Guillaume Courtet (vers 1590 Sérignan, Hérault - 1637 Nagasaki, Japon) est un dominicain et théologien français, martyrisé à Nagasaki.
Il est l'un des premiers Français à pénétrer au Japon.
Guillaume Courtet est probablement depuis le XVIIe siècle le plus populaire des Sérignanais dans sa commune. Cet esprit brillant a choisi très tôt le témoignage total de sa foi en Jésus-Christ. Après tout un itinéraire de prédicateur et de professeur de théologie en Languedoc, en Europe, en Asie, il débarquera clandestinement au Japon et c’est sur une colline de Nagasaki en 1637, qu’il deviendra le premier martyr français au Japon. Au fil des siècles, ses compatriotes lui sont restés très attachés contribuant ainsi au succès, en 1987, d’une cause canonique qui doit tant au chanoine Joseph Estournet.
C’est à la fin des « guerres de religion » que Sérignan a vu naître et grandir Guillaume Courtet. Le registre des baptêmes manque pour l’année de sa naissance mais tous les documents ultérieurs permettent de la situer en 1590 (ou à la fin de 1589), huit années avant la signature de l’édit de Nantes par Henri IV.
Son père Jehan Cortet (devenu « Courtet » pour garder la prononciation occitane lors de la francisation de la langue au XVIe siècle ?) semble être deuxième consul de Sérignan en 1581. De son mariage avec Barbe Malaure sont issus au moins quatre enfants : Antoine, Marguerite, Guillaume et Alix.
Probablement élève de l’école des chanoines de Sérignan, on peut lui supposer une jeune enfance heureuse au sein d’une famille plutôt aisée. Une plaque, dans la « carriera dels salanquiers » indique l’emplacement de sa maison natale. Ses historiens ont relaté une précoce vocation pour les missions lointaines. Ses propres écrits le confirmeront.
Guillaume a douze ans lorsque sa mère décède. L’année suivante, en 1603, il est choisi comme parrain au baptême d’un fils de Lort, famille seigneuriale de Sérignan depuis un demi-siècle. Cela semble témoigner de la bonne réputation dont il jouissait dans sa ville natale. Il est alors élève à Béziers, vraisemblablement au collège des jésuites.
À 15 ans, Guillaume part à l’université de Toulouse pour des études de philosophie et de théologie. Il est déjà décidé à devenir religieux dominicain. À 17 ans, le 15 août 1607, il est admis au noviciat du couvent d’Albi. Et c’est le 15 août 1608 qu’il y prononce ses vœux de « frère prêcheur », plus précisément, dans la toute jeune congrégation de saint Louis qu’a formée Sébastien Michaëlis.
Guillaume retourne alors à Toulouse continuer ses études et se préparer au sacerdoce. Comme à Albi, sa vie exemplaire et ses dispositions intellectuelles vont le faire remarquer de ses supérieurs. À 22 ans, il est nommé « lecteur » de théologie et commence ainsi une activité d’enseignement qu’il poursuivra toute sa vie dans divers pays. Son père est décédé l’année précédente en 1611.
Guillaume est ordonné prêtre en 1614. Dans les années qui suivent, souvent accompagné de ses novices, il a une intense activité de formateur notamment à Toulouse et à Bordeaux.
C’est vraisemblablement le succès de ses activités qui conduira l’ordre à lui confier en 1624, la charge de prieur du grand couvent d’Avignon. Il quitte alors Toulouse avec plusieurs de ses « disciples » pour cet important ministère. En deux années de priorat, le couvent accueillera 10 nouveaux arrivants.
Deux ans plus tard, Guillaume est nommé « commissaire » de l’ordre en Europe du Nord avec une mission difficile (qui lui vaudra bien des inimitiés et même une « humiliation fâcheuse ») de propagation de la réforme de Michaëlis. C’est de cette période que date sa merveilleuse lettre du 30 août 1628 récemment retrouvée. Dans cet écrit, il communique un grand nombre d’informations sur la mission qu’il accomplit et, au passage, nous laisse un clair témoignage de sa vocation : il « désire ... demander » au Supérieur Général d’être envoyé vers des pays où il sait qu’il courra les plus grands risques (« les supplices auxquels je me veux exposer »). Ceci est signé neuf années avant son martyre et il affirme dans cette même lettre qu’il a « toujours » eu ce désir.
La route sera longue. En ces temps, seuls l’Espagne et le Portugal peuvent organiser des missions lointaines. Avec l’accord de ses supérieurs, Guillaume va changer de congrégation et arriver à Madrid en 1628. Il va devoir également changer de nom et devient le « Padre Tomas de Santo Domingo ». Il attendra cinq ans de plus avant de pouvoir s’embarquer vers l’Orient. Ces années espagnoles seront surtout pour lui marquées par la préparation (physique, intellectuelle et spirituelle) de sa mission au Japon et une charge d’enseignement de la théologie. Il y est aussi confesseur de l’ambassadeur de France et conseiller spirituel de la reine d’Espagne (Isabelle, fille d’Henri IV).
À la fin de 1634, Guillaume est enfin autorisé avec une vingtaine d’autres religieux à s’embarquer pour les Philippines via le Mexique. Ils arrivent à Manille le 24 juin 1635. Et là, tout en préparant intensément sa mission au Japon, il est à nouveau professeur de théologie.
Partir pour le Japon n’était pas simple. Le christianisme y avait été très bien accueilli avec l’arrivée de saint François Xavier le 15 août 1549. Quarante années plus tard, on y comptait 200 000 fidèles lorsque commencèrent les persécutions des chrétiens au Japon.
Après les 26 premiers martyrs crucifiés en 1597 (martyrs du Japon), c’est une véritable politique d’élimination totale du christianisme qui se met en place. Elle s’accompagnera d’une fermeture quasi complète du pays. Cette persécution des chrétiens au Japon durera deux siècles et demi et fera peut-être deux cent mille martyrs. Ponctuellement, les appels de détresse des chrétiens japonais demandant des prêtres parvenaient toutefois à Manille. Le départ du groupe du père Courtet fut probablement accéléré pour répondre à ces appels.
Le débarquement au Japon se devait évidemment d’être clandestin. Le départ de Manille le fut aussi, car interdit par le gouverneur espagnol qui craignait des représailles japonaises : il fit détruire la première embarcation construite par les pères. Mais le 10 juin 1636, Guillaume Courtet, trois autres prêtres et deux laïcs réussissent à s’embarquer en secret sur une jonque rachetée à un Japonais. Les trois prêtres sont Miguel Aozaraza et Antonio Gonzalez (Espagnols) et Vincente Shiwozuka de la Cruz (Japonais). Un des deux chrétiens laïcs est Lorenzo Ruiz, père de trois enfants, qui fuit (vraisemblablement innocent) la justice espagnole. L’autre est « Lazare » de Kyoto, un lépreux japonais expulsé de son pays en raison de sa maladie et de sa religion.
Au sortir de la baie, une bourrasque mit à mal ce navire dont l’équipage avait probablement été recruté hâtivement. Il dut relâcher dans une île pour réparer les avaries et repartir quelques jours après.