Ce Jour-là

Grégoire Palamas

Ermite et théologien

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Grégoire Palamas (1296 - 1359), saint de l'Église orthodoxe, a développé dans sa pensée un adage des Pères, selon lequel Dieu s'est fait homme, pour que l'homme devienne Dieu. Il résume une longue tradition à ce sujet, à laquelle il se veut fidèle et qui touche à une question fondamentale du christianisme, celle du salut ou de la déification de l'homme. La synthèse de Grégoire Palamas est l'une des plus remarquables à ce sujet.

La vie de Grégoire Palamas nous est connue par ses écrits, mais aussi par l’Éloge de Palamas composé peu de temps après sa mort par son disciple et ami Philothée Kokkinos, qui est patriarche de Constantinople.

Son enfance et le début de sa vocation

Grégoire Palamas naît à Constantinople en 1296. Ses parents sont des nobles d’Asie mineure qui, en raison de l’invasion des Turcs, se réfugient à Constantinople. Son père, Constantin Palamas, est sénateur et fait partie de l’entourage de l’empereur Andronic II Paléologue. Il meurt peu de temps après la naissance de Grégoire. L’Empereur prend alors en charge son éducation et ses études classiques à l’université impériale jusqu’à l’âge de vingt ans environ. Grégoire choisit, probablement avant le terme du cycle de ses études qui le destine au service de l’État, de devenir moine et de renoncer alors aux sciences helléniques. Le jeune homme est préparé à sa vocation monastique par la piété familiale. Ses parents connaissent la prière du cœur, ils fréquentent les moines athonites et leur confient l’éducation spirituelle de leurs enfants. C’est ainsi que Grégoire bénéficie de la paternité spirituelle d’un maître réputé de la prière du cœur, Théolepte de Philadelphie.

C’est peut-être sous son conseil que Palamas se retire, vers 1316, au Mont Athos. Il y est suivi par ses deux frères. Quant à sa mère et ses deux sœurs, elles mènent aussi une vie monastique, mais à Constantinople. Au Mont Athos, Grégoire devient durant trois ans le disciple de Nicodème, un moine hésychaste qui l’initie à la vie d’ermite. Après le décès de ce dernier, Palamas décide de rejoindre la communauté de la Grande Lavra, fondée par Athanase l'Athonite. Il y demeure en tant que chantre pendant trois ans, puis il opte à nouveau pour la vie solitaire. Il prend Grégoire le Sinaïte pour père spirituel et va séjourner parmi les hésychastes de l’ermitage de Glossia. Vers 1325, il est obligé de fuir, en raison d’incursions de pirates turcs. C’est alors à Thessalonique qu’il réside durant quelques mois en compagnie des disciples de Grégoire le Sinaïte, parmi lesquels se trouvent deux futurs patriarches de Constantinople, Isidore (Boukharis) et Calliste. À Thessalonique, il est ordonné prêtre en 1326. Ensuite, Grégoire part, accompagné de dix moines, fonder un ermitage à Berrhée, où il suit le style de vie adopté par les hésychastes, en consacrant cinq jours de la semaine à la prière pure dans la solitude et le samedi et le dimanche aux services liturgiques avec les autres moines de l’ermitage. Vers 1331, il doit une nouvelle fois fuir à cause d’incursions. Grégoire retourne à la Sainte Montagne, à l’ermitage de Saint-Sabbas. C’est là qu’il commence à écrire ses premiers ouvrages. Un peu plus tard, il accepte la charge d’higoumène ou de supérieur au monastère d'Esphigmenou.

Vers 1335, de retour à l'ermitage Saint-Sabbas, Grégoire Palamas écrit, à l’occasion de pourparlers d’union des Églises, ses Traités apodictiques sur la procession du Saint-Esprit, un ouvrage sur la Trinité destiné à repousser toute tentative de compromis doctrinal avec les Latins sur le thème de la procession de l’Esprit. Ce faisant, Grégoire ne refuse pas vraiment l’union des Églises, il désire surtout éviter une union doctrinale factice, dont l’enjeu véritable n’est pas théologique, mais politique. En effet, certains de ses contemporains sont prêts à sacrifier la foi orthodoxe pour s’unir à l’Occident latin et bénéficier ainsi de son soutien militaire pour repousser l’invasion des Turcs.

