La Grande Jacquerie, qui a lieu en mai et juin 1358, est un soulèvement de paysans des campagnes d'Île-de-France, de Picardie, de Champagne, d'Artois et de Normandie, survenu au cours de la guerre de Cent Ans, dans un contexte de crise du royaume de France. En effet, le roi Jean le Bon est en captivité en Angleterre tandis que le dauphin Charles doit faire face à l'opposition de deux puissants personnages : le roi de Navarre Charles II (dit « le Mauvais »), prétendant au trône de France, et le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel.
Ses causes sont multiples : impopularité de la noblesse après la défaite de Poitiers ; insurrection de Paris menée par Étienne Marcel à partir de février 1358 ; agitation dans les villes du comté de Flandre.
Cette révolte est courte : elle éclate à la fin du mois de mai 1358, peut-être le 23 ou le 28, dans le Clermontois au nord de l'Île-de-France, plus particulièrement dans le bourg de Saint-Leu-d'Esserent (actuel département de l'Oise). Elle prend fin les 9 et 10 juin quand la principale troupe des révoltés est écrasée à quelques kilomètres de là, à Mello, par une armée de nobles rassemblée par Charles le Mauvais.
Le nom de « Grande Jacquerie »
Cette révolte tire son nom de Jacques Bonhomme, archétype du « vilain » (paysan), puis sobriquet désignant les paysans français en général, probablement du fait qu'ils portaient des vestes courtes, dites « jacques » (cf. la « jaquette »). Elle eut pour chef un dénommé Guillaume Carle, aussi nommé Jacques Bonhomme.
Cette révolte est à l'origine du terme « jacquerie » repris par la suite pour désigner toutes sortes de soulèvements populaire par le chroniqueur Nicole Gilles (mort en 1503) dans Les chroniques et annales de la France parues dès 1492.
Cette révolte s'inscrit dans une période difficile, marquée par la guerre de Cent Ans, commencée en 1337, et par l'épidémie de peste noire à partir de 1348.
La France a subi plusieurs défaites, notamment à Crécy en 1346, sous le règne de Philippe VI, et à Poitiers en septembre 1356, sous le règne de Jean le Bon, depuis lors prisonnier des Anglais d'abord à Bordeaux (capitale du duché de Guyenne, fief de France tenu par le roi d'Angleterre), puis à Londres (avril 1357).
Ces défaites ont jeté le discrédit sur la noblesse française, imbue de chevalerie, mais incapable de vaincre une armée anglaise, moins chevaleresque, mais plus efficace.
Le pouvoir exercé en l'absence du roi par le dauphin Charles (1338-1380) est contesté : le roi de Navarre Charles II (1332-1387), petit-fils de Louis X le Hutin par sa mère Jeanne de Navarre, se considère comme spolié de la couronne de France par le choix fait en 1328 d'exclure les princesses royales de la succession ; à Paris, Étienne Marcel, prévôt des marchands, souhaite établir un certain contrôle sur la monarchie dans le cadre des états généraux.
Conséquences de la captivité du roi
En mars 1357, une trêve d'un an a été conclue ; mais cela signifie que des compagnies de mercenaires démobilisés, les « grandes compagnies », n'ayant plus de solde, pillent les villages et rançonnent les villes.
Charles de Navarre, incarcéré par Jean le Bon en avril 1356, est libéré par le dauphin en 1357, ce qui lui permet de reprendre ses intrigues avec succès.
Cela pousse Jean le Bon à conclure avec Édouard III un traité assez défavorable (janvier 1358), ce qui provoque la rébellion ouverte d'Étienne Marcel (février 1358). Paris passe aux mains du prévôt des marchands et le dauphin met la ville en état de siège.
Problèmes économiques et sociaux des villes et des campagnes
Agitation dans les villes du comté de Flandre, fief du royaume de France, notamment à Bruges et à Gand, avec qui Étienne Marcel entretient des relations anciennes.
Aux difficultés liées à la guerre, notamment les grandes compagnies, et à la peste, s'ajoute pour les paysans l'accroissement dans les années 1340 et 1350 de la pression fiscale royale du fait de la guerre (et de la rançon qui devra être payée aux Anglais), mais aussi des exigences des seigneurs fonciers qui cherchent à compenser la baisse de leurs revenus, liée notamment aux mutations monétaires fréquentes.
Les origines immédiates de cette révolte sont mal connues mais semblent résulter d'échauffourées survenues entre des hommes d'armes et des paysans.