Ce Jour-là

Guerre franco-chinoise

Conflit armé entre la France et la Chine en 1884-1885

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La guerre franco-chinoise oppose la France de la Troisième République à la Chine de la dynastie Qing entre août 1884 et juin 1885. Elle résulte des efforts français en vue de prendre le contrôle du fleuve Rouge qui relie Hanoï à la province du Yunnan en Chine. Elle se termine par une victoire française, forçant notamment les Qing à reconnaitre les protectorats français du Tonkin et de l'Annam, par le Traité de Tien-Tsin (1885).

Cet épisode militaire s'inscrit dans le contexte de la lente mise sous tutelle de la Chine par les puissances européennes pendant la deuxième moitié du XIXe siècle. C'est un enjeu majeur de la politique coloniale française qui souhaitait acquérir des positions fortes dans le Sud de la Chine.

La victoire française permet la reconnaissance de son protectorat sur l'Annam et le Tonkin, s'ajoutant à la Cochinchine déjà occupée dix ans plus tôt et au Cambodge, conduisant ainsi à la création de l'Indochine française.

La conquête française de l’Indochine

Les origines de la conquête française dans la péninsule indochinoise remontent aux implantations françaises sous Louis XVI en 1785. Elle est véritablement lancée par Napoléon III sous le Second Empire et systématisée par Jules Ferry sous la Troisième République. Des premières tentatives d'occupation eurent lieu dans le delta du Mékong. La France depuis 1860 s'était lancée dans une politique active de colonisation en Extrême-Orient. Dès l'année 1862, un premier traité de Saïgon signé avec l'empereur d'Annam reconnaissait la souveraineté des Français sur les provinces du Sud, qui formèrent la colonie de Cochinchine.

Bien qu'un deuxième traité de Saïgon signé en 1874 ait ouvert le fleuve Rouge à la libre circulation des puissances militaires françaises, les Pavillons noirs harcèlent les navires de commerce français au début des années 1880. Cette milice levée par Liu Yongfu (un Chinois zhuang originaire du Guangxi (EFEO : Kouang-Si dans la graphie française de l'époque), opposé à l'import d'opium par les Français depuis leurs productions au Laos, gêne fortement le commerce français.

Aussi, le gouvernement français, en la personne de Jean Bernard Jauréguiberry, ministre de la Marine, envoie un petit corps expéditionnaire au Tonkin pour éliminer les Pavillons Noirs de la vallée du fleuve Rouge. La cour de l'empereur Qing voit l'arrivée de cette armée européenne comme une menace pour ses frontières, émet une protestation et se prépare à la guerre.

Le capitaine de vaisseau Henri Rivière, commandant trois canonnières et sept cents hommes, prend la citadelle d’Hanoï, capitale du Tonkin, le 25 avril 1882, comme l'avait fait Francis Garnier en 1873. Le 27 mars 1883, il prend Nam Định, mais la faiblesse des effectifs dont il dispose entraîne la répétition des événements de 1873.

En mai 1883, les Pavillons Noirs encerclent Hanoï. Rivière fait une sortie le 16 mai puis une autre le 19 mai, au cours de laquelle il est tué. La mort de Rivière déchaîne les bellicistes de la Chambre des députés à Paris. Jules Ferry confie alors la « Division navale des côtes du Tonkin » nouvellement créée au contre-amiral Courbet qui arrive le 18 août 1883 à l'improviste devant Thuận An (en), le port de Huế, qu'il bombarde.

Le 25 août 1883, par le traité de Hué, l'empereur d’Annam accepte de placer l'Annam et le Tonkin sous protectorat français. La Chine rejette le traité et envahit la province du Tonkin. Bien qu'aucun des deux pays n'ait formellement déclaré la guerre, les opérations militaires commencent à l'automne 1883. Après la campagne de Bac Ninh en mars 1884, les forces françaises terrestres du Corps expéditionnaire du Tonkin, créé en juin 1883, contrôlent les citadelles de Sơn Tây et Bắc Ninh sur le fleuve Rouge.

Le 11 mai 1884, la Chine accepte la convention de Tianjin (Tien-Tsin) puis, le 9 juin, le traité de Hué, qui assure le protectorat français sur l'Annam et le Tonkin. Ce protectorat s'organise avec la création de l'escadre d'Extrême-Orient et le renforcement du corps expéditionnaire du Tonkin.

Cependant, le 23 juin 1884, des forces chinoises attaquent par surprise une colonne française à Bac-Lé. Cette colonne a été envoyée pour occuper le pays, en accord avec le traité de Hué. Cela mène à une prolongation de la guerre, surtout quand il apparaît que les Chinois n'ont nullement l'intention de payer l'indemnité de guerre.

Bien que les commandants des forces terrestres et navales françaises sollicitent fortement une attaque directe de Pékin, la capitale des Qing, le président du Conseil Jules Ferry restreint les opérations à la péninsule indochinoise et au sud de la mer de Chine méridionale, craignant qu'une telle agression ne provoque une réaction des autres puissances européennes, et particulièrement du Royaume-Uni et de l'Empire russe.

La marine nationale met sur pied en août 1884 l'escadre d'Extrême-Orient en réunissant la division navale des côtes du Tonkin avec la division navale d'Extrême-Orient pour la durée de ce conflit. Les Britanniques s'opposent avec succès à la conquête par les Français de l’île de Hainan.

La bataille de Fuzhou et débarquement à Taïwan (août 1884)

L'escadre d'Extrême-Orient, sous le commandement du vice-amiral Amédée Courbet, bloque les ports de Keelung et Tamsui sur l'île de Formose (Taïwan), avant de tenter un débarquement contre les troupes impériales (auquel Joseph Joffre, futur maréchal de France, participe en tant que capitaine du génie). Un premier débarquement des troupes françaises échoue le 6 août 1884.

La bataille de Fuzhou se place au cœur des opérations effectuées sous le commandement de l'amiral Courbet sur la rivière Min entre le 23 et le 29 août 1884. Elle voit la destruction en une demi-heure de la marine chinoise ancrée dans cette rade, récemment construite sous la supervision d'un Français, Prosper Giquel. Courbet bombarde ensuite l'arsenal de Fuzhou, écrase les batteries de la passe Mengam et détruit les forts de la passe Kimpaï. Cette victoire, la dernière victoire navale française du XIXe siècle, se fait au prix de seulement dix tués et quarante-neuf blessés.

Le 1er octobre 1884, Courbet revient une deuxième fois à Formose devant Keelung et enlève la ville, puis le 29 mars 1885, il occupe les îles Pescadores (ou Penghu, rebaptisées « îles des pêcheurs »), chapelet d'îles qui commande le détroit de Fou-Kien entre Formose et le continent.

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