Ce Jour-là

Guerre russo-géorgienne

Conflit militaire, ayant opposé la Géorgie et la Russie, dans l'Ossétie du Sud, en août 2008

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La guerre russo-géorgienne de 2008 (également connue sous le nom de seconde guerre d'Ossétie du Sud) est un conflit post-soviétique qui oppose en août 2008 la Géorgie à sa province séparatiste d'Ossétie du Sud et à la Russie. Le conflit s'est étendu à une autre province géorgienne séparatiste, l'Abkhazie.

Après plusieurs jours d'accrochages frontaliers entre la milice des séparatistes sud-ossètes, soutenue et formée par la Russie, et l'armée géorgienne, les hostilités commencent dans la nuit du 7 au 8 août 2008 par un assaut des troupes géorgiennes décidé par le président géorgien M. Saakachvili.

Se fondant sur le fait que la grande majorité des Ossètes du Sud ont un passeport russe, le président russe, Dmitri Medvedev, ordonne à ses troupes d'intervenir afin de protéger la population de l'Ossétie du Sud et de contraindre la Géorgie à la paix. Après quatre jours d'avancée rapide des forces russes et de bombardements sur plusieurs villes géorgiennes, Medvedev annonce que ces objectifs sont atteints et que les troupes russes resteront sur les positions définies par l'accord de 1992 pour garantir la paix dans la région.

Le 16 août est signé un cessez-le-feu qui met fin au conflit, sans régler le contentieux entre l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie d’une part et la Géorgie d’autre part.

Le 26 août, la Russie reconnaît officiellement l'indépendance de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie et se dit prête « à assurer la sécurité de ces deux États ». Le 21 janvier 2021 la CEDH reconnaît qu'à l'occasion de ce conflit la Russie s'est rendue coupable de violations de la Convention européenne des droits de l'Homme.

Le conflit a causé plus d'un millier de morts et entrainé le déplacement de 158 600 personnes.

Conflit osséto-géorgien jusqu'en 2003

Contexte historique avant la période soviétique

Les Ossètes arrivèrent dans le Caucase sous le nom d'Alains dans l'Antiquité. Mais ils ne s'établirent pas dans cette région sous une entité unifiée stable et durable, alors que le royaume géorgien d'Ibérie qui était au-delà de la passe de Darial, de l'autre côté du Caucase, entrait très souvent en guerre contre eux (ou bien s'alliait avec cette tribu contre l'Arménie, la Perse ou l'Empire romain). Vers la fin du IVe siècle, une partie des Alains migrèrent en dehors de la région puis participèrent aux grandes invasions (vers 375). Ceux demeurés en Ciscaucasie fondèrent au fil des siècles une nation dans les montagnes (correspondant à l'actuelle Ossétie du Nord) qui devint au XIe siècle la vassale du royaume de Géorgie nouvellement formé (1010). Les alliances se multiplièrent entre les deux États et le roi Georges Ier de Géorgie (1014-1027) prit pour femme ou favorite une princesse osse (terme géorgien pour désigner les Alains). De cette union naquit par ailleurs un fils considéré comme illégitime, Démétrius, qui, après deux tentatives ratées de prendre le pouvoir en Géorgie, partit s'exiler en Ossétie, où il fonda une lignée royale, branche de la dynastie arméno-géorgienne des Bagratides.

Au XIIIe siècle, la nation ossète fut de facto annexée par le royaume de Géorgie quand la reine Tamar la Grande (1184-1213) prit pour mari le roi bagratide David Soslan, qu'elle associa cependant au trône du nouvel ensemble. L'Ossétie resta sous domination géorgienne jusqu'à la division du Royaume en 1490. Les Osses furent de jure annexés par l'Empire ottoman au XVIIe siècle, ce qui mena à une immigration de masse sur le territoire géorgien, notamment dans la Principauté de Samatchablo. Cette région devint ainsi un lieu de regroupement des Ossètes caucasiens en Géorgie qui y importèrent leur culture et leur langue, avec l'autorisation de certains monarques géorgiens, dont Héraclius II (1762-1798), qui cherchaient à repeupler le pays après les terribles ravages causés par les Perses et les Turcs. Quand la Russie impériale annexa la Géorgie orientale en 1802, l'Ossétie à proprement parler et la principauté de Samatchablo furent inclus au sein de la Géorgie dans la vice-royauté du Caucase. Au cours du XIXe siècle, les nationalismes ossètes et géorgiens se développèrent.

