Grégoire d'Agrigente (559-630) a été évêque d'Agrigente de 590 à 603 au moins, et un correspondant du pape Grégoire Ier. Il est le sujet probable d'une Vie semi-légendaire (BHG 707), et l'auteur prétendu d'un commentaire sur l'Ecclésiaste, bien que ces deux identifications aient été mises en doute.
L'hagiographie attribue à Grégoire une formation en lettres classiques, rhétorique et théologie avec un attrait pour les sciences physiques, notamment l'astronomie car il soutenait la théorie du mouvement de la terre autour du soleil. Il aurait lu plusieurs fois la Vie de Basile de Césarée et la Passion des saints Maccabées. À la demande d'un évêque, il a interprété les écrits de Grégoire de Nazianze pour un groupe de diacres. En plus de ses Homélies, dictées en grec, qui sont un commentaire du Livre de l'Ecclésiaste, il a laissé de nombreux autres écrits - ses Oraisons - sur la dogmatique, le Carême, l'apôtre André, et d'autres publiés à Constantinople.
L'hagiographe le présente comme un second Jean Chrysostome. Par miracle, il était capable de jeûner constamment. On lui attribue également la réalisation de quelques miracles de guérison.
En 2005, la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements l'a proclamé patron de la conservation des biens archéologiques, notamment architecturaux, en raison du fait que la consécration de l'ancien temple grec de la Concorde près d'Agrigente en cathédrale par Grégoire a permis au bâtiment de mieux se conservé au fil du temps, alors que les autres sont devenus des ruines.
Saint Grégoire d'Agrigente est célébré le 23 novembre par les catholiques, les orthodoxes et les Arméniens (c'est-à-dire le 6 décembre pour les Orientaux dans le calendrier grégorien), le 24 novembre par les Syriens jacobites. Ce personnage est d'autre part fêté à Agrigente le 22 juin.
L'évêque d'Agrigente historique
Le personnage historique, assez obscur, qui est certainement l'inspiration première de la Vie nous est connu, en dehors d'elle, par plusieurs lettres appartenant au registre épistolaire du pape Grégoire Ier. Peu après son avènement, ce dernier ordonna une enquête sur la gestion de certains évêques siciliens (l'île, comme le sud de l'Italie, relevait alors directement du pape comme archevêque métropolitain). En août 591, il adressa une lettre à trois de ces évêques (Grégoire d'Agrigente, Léon de Catane et Victor de Palerme), sur lesquels pesaient des accusations, pour leur enjoindre de comparaître devant Petrus (Pierre), son vicaire en Sicile. Les imputations parurent suffisamment graves pour que leurs cas soient évoqués à Rome même. Léon fut libéré en juillet 592, Victor en avril 593, et tous deux furent rétablis dans leurs droits. Quant à l'évêque Grégoire, son procès semble avoir traîné en longueur : en novembre 592, le pape convoque à Rome ses accusateurs ; en novembre 594, une autre lettre atteste que le diocèse d'Agrigente est toujours sous l'administration provisoire de l'évêque voisin de Triocala. On ignore à peu près tout du déroulement de l'affaire (si notamment un synode s'est tenu à son sujet, ce qui n'est pas impossible, car le registre que nous possédons n'est qu'une sélection de lettres), mais il apparaît que Grégoire fut réhabilité et rétabli sur son siège avant 598 : une lettre du pape de cette année-là parle sans le nommer d'un évêque d'Agrigente en fonction, et une autre de l'an 603, adressée aux évêques de Sicile, mentionne « Grégoire d'Agrigente ».
Il est clair que le récit de Léonce de Saint-Sabas vise fondamentalement ce personnage, mais il apparaît également que cet auteur n'avait des faits mentionnés dans les lettres du pape Grégoire Ier qu'une connaissance très vague, et que notamment il n'avait pas lu ces lettres (le registre épistolaire de ce pape a été constitué comme tel à l'époque carolingienne) : il n'identifie pas le pape impliqué, il ne connaît pas le vicaire Pierre (ne mentionnant qu'un vicaire et « exarque » Tibère) et ignore la tenue d'un premier procès en Sicile même, il ne parle ni de Léon de Catane, ni de Victor de Palerme, dont les cas furent dans un premier temps liés à celui de Grégoire. Il sait que l'évêque Grégoire d'Agrigente fut calomnié et suspendu de ses fonctions, transporté à Rome et emprisonné pendant une longue durée (deux ans et quatre mois, dit-il, ce qui semble moins que la réalité), puis réhabilité et rétabli triomphalement sur son siège. Dans son récit, ces événements (la passion du saint) occupent les quarante derniers paragraphes sur un total de cent (le texte est amputé de sa fin, et interrompu juste après le retour à Agrigente).
