Les expressions guerre civile autrichienne (en allemand : Österreichischer Bürgerkrieg) ou insurrection de février (Februarkämpfe) désignent les journées de combat qui opposent du 12 au 16 février 1934 dans l'Autriche de la Première République des insurgés socialistes au gouvernement conservateur d'Engelbert Dollfuss.
Cette crise survient dans un pays divisé entre conservateurs et sociaux-démocrates, chacun dotés de forces paramilitaires, miné par la crise de 1929 et par la menace du régime nazi en Allemagne (à partir de février 1933). En mars 1933, le chancelier Dollfuss dissout le parlement et instaure une sorte de dictature, interdisant notamment le parti social-démocrate. En février 1934, une opération menée par les conservateurs à Linz enclenche un processus de guerre civile, rapidement conclue au profit des conservateurs, qui n'hésitent pas à bombarder un bastion socialiste de Vienne, le Karl-Marx-Hof.
Les combats, qui s'achèvent avec un lourd bilan de près de
7 000 morts et blessés[réf. nécessaire] et par la défaite des sociaux-démocrates, sont suivis par la fin du régime républicain et la mise en place d'un régime autoritaire, le Ständestaat, aussi désigné par le terme d'austrofascisme. Ce régime ne va durer que quatre ans, jusqu'à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en mars 1938.
La Première République d'Autriche de 1919 à 1933
Après la désintégration de l'Empire austro-hongrois à la fin de la Première Guerre mondiale en 1918 (traité de Saint-Germain-en-Laye), l'Autriche devient une république indépendante qui opte pour un régime parlementaire.
Deux tendances principales dominent la vie politique de la nouvelle nation : les socialistes (représentés politiquement par le Parti social-démocrate) et les conservateurs (représentés politiquement par le Parti chrétien-social (Christlichsoziale Partei ), qui devient plus tard le Front patriotique, (Vaterländische Front).
Les socialistes ont leurs bastions dans les quartiers populaires des villes, notamment la capitale, Vienne, tandis que les conservateurs ont le soutien de la population rurale et de la plus grande partie des classes supérieures. Les conservateurs, étroitement alliés avec l'Église catholique, comptent dans leurs rangs des personnalités religieuses influentes.
Comme dans la plupart des démocraties établies après la Première Guerre mondiale en Europe, la vie politique en Autriche a une tonalité très idéologique. Les deux camps ne sont pas seulement composés de partis politiques, mais comprennent également des structures d'encadrement plus vastes, y compris des forces paramilitaires. Chez les conservateurs, c'est l’Heimwehr constituée en 1921-1923. Du côté social-démocrate, les paramilitaires se regroupent dans la Ligue de défense républicaine (Republikanischer Schutzbund). Les affrontements sont fréquents, notamment à l'occasion de rassemblements politiques. Dans les années 1920, la révolte de juillet 1927 est le point culminant de cette confrontation.
À la fin des années 1920 la Grande Dépression se traduit en Autriche par un chômage élevé.
En 1933, une menace extérieure apparait en Allemagne avec l'arrivée d'Adolf Hitler au poste de chancelier, puis la transformation de la république allemande en une dictature impitoyable. Or, parmi les objectifs de Hitler, qui est d'origine autrichienne, figure l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne. Il est soutenu un certain nombre d'Autrichiens pronazis.
Confronté à ces menaces et à une agitation intérieure, venant tant du Parti social-démocrate que des pronazis, le chancelier Engelbert Dollfuss, du Parti chrétien-social, réagit en optant pour une solution autoritaire.
Le 4 mars 1933, il dissout le Parlement sous un prétexte sans consistance. Lors d'un vote serré au Conseil national, chacun des trois présidents du parlement démissionne de son poste afin de pouvoir prendre part au vote, ne laissant personne pour présider la séance. Dollfuss saisit cette occasion pour déclarer que le parlement a cessé de fonctionner et il bloque toutes les tentatives de le réunir de nouveau.
À partir de cette date, le gouvernement gouverne par décrets, sur le fondement d'une loi d'urgence datant de 1917. Les libertés civiles sont suspendues et le Parti social-démocrate est interdit. Plusieurs de ses membres sont arrêtés.
Déroulement du conflit de février 1934
L'affrontement de Linz (12 février)
Le 12 février 1934, la Heimwehr commandée par Emil Fey entreprend une marche sur l'hôtel Schiff de Linz, propriété du Parti social-démocrate, dirigé par Richard Bernaschek. Cette marche dégénère en affrontements. La police, la gendarmerie et l'armée fédérale (Bundesheer) viennent épauler la Heimwehr. Après de brefs combats, le bâtiment tombe aux mains des conservateurs.
Généralisation de l'affrontement à tout le pays