La guerre d'indépendance irlandaise (irlandais : Cogadh na Saoirse), guerre anglo-irlandaise ou Tan War désigne la campagne de guérilla que mena l'Armée républicaine irlandaise (IRA) contre la Police royale irlandaise (RIC), l'armée britannique et les Black and Tans en Irlande, de janvier 1919 à juillet 1921.
Le conflit commença après la déclaration d'indépendance de la République irlandaise. Les deux camps acceptèrent un cessez-le-feu en juillet 1921, qui aboutit au traité anglo-irlandais de décembre 1921. Cet accord mit fin à la domination britannique sur la plus grande partie de l'île d'Irlande et conduisit à l'indépendance de l'Irlande du Sud et à la partition de l'île. Après une période de transition de dix mois supervisée par un gouvernement provisoire, l'État libre d'Irlande fut établi, correspondant à 26 comtés, tandis que six comtés au nord (en Ulster) choisirent de rester au sein du Royaume-Uni en tant qu'Irlande du Nord avec leur propre parlement. Après le cessez-le-feu, les violences politiques et religieuses (entre républicains et loyalistes, et entre catholiques et protestants) continuèrent en Irlande du Nord tandis que l'État libre d'Irlande plongeait dans une guerre civile entre les partisans et les opposants du traité anglo-irlandais.
Depuis les années 1880, les nationalistes irlandais de l'Irish Parliamentary Party (IPP) demandaient le Home Rule, c'est-à-dire l'autonomie vis-à-vis du Royaume-Uni. Certaines organisations comme le Sinn Féin d'Arthur Griffith réclamaient plus d'indépendance que l'IPP mais seule une minorité souhaitait l'indépendance complète de l'Irlande. Arthur Griffith détestait la domination anglaise mais n'était pas aussi idéologiquement engagé en faveur d'une République irlandaise totalement indépendante de la couronne que certains de ses co-membres du parti.
Le Home Rule fut finalement accordé par le gouvernement britannique en 1912, ce qui déclencha une crise politique prolongée au sein du Royaume-Uni car les unionistes d'Ulster formèrent une organisation armée appelée Ulster Volunteers en résistance à cette mesure de dévolution. En réponse, les nationalistes formèrent leur propre organisation militaire, les Irish Volunteers.
Cependant l'application du Home Rule fut repoussée par le déclenchement de la Première Guerre mondiale en août 1914. La majorité des nationalistes suivirent l'appel des dirigeants de l'IPP et de John Redmond à se rallier à l'effort de guerre allié. Plusieurs régiments irlandais furent formés au sein de la British Army. L'objectif final était d'assurer la mise en place de la Home Rule après la guerre. Cependant, une minorité significative des Irish Volunteers était opposée à l'implication irlandaise dans la guerre. Le mouvement des Volunteers se divisa entre une majorité qui forma les National Volunteers (en) de John Redmond et une minorité menée par Eoin Mac Néill qui assurait que l'organisation resterait en place jusqu'à l'application de la Home Rule. Au sein de ce mouvement, une nouvelle faction menée par l'Irish Republican Brotherhood séparatiste se préparait à se soulever contre la domination britannique en Irlande.
Au cours de l'Insurrection de Pâques 1916, les Volunteers déclenchèrent une insurrection dont l'objectif était de mettre un terme à la domination britannique et d'établir une République irlandaise. Le soulèvement, au cours duquel 400 personnes perdirent la vie, fut limité à Dublin exclusivement et fut écrasé en moins d'une semaine mais la réponse britannique, exécuter les meneurs de l'insurrection et arrêter des milliers d'activistes nationalistes, galvanisa le soutien aux séparatistes du Sinn Féin, à qui l'on a faussement attribué les mérites du soulèvement. Selon le Republican Sinn Féin, « les exécutions de 1916 firent rapidement basculer l'opinion publique en faveur des idéaux et des objectifs de ceux qui avaient participé et mené la révolte : Mettre fin à la domination britannique et établir une république d'Irlande libre et indépendante ».
