Grégoire IV est né à Rome. Il est le 101e pape de l'Église catholique, du 20 décembre 827 au 24 janvier 844. Son pontificat est marqué par les tentatives de la papauté pour pacifier les querelles entre l'empereur carolingien Louis le Pieux et ses fils. Il règne également durant l'éclatement de l'Empire carolingien, en l'an 843.
Début de carrière ecclésiastique
Grégoire est le fils d'un patricien romain appelé Jean. Grégoire est apparemment un ecclésiastique énergique, mais doux, réputé pour son apprentissage. Il est consacré prêtre sous le pontificat du pape Pascal Ier, au moment de la mort du pape Valentin en 827. Il est fait cardinal-prêtre de la basilique Saint-Marc l'Évangéliste au Capitole à Rome.
Comme son prédécesseur, Grégoire est nommé, à son insu, à l'unanimité par les électeurs de la noblesse, qui conviennent qu'il est le plus digne à devenir l'Évêque de Rome. Ils le trouvent à la basilique des Saints Côme et Damien, d'où, malgré ses protestations, il est emmené et installé au palais du Latran. Après quoi, il est intronisé en tant que pape-élu le 20 décembre 827. L'élévation de Grégoire au Saint-Siège est censée représenter une poursuite des tentatives pour contrôler la situation politique locale, à Rome, qui avaient commencé au cours du pontificat d'Eugène II.
Sa consécration est cependant retardée, jusqu'au 29 mars 828, date à laquelle il reçoit l'avis d'approbation de l'empereur carolingien Louis le Pieux concernant son élection. Ce délai est imposé par les envoyés impériaux, qui ont insisté pour que la Constitution de 824 interdise expressément la consécration de tout pape élu jusqu'à ce que l'empereur soit lui-même convaincu de la validité de l'élection.
Il est rapporté que l'empereur carolingien a réprimandé Grégoire pour avoir tenté de se faire consacrer, avant de recevoir l'approbation de l'empereur. Grégoire se conforme alors aux exigences de la suprématie impériale ; en 828 et 829, le pape envoie des ambassades à Louis le Pieux pour des discussions non dévoilées.
En janvier 829, Grégoire est impliqué dans un différend, avec l'abbaye de Farfa au Latium en Italie, relatif à la propriété des terres monastiques locales par l'Église romaine. Dans un tribunal dirigé par un évêque, un représentant de l'empereur et en présence du pape Grégoire, Ingoald, l'abbé de Farfa, affirme que les empereurs francs leur ont accordé des terres et que les papes Adrien Ier et Léon III ont pris possession illégalement des terres. Le représentant impérial rend une décision en faveur de l'abbaye et ordonne que les terres soient restituées au monastère. Bien que Grégoire refuse d'accepter la décision, il n'existe aucune preuve qu'il ait réussi à obtenir le changement de la décision.
Les querelles des Carolingiens
Au fil du temps, toutefois, la dépendance du pape à l'Empereur romain est assouplie en raison des querelles de Louis le Pieux et de ses fils, le futur empereur Lothaire Ier, Pépin Ier d'Aquitaine et Louis le Germanique. La décision de Louis le Pieux d'écarter totalement l'accord de 817 (Ordinatio Imperii) en ce qui concerne la division de l'Empire par l'attribution d'un royaume à son fils cadet, Charles II le Chauve, en 829 est critiquée par Grégoire dans une lettre aux évêques francs. L'année suivante (en octobre 830), après une brève rébellion suivie de la réconciliation entre Louis et ses fils, Grégoire déclare que Judith de Bavière (797-843), la seconde épouse de Louis, doit être libérée du couvent où elle a été forcée de prendre le voile et doit retourner auprès de Louis.
