Coupe-tête [Jourdan dit « Coupe-tête »]
Les propositions de Guillotin, égalitaires et humanitaires, sont défendues par l’abbé Pépin et versées au Journal des Débats et des Décrets. Elles témoignent, notamment par l'intervention dûment précisée d'un mécanisme sans mention de l'exécuteur, d'une foi dans le progrès et d'un rejet de la cruauté qui s'inscrivent dans la philosophie des Lumières.