Parmi les faits historiques établis très vraisemblablement par la Vie, il y a d'abord le fait très général qu'Agrigente (sur la côte sud de la Sicile) était à la fin du VIe siècle une ville de langue et de culture grecques (comme le montre notamment l'onomastique du récit). Plus précisément, la partie conservée du texte s'achève (§ 100) sur la transformation par Grégoire, juste après son retour, du temple F de la Vallée des Temples d'Agrigente (le temple de la Concorde) en une église chrétienne dédiée à saint Pierre et saint Paul (donc entre 594 et 598).
La Vie de saint Grégoire d'Agrigente
Grégoire d'Agrigente est une figure de l'hagiographie chrétienne de langue grecque, héros d'une Vie de saint Grégoire d'Agrigente (BHG 707) due à un auteur du nom de Léontios (Léonce), hiéromoine et higoumène du monastère basilien de Saint-Sabas à Rome. Daté par une étude interne de la seconde moitié du VIIIe ou du début du IXe siècle, ce récit parait comporté des anachronismes, comme un « roman hagiographique » fondé sur des éléments historiques d'époques diverses. Le noyau de l'ouvrage est constitué par la carrière d'un évêque d'Agrigente mentionné dans la documentation entre 591 et 603 (contemporain du pape Grégoire Ier). D'autre part, on conserve un texte exégétique important, un Commentaire sur l'Ecclésiaste en dix livres et en grec, daté d'entre le VIe et le IXe siècle, que la tradition attribue à « Grégoire d'Agrigente ».
L'auteur de la Vie (BHG 707) est identifié par les manuscrits comme Léontios (Léonce), hiéromoine et higoumène du monastère basilien de Saint-Sabas (ou Saint-Saba) à Rome (un établissement de rite grec fondé vers 650, sur l'Aventin, par des moines réfugiés de Palestine). Cet auteur n'est pas autrement connu. D'après le texte, il est clair qu'il connaissait bien la Sicile en général et Agrigente en particulier : il est probable que c'était un Grec natif de l'île, voire de la ville ou de sa région. Quant à l'époque où il composa le texte, elle peut être définie approximativement par les faits suivants : on relève une claire allusion à la Donation de Constantin, un faux document qui semble être apparu dans la seconde moitié du VIIIe siècle ; d'autre part, le texte est sûrement antérieur à la conquête d'Agrigente par les musulmans en 828 ; il est également antérieur à un canon liturgique consacré au saint attribué à Joseph l'Hymnographe (lui-même natif de Sicile), dont on voit clairement qu'il suit de près le récit.
Grégoire naît dans un village des environs d'Agrigente appelé Prætoria, enfant unique d'un couple éminent de la cité, Chariton et Théodote, et il est baptisé par l'évêque Potamion. À huit ans, il commence à fréquenter l'école d'un certain Damianos. À douze ans, à la demande de ses parents, il est ordonné lecteur et devient disciple de l'archidiacre Donatos, qui lui fait lire les écrits des Pères. La lecture d'une Vie de saint Basile le Grand lui donne le désir de découvrir les lieux saints. Une nuit, à dix-huit ans, alors qu'il attend l'archidiacre, il a la vision d'un ange qui lui dit d'aller sur le rivage, où il embarque sur le navire d'un capitaine Varos, à destination de Carthage. Varos avait au début le dessein de le vendre comme esclave, mais il change d'avis et se repent de sa mauvaise pensée pendant la traversée. À Carthage, Grégoire est logé chez le capitaine et rencontre l'évêque ; dans l'église Saint-Julien-le-Martyr lui apparaissent trois moines qui lui révèlent être envoyés par Dieu pour le conduire à Jérusalem. Ils font voile vers le port de Tripoli, où ils demeurent pendant trente jours près de l'église Saint-Léonce. Quatre mois plus tard, ils arrivent à Jérusalem et descendent dans un couvent.