La guerre hispano-sud-américaine, parfois également « guerre du guano », oppose l’Espagne aux républiques du Chili, du Pérou et, dans une moindre mesure, à la Bolivie et à l’Équateur. Le conflit commence en 1864 par l’occupation par l’Espagne des îles Chincha et prend fin avec le traité de paix signé à Lima, le 12 juin 1883. Cette guerre est connue comme la guerre contre l’Espagne au Chili et au Pérou, et en Espagne comme la guerre du Pacifique ou plutôt première guerre du Pacifique, le terme « guerre du Pacifique » se référant également au conflit qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1883.
Ce conflit a pour origine la guerre d’indépendance du Pérou, qui se déroule de 1820 à 1824 et se termina par la bataille d’Ayacucho le 9 décembre 1824 et la capitulation d’Ayacucho.
Dettes péruviennes envers la « mère patrie »
Dans le texte de la capitulation, le Pérou reconnaît certaines dettes envers l’Espagne mais refuse ensuite à les honorer tant que l’Espagne ne reconnaît pas son indépendance. En 1864, l’Espagne, qui n’a toujours pas reconnu l’indépendance du Pérou, entendait les récupérer, sous la pression des détenteurs de titres espagnols et péruviens résidant en Europe.
Situation politique au Pérou et en Espagne
En octobre 1862, le maréchal Ramón Castilla Marquezado termine son mandat de président de la République du Pérou. Après les élections, le général Miguel de San Román accède à la présidence mais meurt le 3 mars 1863, avant la fin de son mandat. Le maréchal Castilla, puis le général Pedro Diez Canseco, assurent successivement l’intérim. Toutefois, en vertu de la constitution péruvienne, le général Juan Antonio Pezet, en tant que vice-président, prend la tête de l’État le 5 août 1863 à son retour de Paris.
En Espagne, l’Unión liberal est au pouvoir sous le règne d’Isabelle II. Le gouvernement, présidé par le général Leopoldo O'Donnell, est soucieux de poursuivre la politique expansionniste entamée lors de la décennie précédente et décide donc d’envoyer une expédition maritime dans l’Océan Pacifique. L’Espagne est alors la quatrième puissance navale dans le monde.
Expédition maritime espagnole dans le Pacifique
L’expédition a notamment pour objectif inavoué de négocier avec le gouvernement péruvien pour régler les comptes encore en suspens de l’époque coloniale. En fin mai 1862, on décide d’adjoindre à l’expédition une mission scientifique, Comisión Científica del Pacífico, composée de trois zoologues, d’un géologue, d’un botaniste et d’un anthropologue, accompagnés d’un taxidermiste et d’un dessinateur-photographe.
L’expédition part de Cadix le 10 août 1862 et est formée par les navires de la marine espagnole Resolución (es), Triunfo (es), Vencedora (es) et Covadonga (es), sous le commandement du contre-amiral Luis Hernández Pinzón (es).
L’escadre espagnole arrive au port chilien de Valparaíso le 18 avril 1863. L’Espagne a reconnu l'indépendance du Chili dans les années 1840, et les deux pays ont des relations diplomatiques. L’expédition est bien reçue par les autorités locales, quitte le Chili en juillet en direction du nord et arrive au port de Callao, au Pérou, le 10 juillet 1863. Bien qu’il n’y ait pas de relations diplomatiques entre les deux pays, le général Juan Antonio Pezet autorise son entrée dans le port. Les Espagnols sont bien accueillis et font des démarches pour obtenir le paiement de la dette de l’indépendance.
Alors que l’escadre espagnole est partie de Callao depuis le 27 juillet, la veille de l’anniversaire de l’indépendance du Pérou, à destination de San Francisco, on apprend qu’un incident avait éclaté le 4 août dans l’hacienda de Talambo, entre Trujillo et Chiclayo, dans le nord du Pérou. Un affrontement entre des paysans et le propriétaire de l’hacienda s’est soldé par la mort d’un colon espagnol. L’incident sert de prétexte aux Espagnols de l’expédition pour revenir à Callao le 13 novembre. Les Espagnols protestent auprès du gouvernement péruvien et exigent des excuses et des réparations. Pour le Pérou, il ne s’agit que d’une affaire privée, qui est du ressort de la justice péruvienne.
Afin qu’une intervention militaire dans une ancienne colonie ne soit pas perçue internationalement de manière négative, l’Espagne envoie d’abord au Pérou Eusebio Salazar y Mazarredo (es) avec le titre de « commissaire spécial et extraordinaire de la reine », qui a été attribué au temps des colonies aux inspecteurs qui les visitent. Salazar est chargé aussi d’exiger le paiement des dettes péruviennes datant de l’indépendance. Il arrive avec son escadre à Callao le 18 mars 1864 et demande à être reçu par la chancellerie.
Pour le gouvernement péruvien, c’est une provocation délibérée de l’Espagne : il ne reconnaît pas le titre du « commissaire » et la mission qui lui était confiée. Salazar n’est reçu nulle part à titre officiel.
Le nombre de soldats espagnols est insuffisant pour prendre Callao, et l’escadre espagnole sort donc de cette rade, fait route au sud vers les îles Chincha et s’en empare. Le drapeau péruvien est amené et le drapeau espagnol fut hissé le 14 avril 1864. Les Péruviens et les Pascuans, qui extraient le guano sur l’île, sont expulsés vers le continent. Les îles Chincha constituent une ressource financière très importante pour le gouvernement péruvien à cause du gisement de guano et est donc une monnaie d’échange valable pour les Espagnols.
L’escadre espagnole soumet également au blocus maritime les principaux ports péruviens, ce qui a pour effet de désorganiser le commerce et suscite la désapprobation dans toute l’Amérique latine. Les Espagnols attendent peu de résistance de la part du Pérou, dont ils jugent négligeable la valeur militaire. Pendant le blocus, les Espagnols perdent le Triunfo, qui est détruit par un incendie accidentel.
Réaction du président du Pérou
Hésitant, le général Juan Antonio Pezet entre en négociations avec les Espagnols. Les journaux de l’époque le comparent à un nouvel Atahualpa, critiquant sa faiblesse. Il est toutefois vrai que Pezet sait que le Pérou ne dispose pas d’une bonne marine de guerre, la Marine péruvienne ayant seulement la frégate Amazonas (es) et des goélettes Tumbes (es) et Loa (es). L’escadre espagnole lui paraît donc invincible.