Le groupe Wagner (en russe : Группа Вагнера, Grouppa Vagnera), également connu comme PMC Wagner (private military company Wagner), ChVK Wagner, ou CHVK Vagner (en russe : Частная Военная Компания (ЧВК) «Вагнер», Tchastnaïa voïennaïa kompania (TchVK) « Vagner »), est une organisation paramilitaire russe qui œuvre dans le but d'assurer la défense des intérêts extérieurs de la Russie.
Fondé le 1er mai 2014 par l'oligarque Evgueni Prigojine, un proche du président russe Vladimir Poutine, le groupe est présenté à ses débuts comme une société militaire privée russe fournissant des mercenaires avant de se diversifier dans la prospection minière et l'exploitation de ressources naturelles diverses, notamment en Afrique.
Le gouvernement russe et Prigojine démentent initialement tout lien avec le groupe Wagner, jusqu'à ce que Prigojine reconnaisse en 2022 avoir créé le groupe. Actif initialement lors de la guerre du Donbass et la guerre civile syrienne, il intervient ensuite en Afrique, et notamment au Mali, en Libye, en République centrafricaine et au Mozambique.
Le groupe Wagner est fréquemment considéré comme étant de facto une branche du ministère de la Défense de la fédération de Russie. En effet, Wagner opère pour soutenir les intérêts russes et son matériel provient directement du ministère russe de la Défense, qui fournit également les installations d'entrainement. L'utilisation de Wagner permettrait de faire baisser le bilan humain des diverses opérations russes à l'étranger. Selon les estimations des États-Unis et les déclarations de Prigojine, le Groupe Wagner aurait compté jusqu'à 50 000 hommes vers fin 2022 et début 2023. N'apparaissant dans aucun registre officiel, ces hommes, parfois directement recrutés en prison, sont aisément sacrifiés par l'armée russe dans des opérations d'attaques de positions retranchées, sans conséquences politiques pour le pouvoir russe.
Au cours du conflit ukrainien, des tensions apparaissent entre le commandement de Wagner et l'armée régulière russe, notamment à propos de la fourniture de munitions. Entre juillet 2022 et mai 2023, le Groupe Wagner est jeté en première ligne dans la bataille de Bakhmout, où 10 000 à 20 000 de ses combattants sont tués. Le 23 juin 2023, Prigojine entame une brève rébellion armée contre le gouvernement et les Forces armées restées fidèles au ministère de la Défense.
Le 23 août 2023, Evgueni Prigojine et son bras droit Dmitri Outkine meurent dans un accident d'avion ; la direction du Groupe Wagner est reprise par Anton Ielizarov, selon la volonté d'Evgueni Prigojine, mais la succession est compliquée et c'est finalement Pavel Prigojine (en), fils du fondateur, qui reprend en main le groupe. Après la mort de Prigojine, le Groupe Wagner ne demeure véritablement actif qu'au Mali et en République centrafricaine où il prend le nom vers fin 2024 de Légion Wagner Istra. Il est de plus en plus supplanté par l'Africa Corps, organisation paramilitaire russe créée en 2023.
Au cours de son existence, le Groupe Wagner commet de nombreux crimes de guerre et crimes contre l'humanité et se signale régulièrement par des exécutions sommaires, des viols, des mutilations et des décapitations. Il est notamment responsable du massacre de Moura, au Mali, en mars 2022. Le groupe est sanctionné par l'Union européenne en 2021 et est considéré par les États-Unis depuis le 20 janvier 2023 comme une organisation criminelle internationale, et comme une organisation terroriste par l'Ukraine, ainsi que d'autres pays à partir de février 2023, dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine.
Le groupe Wagner est fondé en 2014. Il est réputé financé (ou détenu) par l'oligarque russe Evgueni Prigojine, proche du pouvoir russe et aussi supposé être à la tête de l'Internet Research Agency (IRA), une usine à propagande et à désinformation sur internet.
Le groupe Wagner et l'IRA sont deux organisations sœurs qui sont liées l'une à l'autre. Le groupe Wagner met en œuvre des opérations militaires, tandis que l'IRA mène une guerre de l'information sur internet et planifie des opérations psychologiques.