Contexte historique au XXe siècle

Les premières manifestations du nationalisme géorgien, très jacobin, déclenchèrent des heurts violents. Un conflit armé sanglant eut lieu de 1918 à 1921, quand l'éphémère république démocratique de Géorgie, dirigée par les mencheviks en conflit avec les bolcheviks de Moscou, accéda à une indépendance de facto. Les Ossètes y furent soutenus logistiquement par les bolchéviks russes même s'il faut attendre l'invasion de la Géorgie par l'Armée rouge en février 1921 pour que le conflit cesse. Il causa dans son ensemble la mort d'environ 5 000 personnes. À la suite de l'instauration du pouvoir soviétique dans la région, l'oblast autonome d'Ossétie du Sud au sein de la république socialiste soviétique de Géorgie fut proclamé le 20 avril 1922 et jusqu'aux années 1990, les relations entre les deux entités furent tout à fait pacifiques, malgré les prétentions des Ossètes sur l'enclave ethnique de Trialétie, en Géorgie centrale. De nombreux mariages mixtes furent enregistrés entre les deux peuples.

Toutefois, les problèmes resurgirent en 1989 quand le dirigeant nationaliste géorgien Zviad Gamsakhourdia organisa des manifestations pro-géorgiennes à Tskhinvali, la capitale de l'oblast de l'Ossétie du Sud, qui furent brutalement réprimées. Quand Zviad Gamsakhourdia accéda à la présidence de la RSS géorgienne à la fin de l'année 1990, les autorités sud-ossètes choisirent de répondre aux provocations de Tbilissi en organisant des élections législatives et parlementaires la même année. Le 20 décembre 1990, le nouveau parlement proclama l'élévation de l'Ossétie du Sud au niveau de république socialiste soviétique, statut toutefois non reconnu par Moscou et qui mena à la suppression courte de l'autonomie de l'oblast par Tbilissi.

Le 5 janvier 1991, l'armée géorgienne pénétra dans Tskhinvali pour désarmer les séparatistes, mais se heurta à une forte opposition et le conflit s'aggrava jusqu'en mars, quand un nouvel assaut sur la capitale sécessionniste fut opéré par la Géorgie. En avril, un blocus fut mis en place par les autorités du Conseil suprême de la Géorgie sur l'Ossétie du Sud. Les combats continuèrent jusqu'à un coup d'État, le 6 janvier 1992, qui amena au pouvoir en Géorgie Edouard Chevardnadze, ancien dirigeant soviétique. Celui-ci entama des négociations avec Tskhinvali et Moscou (qui soutenait indirectement les indépendantistes). Elles débouchèrent sur un cessez-le-feu signé à Dagomys en juin 1992 et sur les accords de Sotchi (en) le 24 juillet, alors que la Géorgie entrait en guerre avec une nouvelle région sécessionniste, l'Abkhazie. À la suite de ces accords, l'essentiel du territoire de l'Ossétie passa sous administration des indépendantistes, tandis qu'une petite partie restait sous contrôle géorgien. Ces accords semblent cependant préserver les chances d'un règlement politique du conflit en conservant une série de villages géorgiens au cœur de l'Ossétie du Sud. Parallèlement, une force d'interposition, sous mandat de l'ONU, composée de troupes géorgiennes, sud-ossètes et russes fut créée sous le nom Mission JPKF pour contrôler l'application du cessez-le-feu. Une commission comprenant Russes, Nord-Ossètes, Sud-Ossètes et Géorgiens, sous la présidence de la CEI, fut également mise sur pied pour discuter du statut de la région. Cette commission est dénoncée comme inégalitaire par les Géorgiens car comprenant trois parties supposées favorables aux Sud-Ossètes.

Arrivée au pouvoir de Saakachvili

Des incidents frontaliers entre les forces géorgiennes et sud-ossètes eurent lieu régulièrement pendant les années 1990, jusqu'à la révolution des Roses (novembre 2003), qui aboutit à l'élection de Mikheil Saakachvili, un pro-européen, à la tête de la Géorgie. De son côté, Moscou créa une situation inédite en Ossétie du Sud en proposant aux habitants des passeports russes, en vertu de l'article 14, alinéa 1b de la « Loi sur la nationalité de la fédération de Russie », qui dispose, entre autres que tout citoyen de l'URSS n'ayant pas accepté la nationalité de son nouveau pays et de ce fait se trouvant apatride, peut demander la nationalité de la fédération de Russie. Le départ du pouvoir de l'ancienne génération des apparatchiks soviétiques et l'arrivée de dirigeants pro-occidentaux, demandant ouvertement l'adhésion à l'OTAN et la réunification du pays, augmenta la tension d'un cran entre Tskhinvali et Tbilissi, de même qu'entre la Géorgie et la Russie. Le 18 août 2004, de graves accrochages militaires entre les forces indépendantistes et l'armée géorgienne se déroulèrent dans le village de Trianakhana, qui fut brièvement récupéré par les troupes de Tbilissi. Le lendemain, les affrontements continuaient, faisant 16 morts du côté géorgien et plusieurs dizaines du côté sud-ossète, tandis que Trianakhana revenait dans les mains des séparatistes après un nouveau cessez-le-feu.

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