Ce Jour-là

Guillaume II (empereur allemand)

Empereur allemand et roi de Prusse (1859-1941)

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Guillaume II (en allemand : Friedrich Wilhelm Viktor Albrecht, en français : Frédéric Guillaume Victor Albert), né le 27 janvier 1859 à Berlin et mort le 4 juin 1941 à Doorn, aux Pays-Bas, est le troisième et dernier empereur allemand (Deutscher Kaiser) ainsi que le neuvième roi de Prusse, du 15 juin 1888 à son abdication le 9 novembre 1918. Membre de la maison de Hohenzollern, il est le petit-fils de Guillaume Ier (premier empereur allemand) et le fils de Frédéric III, qui ne régna que 99 jours et à qui il succéda.

Sa réputation a souffert des critiques des élites allemandes sous son règne, de la propagande étrangère avant et pendant la Première Guerre mondiale. Les historiens décrivent un homme « intelligent, cultivé et ouvert », mais parfois indécis et prêt à s'emballer pour revenir en arrière peu de temps après, défaut utilisé contre lui par la diplomatie européenne.

Né le 27 janvier 1859, Friedrich Wilhelm Viktor Albrecht (Frédéric Guillaume Victor Albert) est l'aîné des huit enfants de Frédéric III, alors Kronprinz de Prusse, et de Victoria, fille aînée de la reine Victoria du Royaume-Uni et du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Ses prénoms ont été donnés en hommage à son grand-oncle Frédéric-Guillaume IV, régnant lors de sa naissance, et à ses grands-parents maternels. Guillaume connaît une enfance très rude comparable à celle de Frédéric II. À la suite d'une naissance difficile (dystocie des épaules), il souffre d'une atrophie du bras gauche. Ce handicap cause chez le jeune prince un mal‑être très fort mais surtout des soucis d'équilibre, en particulier lorsqu'il monte à cheval, exercice pourtant obligatoire au sein de cette noblesse prussienne. Il est également atteint d'une lésion à l'oreille interne gauche, ce qui aggrave son humeur. Il subit également des opérations douloureuses, dont l'une a pour but de tenter de lui allonger son bras atrophié, plus petit que l'autre.

Son père, qui professe des opinions libérales et respectueuses des droits de l'homme, est soumis aux brimades du chancelier Otto von Bismarck, qui le dessert auprès de l'empereur et cherche à influencer le jeune Guillaume. Cantonné dans une semi-disgrâce et dans une certaine inactivité, le Kronprinz est tenu à l'écart des zones de pouvoir. Il se replie sur sa vie familiale. Impatient de monter sur le trône, il éprouve de la mélancolie et de la colère vis-à-vis de la longévité de son père, l'empereur Guillaume Ier. Il transfère cette colère sur son fils Guillaume, qu'il humilie ou ignore totalement, comme l'atteste Alfred von Waldersee, proche de la famille impériale. Loin d'être un facteur d'apaisement, la Kronprinzessin épouse totalement les valeurs de son mari, qui l'adore. Lors d'une visite à Vienne, en présence des membres de la haute noblesse autrichienne, elle vante les mérites du Kronprinz autrichien, « plein d'esprit et si élégant », tout en le comparant à son fils Guillaume « si gauche et si grossier ».

Son handicap l'empêchant de compléter son éducation qui passe par l'école militaire, comme le veut la tradition prussienne, sa mère décide de l'envoyer dans un établissement de Cassel, où le jeune Guillaume partage les mêmes bancs que des enfants de la bourgeoisie. Ses parents, qui se voulaient plutôt libéraux en comparaison de l'austérité de Guillaume Ier, souhaitent donner une éducation allant dans ce même sens à Guillaume. Nonobstant les valeurs et les exigences de ses parents, le prince, très au fait de ses devoirs impériaux, se révèle un adolescent nerveux et vaniteux. Il fait montre d'un caractère très curieux, très intéressé par les sciences et techniques, la religion ou encore l'histoire. Il a le goût de l'archéologie et des voyages, passant un temps considérable à se rendre à l'étranger ou sur les mers.

La jeunesse de Guillaume est ainsi marquée par une lutte incessante contre son infirmité mais aussi entre ses deux cultures prussienne et anglaise. Il aurait pu sortir vainqueur de ses conflits intérieurs par son intelligence, mais la tradition prussienne marqua profondément sa personnalité, l'amenant à valoriser la vertu de force et à radicaliser ses opinions, prémices de sa personnalité instable.

