La guerre des Paysans de 1798 (en néerlandais : Boerenkrijg) est une insurrection contre-révolutionnaire de paysans de Flandre, de la région de Liège et du Luxembourg contre la République française.
En 1794, la victoire française à la bataille de Fleurus entraîne l'invasion et l'annexion à la République française des Pays-Bas autrichiens qui deviennent les neuf départements réunis.
L'insurrection éclate en octobre 1798, par rejet des lois anticatholiques et de la conscription instaurées par les républicains. Elle s'achève en décembre lorsque les rassemblements sont écrasés par les républicains lors de divers combats décisifs livrés à Bornem, Diest, Mol et Hasselt.
Les rebelles adoptent différents signes de ralliement, l'emblème le plus répandu étant une croix rouge sur fond blanc, arborée sur les drapeaux, cousue sur la poitrine ou portée sur les chapeaux et les brassards. On relève des cocardes noires et jaunes de l'Autriche, d'autres orange ou encore les couleurs noires, jaunes et rouges des États belgiques unis. Les rebelles flamands ornent souvent leurs chapeaux d'une branche de buis ou d'un plumet vert.
En Flandre (départements de la Lys et de l'Escaut) et au Brabant (départements des Deux-Nèthes et de la Dyle), la guerre s'appelle Boerenkrijg.
Aux pays wallons, comme le Brabant wallon, le Hainaut (département de Jemappes), Namur (département de Sambre-et-Meuse) et Liège (département de l'Ourthe), il y avait une faible résistance, supportée par exemple par l'abbé de Gembloux, dom Colomban Wilmart. Mais en général, l'acceptation de l'adhésion à la France et la collaboration des autorités locales à la conscription étaient plus importantes.
Au Luxembourg (département des Forêts) on parle de Klëppelkrich (guerre des gourdins).
Le 21 octobre, l'insurrection éclate à Aarschot et Montaigu-Zichem, dans le Hageland. Le 23, les paysans se rendent maîtres de la ville voisine de Diest, où ils mettent en fuite les gendarmes. Entre le 22 et le 24, les insurgés attaquent sans succès Malines, où ils laissent 70 prisonniers, dont 41 sont fusillés. Le 24, Louvain est encerclée par les insurgés qui sont renforcés par un contingent venu d'Aarschot et de Diest mené par Jan Cornelis Eelen. Les 25 et 26, les paysans lancent plusieurs assauts sur la ville, mais les patriotes résistent et l'arrivée en renfort d'une colonne de 660 hommes depuis la Meuse-Inférieure les repoussent. Diest est également reprise sans combat le 26 par une colonne républicaine de 500 hommes venue de Malines et menée par l'adjudant-général Durutte. Le 28, Eelen tente sans succès une deuxième attaque sur Louvain. Le 29, un autre rassemblement est écrasé à Duffel et Walem par un détachement de Malines.
Plus au nord, dans la Campine, la ville de Turnhout est envahie le 26 octobre, mais les insurgés l'évacuent à l'annonce de l'arrivée depuis la Hollande d'une colonne de 700 hommes commandée par le chef de brigade Bonardi. Environ 2 600 à 3 000 insurgés menés par Stolman, Van Gansen, Meulemans, Corbeels, Van Dyck et Heylen se rassemblent alors à Herentals. Les républicains reprennent Turnhout sans combattre dans la nuit du 27 au 28 octobre, puis attaquent Herentals le 29. Les insurgés sont mis en déroute et se replient en direction de l'est, sur Lichtaert et Geel.
Début novembre, l'armée de la Campine, initialement menée par Stollman mais ensuite remplacé par Emmanuel Jozef van Gansen, établit son quartier-général à Geel. Elle occupe également Mol, Olen, Tongerlo, Westerlo, Oosterlo et Zittaert. Le 5 novembre, Van Gansen prend Meerhout.
Le général français Claude Sylvestre Colaud organise trois colonnes pour cerner les positions des rebelles de la Campine. La première, commandée par l'adjudant-général Lautour, attaque par le nord : sortie d'Anvers, elle prend Turnhout, puis atteint Geel mais est repoussée. Au sud-ouest, une deuxième colonne, commandée par le général de brigade Henri Antoine Jardon, quitte Louvain et gagne Aerschot, puis Diest. Le 11 novembre, elle quitte cette ville et prend Westerlo presque sans combattre. Le 12, elle s'empare de Tongerlo, puis entre dans Geel qu'elle trouve vide d'insurgés. Le même jour, la troisième colonne, commandée par le général de brigade Chabert, forte d'un millier d'hommes, sort de Diest et attaque Meerhout par le sud, mais elle se heurte cette fois à l'armée de Van Gansen et est repoussée avec de lourdes pertes. Chabert se replie alors sur Geel, où il fait sa jonction avec Jardon pendant la nuit. Cependant les républicains subissent un deuxième revers au cours de la journée, car Diest, laissée pratiquement vide de troupes par Jardon et Chabert, est envahie par 2 500 paysans du Hageland, venus des environs de Malines et Louvain, menés par Jan Cornelis Eelen.
