Ce Jour-là

Guerre des Cristeros

Soulèvement au Mexique contre l'application de la Constitution de 1917 (1926-1929)

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La guerre des Cristeros (également connue sous le nom de Cristiada) désigne le soulèvement du 3 août 1926 au 21 juin 1929 d'une partie de la population mexicaine, principalement rurale et catholique, contre le gouvernement, qui tente l'application de la Constitution de 1917.

La rébellion éclate d'abord de façon locale et spontanée, avant de se transformer en soulèvement plus important à l'appel de la Ligue le 1er janvier 1927. À son apogée, au printemps 1929, le mouvement compte 50 000 combattants : 25 000 étant placés sous le commandement du général Gorostieta et 25 000 constituant des bandes éparses. Il est plus important dans le centre et l'Occident du pays. Pour des raisons militaires, politiques et économiques, l'État fédéral décide alors d'en finir, en concluant un accord diplomatique avec l'Église catholique grâce à l'entremise de l'ambassadeur américain Dwight Whitney Morrow (en) : ce sont les arreglos du 21 juin 1929. Les Cristeros doivent alors se démobiliser et déposer les armes.

Le nom Cristeros est d'abord un sobriquet donné aux insurgés par les soldats fédéraux, mais ceux-là s'approprient rapidement ce nom. Il reprend leur cri de ralliement : « ¡Viva Cristo Rey! » (« Vive Christ Roi ! »).

Au XIXe siècle, la Constitution de 1857 avait provoqué la Guerre de Réforme entre libéraux et conservateurs. Les lois de Réforme, promulguées par les libéraux de Benito Juárez, affaiblirent le pouvoir temporel de l'Église catholique au Mexique. Elles traitaient du mariage civil, du registre civil, de la séparation de l'Église et de l'État, de la vente des propriétés et des terres de l'Église, qui était le plus grand propriétaire terrien du Mexique, , etc.

Juárez adopta cependant en 1867 une politique de conciliation envers l'Église et reconnut les droits civiques des membres du clergé, particulièrement le droit de vote. La longue présidence de Porfirio Díaz (1876-1911) marqua aussi une période de détente sur la question religieuse.

L'irruption de la Révolution mexicaine, commencée en 1910 par Francisco I. Madero et réellement achevée en 1940, remit à l'ordre du jour la question religieuse dans la vie politique mexicaine. L’État en mutation souhaitait contrôler tous les pouvoirs centrifuges, dont l’Église faisait partie. Les hommes politiques qui détenaient alors le pouvoir l'accusaient de maintenir le pays dans l'obscurantisme et d'empêcher tout progrès. Ils voyaient en outre le clergé comme un corps hostile et étranger, à la solde de Rome.

Cinq articles de la Constitution mexicaine de 1917 furent particulièrement destinés à réduire l'influence de l'Église catholique dans le pays :

l'article 3 imposa la sécularisation de l'enseignement ;

l'article 5 interdit les ordres monastiques ;

l'article 24 interdit l'exercice du culte en dehors des églises ;

l'article 27 restreint le droit à la propriété des organisations religieuses ;

l'article 130 porta atteinte aux droits civiques des membres du clergé : les prêtres n'avaient pas le droit de porter leurs habits religieux, perdirent le droit de vote et se virent interdire tout commentaire sur les affaires publiques dans les organes de presse.

Les dispositions de la Constitution de 1857 et des lois de Réforme édictées par le gouvernement de Benito Juárez concernant la séparation entre l’Église et l’État furent reprises dans la Constitution en 1917 proclamée par le président du Mexique Venustiano Carranza. Son ancien allié Álvaro Obregón, le renverse en 1919. Élu président fin 1920, Obregon est anticlérical franc-maçon comme Carranza. Cependant, il ne fait appliquer les dispositions en question que dans les régions où l'attachement au catholicisme est le plus faible.

L'élection de Plutarco Elías Calles en 1924 met fin à cette trêve implicite entre le gouvernement et l'Église. Le nouveau président athée met en œuvre les mesures anticléricales de la constitution en application sur l'ensemble du territoire et fait voter d'autres lois de laïcisation. Ainsi, en 1926, la Loi pour la réforme du Code pénal prévoit des peines spécifiques pour les prêtres et les religieux qui contreviendraient aux articles de la Constitution de 1917 déjà cités. Par exemple, le port de l'habit clérical peut être puni d'une amende de 500 pesos ; un prêtre qui critique le gouvernement peut être condamné à 5 ans de prison.

En réaction à ces mesures, la résistance des mouvements catholiques se durcit. Le plus important d'entre eux, la Ligue nationale pour la défense de la liberté religieuse, créé en mars 1925, est rejointe par l'Association mexicaine de la jeunesse catholique (créée en 1913) et l'Union populaire, un parti politique catholique fondé en 1924.

Le 11 juillet 1926, les évêques mexicains décident de la suspension du culte public dans tout le pays en réaction aux lois promulguées par le gouvernement de Calles. Cette suspension s'applique à partir du 1er août. Le 14 juillet, la Ligue commence un boycott économique à l'encontre du gouvernement, qui se révèle particulièrement efficace dans le centre-ouest du Mexique (États de Jalisco, Guanajuato, Aguascalientes et Zacatecas). Les catholiques de cette région cessent de se rendre au cinéma et au théâtre et n'utilisent plus les transports publics. Ceux qui enseignent dans les écoles publiques se mettent en grève.

Cependant, ce boycott perd de son importance, dès l'automne 1926, en grande partie à cause du manque de soutien des catholiques les plus aisés, hostiles à cette tactique dont ils subissent également les retombées économiques. Les Mexicains aisés en viennent à payer l'armée fédérale pour les protéger et à appeler la police pour briser les piquets de grève, ce qui les rend très impopulaires.

Les évêques catholiques demandent à faire amender les articles les plus gênants de la Constitution. Le pape Pie XI approuve explicitement les moyens de résistance utilisés jusqu'alors. En face, le gouvernement Calles, en représailles contre ce qu'il considère comme une rébellion ouverte, fait fermer de nombreuses églises et interdit le culte privé comme la dispense des sacrements (dont l'Eucharistie). Les propositions d'amendement à la Constitution présentées par les évêques sont finalement rejetées par le Congrès le 22 septembre 1926.

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