Règne avant la Grande Guerre (1888-1914)

Guillaume devint souverain de l'Empire allemand en juin 1888 (« l'année des trois empereurs ») après le très court règne de son père, le libéral Frédéric III, qui a lui-même succédé à son père Guillaume Ier, décédé en mars de la même année.

Le règne de Guillaume II débuta dans un climat contrasté. D'un côté, la population est satisfaite de voir un souverain jeune et en pleine forme accéder au trône, contrairement à ses prédécesseurs. D'un autre côté, le climat social est très agité, sur fond de grèves, en particulier des mineurs. Le jeune souverain prend le contre-pied des lois antisociales du chancelier Bismarck et finira rapidement par s'en séparer : Guillaume II applique une mesure d'avant-garde, la réduction à 8 heures de la journée de travail dans les mines, mesure sociale qu'il essaie de faire partager par les pays européens, pour ne pas pénaliser l'industrie allemande. En 1890, il organise à cet effet une Conférence internationale à Berlin, qui se révèle un échec.

Son règne fut également marqué par un changement total de la politique traditionnelle prussienne, un militarisme et un autoritarisme exacerbés. Désirant donner à l'Allemagne une envergure internationale, il troqua la Realpolitik de Bismarck contre la Weltpolitik expansionniste et colonialiste, s'employa à développer une marine de guerre tandis que son règne tint de plus en plus du régime personnel. Il est en cela en accord avec une opinion publique demandant une politique étrangère plus active et la montée en puissance des groupes nationalistes comme la Ligue pangermaniste.

Cependant, son entourage se montre circonspect sur le caractère du souverain. Ainsi, la baronne Hildegard von Spitzemberg écrit dans son journal que le caractère de l'empereur « inquiète beaucoup » au sein des cercles gouvernementaux, car celui-ci garde obstinément l'impulsivité de sa jeunesse et a du mal à acquérir la maturité d'un chef d'État. Les critiques contre le caractère agité de l'empereur, d'abord limitées à la presse satirique, commencent à se diffuser au sein des autres journaux, ce qui entraîne l'ajout d'un crime de lèse-majesté spécifique dans le code pénal allemand.

D'un point de vue économique, l'historienne Francine Dominique Liechtenhan rappelle que le règne de Guillaume II se conjugua avec un développement important de l'industrie allemande. Un progrès scolaire et universitaire hors du commun participe à l'évolution du pays vers un État-nation. Une vieille tradition associant école et apprentissage crée des travailleurs qualifiés. L'université sait s'adapter aux nouvelles demandes de la modernisation du pays : physique, chimie, électronique, pharmacie… La Kaiser-Willhelm-Gesellschaft encourage la recherche. Des entreprises comme Siemens, Bayer ou AEG acquièrent vite une renommée internationale. Guillaume II inaugure également un nouveau type de grande école technologique prodiguant un enseignement plus pratique. L'empereur observe avec enthousiasme l'évolution de la recherche. Il aime inviter les chercheurs, économistes, techniciens mais aussi les hommes d'affaires. En ce sens, il se situe aux antipodes de l'empereur François-Joseph d'Autriche figé dans son immobilisme et de Nicolas II de Russie, frileux envers cet univers de progrès. Le règne de Guillaume II apporte une nette augmentation du niveau de vie.

Bien que connu pour sa passion pour les parades militaires et les uniformes, Guillaume n'est pas, comme on l'a dépeint par la suite, un va-t'en guerre irréfléchi. On le voit notamment lors de la crise d'Agadir en 1911, où en proie aux attaques de la presse nationaliste qui le traite de « Guillaume le timide, le valeureux poltron », il choisit une solution négociée au conflit. Il joue également un rôle modérateur dans les guerres balkaniques de 1912-1913, conseillant à son allié autrichien de ne pas intervenir, car il redoute un conflit austro-russe dans les Balkans, mais lui-même est influencé de longue date par des personnes qui promeuvent une guerre de l'Allemagne contre la Russie, dont Alfred von Waldersee. Il encourage également l'Autriche-Hongrie à améliorer ses relations avec la Serbie.

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