La grève des femmes du 14 juin 1991 s'est déroulée en Suisse et a impliqué plus de 500 000 femmes. Mouvement lancé par l'Union syndicale suisse (USS), cette grève avait pour but de faire appliquer l'article constitutionnel fédéral sur l'égalité hommes-femmes inscrit dix ans plus tôt, le 14 juin 1981. La journée du 14 juin 1991 est généralement perçue comme l'accélérateur de l'application législative de l'article précité qui survient en 1996.
Le constat général dix ans après l'article inscrivant l'égalité entre femmes et hommes dans la constitution suisse est que ce dernier n'est pas appliqué et que l'égalité en matière de salaires n'est pas atteinte.
Des horlogères de la Vallée de Joux sont à l'origine de la grève. L'idée originelle reviendrait à la syndicaliste Liliane Valceschini, qui en parle à Christiane Brunner, alors secrétaire de la Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l'horlogerie (FTMH). Cette dernière réussit à convaincre l’Union syndicale suisse qui, malgré l'opposition de certains hommes, valide l'initiative le 29 août 1990 et l'idée de l'organisation d'une grève et non d'une journée d'action. Un comité national de grève voit le jour au mois de décembre 1990, suivi par des groupes d'organisation cantonaux.
L'USS organise ensuite le mouvement au niveau fédéral pour l'anniversaire des 10 ans de l'inscription de l'égalité hommes-femmes dans la Constitution fédérale à la suite de la votation populaire du 14 juin 1981, afin de demander son application concrète :
« L’homme et la femme sont égaux en droits. La loi pourvoit à l’égalité, en particulier dans les domaines de la famille, de l’instruction et du travail. Les hommes et les femmes ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale. »
— Accepté en votation populaire du 14 juin 1981.
L'initiative syndicale est rejointe par le nouveau mouvement des femmes, l'Organisation pour la cause des femmes (Ofra), Frauen macht Politik! (Frap!), l'Association suisse pour les droits de la femme, le parti socialiste ouvrier (trotskiste), le parti socialiste (PS), le comité hors parti pour la réalisation de l'égalité des droits et nombre de femmes sans affiliation politique, syndicale ou associative. Une aide financière et matérielle est fournie par les organisations syndicales.
Au niveau des cantons, l'organisation est souvent décentralisée et a parfois pris la forme de collectifs comme dans le canton de Genève, le « collectif du 14 juin » qui s'est formé dès l'automne 1990 et qui a poursuivi son action après le 14 juin 1991.
Certains employeurs menacent de représailles et de licenciement, considérant que cette grève remet en cause le concept suisse de paix du travail.
Le manifeste du 14 juin exprime neuf revendications pour cette grève :
l'application de la loi du 14 juin 1981
la protection contre le harcèlement sexuel sur les lieux de travail
la création de possibilités de formation, de perfectionnement, de recyclage du travail et de promotion professionnelle
l'interdiction du travail de nuit et du dimanche des femmes et des hommes
la création de crèches et de systèmes de garde d'enfant à des prix accessibles
le partage égal des tâches familiales entre les femmes et les hommes
le respect des femmes dans la société notamment la possibilité de ne pas être exposées aux abus sexuels et à la violence
La grève a eu d'importants retentissements en Suisse. Près d'un demi-million de femmes, soit une sur quatre, descendent dans la rue pour manifester.