À partir de ce moment, le soutien à l'effort de guerre britannique s'effondra. Outre les exécutions, l'opinion publique était choquée et outragée par certaines actions des troupes britanniques comme le meurtre de l'écrivain nationaliste Francis Sheehy-Skeffington (en) et par l'application de la loi martiale.
La période entre l'insurrection de 1916 et le déclenchement de la guerre d'indépendance en 1919 fut donc marquée par une augmentation des tensions. Thomas Ashe, l'un des meneurs des Volunteers emprisonné pour son rôle dans le soulèvement de 1916 mourut lors d'une grève de la faim en 1917.
L'année 1918 vit encore le rejet de la politique britannique s'accroitre. En effet, en réponse à la crise militaire causée par l'offensive de printemps allemande en avril 1918, les Britanniques tentèrent d'introduire la conscription en Irlande. Cela aggrava encore les sentiments anti-britanniques de la population et entraîna d'importantes manifestations. Au cours de celles-ci, six civils furent tués lors d'affrontements avec l'armée britannique et plus de 1 000 personnes furent arrêtées.
En novembre, le Jour de l'Armistice fut marqué par de violentes émeutes à Dublin au cours desquelles 100 soldats britanniques furent blessés.
Il y eut également des attaques de casernes menées par les Volunteers pour obtenir des armes. Il n'y avait cependant pas de campagne armée organisée contre la présence britannique en Irlande.
Pour les républicains irlandais, la guerre d'indépendance avait commencé avec la proclamation de la république d'Irlande lors de l'Insurrection de Pâques 1916. Les républicains avancèrent donc que le conflit de 1919-1921 (et la guerre civile qui suivit) était la défense de cette République contre les tentatives de la détruire.
Au cours des élections générales de 1918, les électeurs irlandais montrèrent leur désapprobation de la politique britannique en offrant 70 % des sièges irlandais (73 sur 105) au Sinn Féin. Le Sinn Féin remporta 91 % des sièges à l'extérieur de l'Ulster mais était en minorité en Ulster face aux unionistes (souhaitant rester au sein du Royaume-Uni). Le Sinn Féin décida de ne pas siéger au parlement britannique à Westminster mais à un parlement irlandais. Ce parlement, appelé First Dáil et ses ministères, l'Aireacht n'était composé que par des membres du Sinn Féin et s'établit à la Mansion House de Dublin le 21 janvier 1919. Le Dáil réaffirma la déclaration de 1916 avec la Déclaration d'indépendance de l'Irlande et annonça qu'il « existait un état de guerre entre l'Irlande et l'Angleterre ». Les Irish Volunteers se reconstituèrent sous la forme de l'Irish Republican Army ou IRA. L'IRA était perçue par certains membres du Dáil Éireann comme ayant le droit de mener la guerre contre l'administration britannique basée au Château de Dublin.
En février 1919, le Dáil envoie deux délégués à Paris pour porter les revendications de l'Irlande à la conférence de paix de Versailles mais Clemenceau refuse de les y admettre pour ne pas froisser son allié britannique, et il fait preuve d'un certain mépris à leur égard.
Événements militaires et politiques
S'il n'est pas certain au début de l'année 1919 que le Dáil avait l'intention d'obtenir l'indépendance par des moyens militaires et si la guerre n'était pas explicitement mentionnée dans le manifeste du Sinn Féin, un incident eut lieu le 21 janvier 1919, le jour même où le Dáil se rassemblait pour la première fois.
Le 21 janvier 1919 à Soloheadbeg, dans la banlieue de Tipperary, plusieurs membres de l'IRA menés par Seán Treacy, Seamus Robinson, Sean Hogan et Dan Breen abattirent deux officiers de la police royale irlandaise, James McDonnell et Patrick O'Connell qui escortaient un transport d'explosifs. « Nous avons choisi d'agir délibérément après en avoir longuement discuté entre nous. Treacy en était arrivé à la conclusion que le seul moyen de déclencher une guerre était de tuer quelqu'un et nous voulions déclencher une guerre donc nous avons décidé d'abattre des policiers qui nous semblaient appartenir à la plus importante branche des forces ennemies. Notre seul regret à la suite de l'embuscade était qu'il n'y avait que deux policiers au lieu des six auxquels nous nous attendions ».