Le Grand Paris est une réalité administrative depuis le 1er janvier 2016 avec la création de la Métropole du Grand Paris (lois NOTRe et MAPTAM), mais aussi un projet visant à transformer l'agglomération parisienne en une grande métropole mondiale du XXIe siècle, afin, selon ses promoteurs, d'améliorer le cadre de vie des habitants, de corriger les inégalités territoriales et de construire une ville durable.
Ce projet, imaginé et promu par le président de la République française Nicolas Sarkozy en 2008, est conduit, dans le gouvernement de François Fillon, par un secrétariat d'État spécialement créé pour l'occasion, le secrétariat d’État chargé du Développement de la région capitale, dont le premier et dernier titulaire est Christian Blanc. À l'issue d'une première phase de concertation, il propose de créer de nouveaux pôles économiques majeurs autour de Paris, ainsi que d'établir un réseau de transport public du Grand Paris performant qui relierait ces pôles aux aéroports, aux gares TGV et au centre de Paris. La Société du Grand Paris est un établissement public chargé de créer un nouveau métro automatique (« Grand Paris Express », 200 km de voies et 68 gares, évalué à 32,5 milliards d'euros) dans la banlieue parisienne (voir ci-dessous « Projet de Christian Blanc »). En outre, le projet prévoit de constituer une grappe industrielle technologique, dite Paris-Saclay, dans la région du plateau de Saclay, à vingt kilomètres au sud de Paris.
Le projet est aussi institutionnel. Il s'agit de créer une structure de gouvernance entre Paris et son agglomération dense, la métropole du Grand Paris, qui regroupe, aux termes du projet de loi de « modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles » adopté par le parlement en décembre 2013, les communes de Paris, des départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne et certaines communes des départements de la grande couronne parisienne. La création de cette métropole à statut particulier a lieu le 1er janvier 2016, date à laquelle sont remplacées l'ensemble des communautés de communes et communautés d'agglomération concernant ces communes par des établissements publics territoriaux.
Histoire de l'idée de Grand Paris
L’idée de « Grand Paris » est ancienne et a été maintes fois réactivée. Sous ce vocable, Napoléon III imaginait étendre la capitale de Saint-Germain-en-Laye, à l'ouest, à Marne-la-Vallée, à l'est.
On retrouve l'occurrence de ce concept dans certains débats des années 1920 notamment au sein de la presse. Georges Valois, dans un article paru dans Le Nouveau Siècle, alerte sur la nécessité d'une fusion administrative entre Paris et sa proche banlieue. Il développe le besoin d'une cohérence des réseaux de transport et un plus grand confort dans les logements populaires.
André Morizet, maire de Boulogne-Billancourt, conseiller général, membre de la commission du Vieux Paris, reprend l'expression en 1932 dans un livre Du vieux Paris au Paris moderne, Haussmann et ses prédécesseurs. Il écrit : « Habitants du Grand Paris, mes frères, notre succès est en nous ! » Avec Henri Sellier, ministre de la Santé et maire de Suresnes, André Morizet se voit confier une mission sur la réforme administrative du Grand Paris à l'époque du Front populaire (1936-1937) avec deux principes : réaffirmer l'autonomie politique des arrondissements de la ville de Paris et la constitution d'un conseil appelé à gérer les intérêts généraux de l'agglomération du Grand Paris. Celui-ci aurait le statut de haut-commissaire ou de secrétaire d'État destiné à gérer le département de la Seine assisté de trois préfets.
Le projet des sénateurs Morizet et Sellier est amplement repris en 1937 dans l'ouvrage du président du conseil municipal de Paris, Jean Raymond-Laurent, Paris, sa vie municipale « Vers le Plus Grand Paris », dans lequel est, en particulier, évoquée la fusion des 20 arrondissements parisiens et des 80 communes du département de la Seine qui seraient représentés par un conseil du « Plus Grand Paris » de 100 membres[réf. souhaitée].
Le géographe Jean-François Gravier reprend cette idée et cette expression en 1949 parmi les propositions qu'il fait dans son ouvrage La Mise en valeur de la France, dont le but est de corriger les déséquilibres du territoire français qu'il avait présentés deux ans auparavant dans Paris et le désert français. Il imagine alors un Grand Paris de plus de cinq millions d'habitants et met déjà en avant le problème de la place trop importante de l'automobile dans la capitale.
En pratique, un Grand Paris existe à l’échelle du département de la Seine. Mais en 1964, lors de la réorganisation de la région parisienne, le choix de De Gaulle consiste à démembrer ce grand Paris. La reconfiguration politique est imposée aux élus de l'agglomération parisienne, élus qui sont majoritairement hostiles à toute réforme territoriale qui viserait à supprimer le département de la Seine. Pour ces élus, cet échelon départemental a fait ses preuves et constitue un échelon pertinent de décision. Néanmoins, il exclut une partie de la région parisienne — en particulier, les zones urbanisées de la Seine-et-Oise —, qui ne bénéficie pas pour ses politiques d’équipement de la manne financière parisienne.
La loi 66-1069 du 31 décembre 1966 crée les premières communautés urbaines pour plusieurs villes (Bordeaux, Lille, Lyon et Strasbourg) et montre qu'une administration à l'échelle d'une métropole est possible. À l'époque, l'objectif était de remédier au décalage entre les structures administratives existantes et la réalité géographique de ces agglomérations.
Aujourd’hui le Grand Paris peut être délimité sur trois zones :
Métropole du Grand Paris (814 km2 pour 7 millions d'habitants). Taille moyenne des grandes villes mondiales, Il s'agit de l'échelle institutionnelle de base, avec son exécutif et son conseil métropolitain élu au suffrage universel direct (par fléchage). Comparable à Berlin (892 km2 et 3,75 millions d'habitants).
Métropole du grand Paris + intercommunalités intégrant le nom "Paris", dans leur dénomination (1 822 km2– 8,33 millions d’habitants). Il s'agit d'une délimitation subjective mais bénéficiant d'une cohérence car, en plus d’être un bloc relativement compact regroupant 90% de la population de l’agglomération, cet espace repose sur la reconnaissance de chacune des collectivités membres à faire partie de la métropole parisienne. Comparable au Grand Londres (1572 Km² et 8,9 millions d'habitants).
Unité urbaine de Paris (2 723 km2 – 10,2 millions d’habitants). Unité morphologique de l’agglomération, elle est en perpétuelle évolution et n’est guère que statistique.
L'émergence d'un projet pour le Grand Paris
La consultation internationale « Le Grand Pari(s) »
Le 26 juin 2007, lors du discours d'inauguration du satellite S3 de l'aéroport de « Roissy-Charles-de-Gaulle », Nicolas Sarkozy annonce l'intention de l'État de développer une vision globale d'aménagement pour la région Île-de-France. Il propose une réorganisation des pouvoirs, Paris étant la seule agglomération de France à ne pas avoir de communauté urbaine. Le 17 septembre 2007, lors du discours d'inauguration de la Cité de l'architecture et du patrimoine, il propose de réfléchir à un nouveau projet d'aménagement global du Grand Paris pour la région parisienne. Il annonce son intention de lancer une consultation architecturale internationale pour « travailler sur un diagnostic prospectif, urbanistique et paysager, sur le Grand Paris à l'horizon de vingt, trente voire quarante ans ».