Van Gansen décide alors d'abandonner Meerhout et Mol, pour se porter sur Diest afin de faire sa jonction avec Eelen. Les autres chefs, comme Stoelmans, Meulemans, et Pieter Corbeels, font le même choix. Entre 5 000 et 6 000 insurgés sont alors réunis à Diest et s'emploient à fortifier la ville qui dispose de vieille murailles. Mais le 13 novembre, les colonnes de Jardon et Chabert arrivent sous les murs de la ville. Les républicains lancent l'assaut, mais les insurgés les repoussent. Des négociations sont engagées pendant la nuit, mais sans succès. Le lendemain, les canons républicains commencent à bombarder la ville, tandis que les paysans tentent trois sorties qui échouent. Le général Colaud vient lui-même prendre le commandement du siège avec plusieurs milliers d'hommes et 50 pièces d'artillerie en renfort. Un tel déploiement de forces décourage les insurgés qui abandonnent la ville pendant la nuit et s'enfuient en direction de l'est à travers les marais, non sans avoir été poursuivis et laissés sur le terrain des centaines de morts. Les insurgés du Hageland, menés par Eelen, se portent vers le sud en direction de Kerck et Léau tandis que ceux de la Campine, menés par Corbeels et Meulemans, mais privés de Van Gansen, blessé, regagnent Mol au nord.
Le reflux des insurgés du Hageland vers le sud provoque cependant un début d'insurrection dans le Brabant wallon. Le 26 novembre, des Flamands de l'armée de Eelen se réunissent à Roux-Miroir avec les insurgés wallons de la localité, qui ont pris pour chef un agent municipal, Antoine Constant. Forts de quelques centaines d'hommes, ils attaquent le même jour un détachement républicain et s'emparent de Jodoigne, puis ils se portent sur Jauche le 27. Les Flamands retournent ensuite vers le Hageland en passant par Hoegaarden et Boutersem et en contournent la ville de Tirlemont. Deux petits groupes d'insurgés wallons sont cependant écrasés pendant la journée du 27, l'un à Marilles, l'autre à Beauvechain. Informé de ces déroutes, Constant fait demi-tour à Jauche et gagne Hélécine avec toutes ses forces. Il y est attaqué le 28 novembre par les garnisons de Tirlemont et de Hoegaarden. Constant abandonne alors le Brabant wallon et rejoint Eelen au Hageland avec ses hommes le 2 décembre.
Eelen occupe pour sa part Kortenaken du 16 au 22 novembre, puis Geetbets du 22 novembre au 3 décembre. Il tient alors une zone délimitée par Kapellen à l'ouest, Halen au nord, Rumigny à l'est et Léau au sud. Le 2 décembre, une colonne du général Jardon sortie de Louvain l'attaque à Kapellen. Les républicains sont repoussés et laissent une soixantaine de prisonniers.
Pendant ce temps dans la Campine, le général Colaud organise une nouvelle offensive pour s'emparer définitivement de Mol, Geel, et Meerhout. Une colonne de l'Armée du Nord, commandée par l'adjudant-général Olivier Macoux Rivaud de La Raffinière, prend position à Turnhout et doit attaquer Mol par le nord et par l'est. Une deuxième colonne commandée par l'adjudant-général Lautour doit quitter Anvers, gagner Herentals et attaquer les insurgés par le sud et par l'ouest. L'offensive est lancée le 22 novembre, mais les républicains se heurtent à une très forte résistance. Mol est emportée à la fin de la journée, mais Meerhout résiste. Les combats reprennent le lendemain et les défenses des rebelles finissent par s'effondrer : Geel et Meerhout tombent aux mains des républicains. L'armée insurgée s'enfuit en direction du sud-est, sur la route de Liège. Corbeels et Meulemans sont faits prisonniers. Conduits à Tournai, ils seront condamnés à mort et fusillés le 3 juillet 1799.