La controverse théologique avec Barlaam

À partir de 1336-1337, il entre en conflit avec les idées d’un moine et philosophe italien, nommé Barlaam le Calabrais. Ce dernier est professeur à l’université impériale et un spécialiste du Pseudo-Denys. Sa renommée est grande à Constantinople et beaucoup le consultaient en différents domaines du savoir. Palamas rédige, entre 1336-1337 et 1341, quelques Lettres, les Triades pour la défense des saints hésychastes, et un Tome hagioritique, œuvres qui témoignent de la controverse avec Barlaam.

Le conflit porte sur la question de la connaissance de Dieu : peut-on connaître Dieu autrement que par une démonstration, autrement que par le seul raisonnement à partir de ce que Dieu a créé et qui conserve son empreinte ? Pour Barlaam, il n’existe pas de meilleure approche que celle-là pour connaître Dieu, qui en lui-même est absolument inconnaissable, comme le dit Denys. L’étude des Écritures est à ses yeux de moindre importance. Il se met à critiquer violemment les pratiques des moines hésychastes, pratiques sur lesquelles il se renseigne et qui supposent une autre forme de connaissance de Dieu, une connaissance plus intime et personnelle, par l’intervention d’une grâce incréée de l’Esprit. Pour Barlaam, ces pratiques témoignent d’une ignorance de la part des hésychastes et il le fait savoir autour de lui non sans ironie. Les moines demandent alors à Palamas d’être leur porte-parole dans ce conflit où leur spiritualité est réduite à néant. Grégoire connaît bien Barlaam, il entretient une correspondance avec lui. Il met au point, à partir d’une lecture attentive des Pères grecs, une distinction en Dieu entre son essence imparticipable et les énergies participables, distinction soulignant que Dieu est effectivement inconnaissable en lui-même, en son essence, comme le rappelle Barlaam, mais que l’homme n’est pas contraint pour autant à l’ignorance, parce que Dieu dans sa bonté se révèle à lui tel qu’il est, dans son énergie, où il est totalement présent et agissant. Barlaam n’accepte pas cette distinction. Il tente de la réfuter avec toute l’intelligence dont il est capable. La question est finalement débattue publiquement le 10 juin 1341, lors d’un concile présidé conjointement par l’empereur, Andronic III, et le patriarche de Constantinople, Jean XIV Kalékas. Le concile condamne Barlaam, lequel quitte Constantinople pour retourner en Italie. Cependant, le document conciliaire n'est pas signé par l’empereur, en raison de son décès, survenu cinq jours après le concile.

L’opposition à la théologie de Palamas n'est pas terminée. Le relais est pris par Grégoire Akindynos, qui est peut-être le disciple de Palamas, en tout cas son ami et un médiateur dans les premiers temps de la controverse avec Barlaam. Pour sa part, il accepte la spiritualité hésychaste tout en refusant radicalement la distinction en Dieu entre l’essence et les énergies. Le nouveau régent, Jean VI Cantacuzène, qui est au service du défunt empereur Andronic III, réunit alors un deuxième concile traitant de la même question en août 1341. Akindynos y est condamné à son tour. Le Tome synodal est officiellement publié, mais le patriarche Jean Kalékas, qui conteste farouchement l’autorité politique de Jean Cantacuzène, accepte de signer le document tout en empêchant le nouveau régent, mais également le fils mineur de l’empereur, à savoir Jean V Paléologue, d’en faire autant. Ce document ne tranche donc pas encore définitivement la question.

Le conflit avec Grégoire Akindynos

Ce conflit à propos de la régence entraîna tout Constantinople dans une guerre civile de 1341 à 1347, qui opposa Jean Cantacuzène à un gouvernement nominalement présidé par Anne de Savoie, la veuve de l’empereur Andronic III. Durant cette période, le patriarche Jean Kalékas persécuta Palamas en raison de sa sympathie politique pour Jean Cantacuzène, et accorda son soutien à Grégoire Akindynos, lequel s’empressa de réfuter la théologie palamite dans ses Antirrhétiques. Palamas fut mis en prison pour ses positions politiques en 1342 et excommunié pour ses idées religieuses en 1344. En captivité, il écrivit différentes Lettres et ses Sept Antirrhétiques contre Akindynos. Grégoire Akindynos, quant à lui, fut, malgré sa condamnation en 1341 et l’opposition de l’impératrice Anne de Savoie et de la cour impériale, ordonné prêtre par le patriarche Jean Kalékas, dont l’ambition était de le nommer évêque, et ce, afin d’affermir son autorité face aux partisans palamites de Jean Cantacuzène.

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