Lorsque la guerre reprend entre le père et ses fils, à Pâques de l'an 833, Grégoire est approché par Lothaire qui lui demande d'intervenir pour parvenir à la réconciliation avec son père. Il le convainc de quitter Rome et de faire le voyage pour rejoindre Lothaire, dans l'espoir que son intervention serait à même de ramener la paix. En pratique cette action contrarie les évêques francs qui ont suivi Louis mais qui pensaient que Grégoire allait activement soutenir Lothaire. Soupçonnant les intentions de Grégoire, ils refusent d'obéir au Pape et le menacent d'excommunication au risque d'être eux-mêmes excommuniés par le pape. Agacé par leurs actions, la réponse de Grégoire est d'insister sur la primauté du successeur de Saint-Pierre, la papauté étant supérieure à l'Empereur. Il déclare :
« Vous avez prétendu vous être sentis heureux quand vous avez entendu parler de mon arrivée, pensant qu'elle serait un grand avantage pour l'empereur et le peuple ; vous avez ajouté que vous auriez obéi à mon appel s'il n'y avait pas eu une intimation précédente de la part de l'empereur qui vous en a empêché. Mais vous auriez dû considérer l'ordre du Siège apostolique qui n'a pas moins de poids que celui de l'empereur. Par ailleurs, il est faux d'affirmer que l'interdiction de l'empereur ait précédé celle que vous avez reçue de moi. Le gouvernement des âmes, qui appartient aux évêques, est plus important que l'empereur, qui n'est concerné que par le temporel. Votre affirmation selon laquelle je suis venu pour excommunier à l'aveuglette est sans vergogne et votre offre de m'offrir une réception honorable, si je venais précisément de la façon voulue par l'empereur, est méprisable. En ce qui concerne les serments que j'ai pris à l'empereur, je vais éviter le parjure en soulignant à l'empereur ce qu'il a fait contre l'unité et la paix de l'Église et de son royaume. En ce qui concerne les évêques, en s'opposant à mes efforts en faveur de la paix, ce qu'ils ont menacé de faire ne s'est jamais fait, depuis le début de l'Église. »
Indépendamment de cette revendication, la grande majorité des évêques francs soutient que le pape n'a pas à interférer dans les affaires intérieures du royaume, ou à attendre du clergé franc de suivre son exemple en la matière. Leur position est claire, à savoir que l'égalité de tous les évêques surpasse la direction du pape.
Les armées de Louis et deux de ses fils se réunissent à Rotfeld, près de Colmar le 24 juin 833. Les fils persuadent Grégoire d'aller au camp de Louis pour négocier ; initialement, Louis refuse de traiter Grégoire avec les honneurs. Cependant, Grégoire réussit à convaincre Louis de sa bonne foi et revient vers Lothaire pour organiser la paix. Toutefois, Grégoire apprend vite qu'il a été trompé par Lothaire. Grégoire est empêché de retourner vers l'empereur, alors que Louis est abandonné de ses partisans et est contraint de capituler sans condition. Louis est destitué et humilié au Mendacii Campus. Lothaire est alors proclamé empereur.
À la suite de ces événements, Grégoire revient à Rome, tandis que Louis est, plus tard, restauré en 835 lors du concile de Thionville. L'empereur envoie une délégation pour voir Grégoire, dirigée par Anschaire de Brême (saint Anschar), l'archevêque de Brême. Il interroge le pape sur les événements qui ont conduit à la destitution du trône de Louis par Lothaire. Grégoire prête serment que ses intentions étaient honorables et qu'il avait toujours cherché à parvenir à une solution pacifique au conflit entre Louis et ses fils. L'envoyé accepte les paroles de Grégoire et retourne auprès de Louis. Après l'échec de s'être mêlé de la politique impériale, Grégoire reporte son attention pour le reste de son pontificat, en traitant de questions religieuses internes.
En 836, Lothaire, dans son rôle de roi des Lombards, commence à dépouiller les biens de l'Église romaine. Après appel à Louis, l'empereur envoie un émissaire impérial enquêter sur l'affaire. Bien que Grégoire soit malade, il parvient à conseiller l'envoyé concernant la situation et lui demande de porter une lettre à l'empereur décrivant les attaques de Lothaire contre l'Église. En l'an 840, avec la mort de Louis le Pieux et l'accession de Lothaire comme empereur, la guerre éclate de nouveau entre les fils de Louis. Grégoire fait des tentatives de médiation infructueuses dans le conflit qui s'ensuit entre les deux frères et envoie George (838–846), l'archevêque de Ravenne, en tant que représentant. Selon Prudence de Troyes, George essaie fidèlement d'atteindre son objectif, mais échoue en raison du refus de Lothaire de permettre à George de rencontrer ses frères. Toutefois, selon Agnellus de Ravenne, George tente de corrompre Lothaire pour le nommer dans un archevêché indépendant de Rome. Il est capturé à la bataille de Fontenoy-en-Puisaye. Par la suite le traité de Verdun en 843 entraîne la chute de l'empire de Charlemagne : Lothaire conserve le titre impérial et le contrôle de l'Italie.