Le militaire fondateur et commandant du groupe est Dmitri Outkine, lieutenant-colonel au sein des Spetsnaz jusqu'en 2013 et ancien membre du Corps slave. Outkine est un néonazi admirateur du Troisième Reich. Il aurait adopté le surnom de Wagner en hommage au compositeur allemand Richard Wagner et aurait baptisé son entreprise de mercenariat du même nom. Le groupe Wagner pourrait également se référer à Robert Wagner qui dirigea le SAIMR pendant la guerre froide. Le 9 décembre 2016, Dmitri Outkine participe à une cérémonie de remise de décorations à des officiers supérieurs au Kremlin. Il est décoré de l'ordre du Courage par Vladimir Poutine. Sa photographie, avec Poutine, est diffusée sur les réseaux sociaux.
Il est entré en action pour la première fois lors de l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014.
Selon Harchaoui et Smirnova (2022) Wagner (ainsi que d'autres groupes similaires opaques, protéiformes et semi-étatiques tels que Patriot, Sewa Security Services, PMC Shchit) œuvrant ou ayant œuvré au service du Kremlin, au-delà du récit sur la compétition entre grandes puissances, serait surtout l'une des manifestations d'une tendance mondiale à la privatisation de la sécurité qui s'est étendue à une privatisation de la guerre (qui n'est pas tout à fait nouvelle comme le montrent les précédents de Executive Outcomes (EO) et Blackwater), une forme de privatisation qui dans le cas de Wagner serait un produit de la politique intérieure du Kremlin. Une tendance dont les effets sur les populations locales et sur la dynamique des conflits sont encore mal appréhendés par les historiens et analystes.
En novembre 2017, Outkine devient le directeur général de l'entreprise Concord Management and Consulting, qui appartient à Evgueni Prigojine.
Statut juridique et financement
Les sociétés militaires privées sont officiellement interdites en Russie. Mais selon The Daily Beast, le département d'État des États-Unis et d'autres, le groupe Wagner est sous le contrôle du ministère russe de la Défense. Cependant, le gouvernement russe nie officiellement tout lien avec cette société. Pour Isabelle Mandraud, journaliste pour Le Monde : « les mercenaires russes n'ont pas d'existence légale en Russie. Leurs liens avec le pouvoir sont pourtant évidents. Leur chef s'était ainsi pris en photo au côté du président Vladimir Poutine lors d'une réception au Kremlin en décembre 2016 ». Pour The New York Times, « ses relations avec le Kremlin sont obscures et non confirmées, mais ses dirigeants auraient été décorés au Kremlin et ses mercenaires sont formés dans les installations du ministère russe de la Défense ». Le financement du groupe Wagner est lié, au moins en partie, au ministère de la Défense russe. Le ministère signe des contrats avec des entreprises proches de Prigojine et une partie de l'argent de ces contrats est effectivement dirigée vers le financement du groupe. En 2018, les coûts opérationnels annuels
du groupe Wagner étaient estimés à 2 milliards de roubles, soit 30 millions de dollars américains.
Le groupe Wagner pourrait avoir intégré une autre société, Evro Polis, dirigée par Evgueni Prigojine, sous contrat avec le régime de Bachar el-Assad. Selon Isabelle Mandraud : « Créée en 2016 dans la banlieue de Moscou selon le site d'informations Fontanka, cette entreprise aurait plutôt ressemblé à une coquille vide à ses débuts avant de voir son capital brutalement augmenter l'année suivante ». Pour The Daily Beast, Evro Polis serait devenue le front commercial du groupe Wagner. Selon les journalistes de Libération Luc Mathieu et Veronika Dorman : « Prigojine, que la presse russe désigne aussi comme le patron des usines à trolls russes, s'est diversifié dans le domaine militaro-industriel. Son entreprise de restauration, Evro Polis, basée à Moscou, s'est également recyclée en 2016 dans l'exploitation minière et la production pétro-gazière, avant d'ouvrir en 2017 une représentation à Damas. En 2016, Evgeny Prigojine a signé un contrat avec les autorités syriennes, lui assurant 25 % des revenus des champs de gaz et de pétrole repris par ses soins, c'est-à-dire par les hommes de Wagner, au groupe djihadiste État islamique ».