Ce Jour-là

Gotthold Ephraim Lessing

Auteur dramatique et théoricien de la littérature allemande

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Gotthold Lessing, né le 22 janvier 1729 à Kamenz en électorat de Saxe et mort le 15 février 1781 dans la capitale de la principauté de Brunswick, est un écrivain, critique et dramaturge allemand.

Présentation d'ensemble de Lessing

« La famille Lessing était établie à Kamenz, en Lusace (Saxe) : c'est là que naquit Gotthold Ephraim Lessing ». Ainsi commence le chapitre intitulé « Pour un théâtre allemand » de la présentation que Pierre Grappin consacre à Lessing, le « premier grand critique littéraire et fondateur de la critique théâtrale en Allemagne ». Selon ce germaniste français, Lessing est en effet « le “libérateur” de la scène allemande » avec des « pièces demeurées classiques ».

Par ailleurs, au temps des Lumières en France (de Diderot et de Voltaire), il se révèle « comme la meilleure plume de son pays au service de la philosophie des Lumières » : en tant qu'« historien des arts, des religions, polémiste et quelquefois théologien », il est « un représentant éminent de l'Europe des Lumières, bourgeoise et cosmopolite ». D'après Édouard Sans, il serait même « le principal représentant de l'Aufklärung, la Philosophie des Lumières ». Issu du protestantisme, il est « l'exemple de ces écrivains et penseurs allemands », influencés par le rationalisme français en même temps que par le sensualisme anglais, qui auront préparé « l'émancipation philosophique de l'Allemagne ».

Dans son Discours sur Lessing (Rede über Lessing, 1929), Thomas Mann rapporte « le dernier mot que Lessing, ce grand critique, prononça en tant que poète, Nathan le Sage, cette pièce où vibre l'accent de la sagesse la plus profonde, arracha à son plus illustre admirateur, Goethe, le cri » :

« Puisse le divin sentiment de tolérance et de ménagement qui s'y exprime demeurer sacré et valable pour tout le pays ! »

Fils d’un pasteur et théologien réputé Johann Gottfried Lessing (1693–1770) de Lusace, Lessing est l’aîné de dix garçons. Déjà lecteur assidu à douze ans, il entre dans la célèbre Fürstenschule (école du Prince) de Saint Afra de Meissen où il acquiert une bonne connaissance du grec, du latin et de l’hébreu. À cette époque, son admiration pour Plaute et Térence lui donne envie d’écrire des comédies. À l’automne 1746, il entre à l’université de Leipzig pour y étudier la théologie, mais ses véritables centres d’intérêt sont la littérature, la philosophie et l’art. Il se livre aux exercices qui développent la force et la souplesse du corps, fréquente le théâtre et se lie avec des comédiens. Après avoir étudié quelque temps la médecine et les mathématiques, il s’installe en 1747 chez son cousin l’écrivain Mylius, un auteur comique avec lequel il débute au théâtre.

Il devient l’ami des écrivains Mylius et Weiße, dont les opinions peu orthodoxes l’influencent. Son père, affligé de cette direction d’esprit, le rappelle subitement auprès de lui. Reconnaissant que son fils avait acquis des connaissances solides et variées, il veut lui faire reprendre les études de théologie. Lessing retourne donc à Leipzig, passe à Berlin où il reste trois ans, et à Wittemberg où il étudie la philologie. En 1752, il obtient une maîtrise de lettres qui lui permet de vivre de sa plume et de devenir précepteur. Cette petite ville lui étant devenue insupportable, il retourne à Berlin en 1753 où il se lie étroitement avec Ramler, Nicolai, von Kleist, Sulzer, Sophie Charlotte Ackermann et surtout Mendelssohn, etc. De 1756 à 1758, il voyage en Angleterre.

Lessing séjourne ensuite trois années à Leipzig, qui comptent parmi les plus actives et fécondes de sa vie. En 1760, il accompagne, en qualité de secrétaire, le général de Tauenzien à Breslau, revient de nouveau à Berlin en 1765, et va, deux ans plus tard, fonder à Hambourg un théâtre national, qu’il ne peut soutenir que deux ans, mais qui, malgré son insuccès, accroît sa réputation littéraire. Il essaye aussitôt, mais non moins infructueusement, de fonder une librairie savante à Hambourg. En 1769, il devient membre de l'Académie royale des sciences et des lettres de Berlin. Enfin, en 1770, il devient bibliothécaire et conseiller à Wolfenbüttel, où Ferdinand, le prince héréditaire de Brunswick, l’établit libéralement, en disant qu’il ne met pas Lessing au service de la bibliothèque, mais la bibliothèque au service de Lessing.

Dans la nuit du 14 au 15 octobre 1771, il est initié en Maçonnerie dans la loge Zu den drei goldenen Rosen (Aux trois Roses d'or) de Hambourg.

Il visite l’Italie vers cette époque. Ses dernières années sont remplies de controverses théologiques, dans lesquelles il prend contre Goeze (en) le parti de la tolérance. En 1776, Lessing épouse Eva König, une veuve avec laquelle il était lié depuis plusieurs années. Elle meurt en 1778 en mettant au monde un enfant non viable. Après ce drame, il devient dépressif et s’éteint le 15 février 1781.

Lessing a surtout marqué la littérature allemande comme un critique, un didacticien et un polémiste original. Sa langue est un modèle de clarté, de vivacité, d’agrément et souvent de force. Il a au plus haut point le sentiment de l’art et de ses rapports avec la nature et la vie. Influencé par les critiques français de l’école encyclopédique, Lessing est, en art, réaliste par tendance autant que par système, et en philosophie, proche du scepticisme de Bayle et de Voltaire. Constatant la stérilité produite en Allemagne par l’imitation servile de la littérature française, il préfère les auteurs anglais. Il professe pour Shakespeare la même admiration que Klopstock pour Milton. Germaine de Staël l’a caractérisé lorsqu’elle écrit : Lessing écrivit en prose avec une netteté et une précision tout à fait nouvelles. La profondeur des pensées embarrasse souvent le style des écrivains de la nouvelle école ; Lessing, non moins profond, avait quelque chose d’âpre dans le caractère qui lui faisait trouver les paroles les plus précises et les plus mordantes. Il était toujours animé dans ses écrits par un mouvement hostile contre les opinions qu’il attaquait, et l’humeur donne du relief aux idées. Il s’occupa tour à tour du théâtre, de la philosophie, des antiquités, de la théologie, poursuivant partout la vérité, comme un chasseur qui trouve encore plus de plaisir dans la course que dans le but. Son style a quelque rapport avec la concision vive et brillante des Français ; il tendait à rendre l’allemand classique... C’est un esprit neuf et hardi, et qui reste néanmoins à la portée du commun des hommes ; sa manière de voir est allemande, sa manière de s’exprimer européenne. Dialecticien spirituel et serré dans ses arguments, l’enthousiasme pour le beau remplissait pourtant le fond de son âme ; il avait une ardeur sans flamme, une véhémence philosophique toujours active, et qui produisait, par des coups redoublés, des effets durables[réf. nécessaire].

L'esthétique et les lois du beau

Les principes de critique littéraire et d’esthétique de Lessing sont exposés dans de nombreux ouvrages. Le plus célèbre est son Laokoon (Laocoon, 1766), qui a pour objet propre la détermination des limites respectives des arts plastiques et de la poésie. Dans cette suite de dissertations ingénieuses et savantes intéressant à la fois le critique, l’artiste et l’archéologue, Lessing enseigne que la première loi de l’art est la beauté et que le caractère particulier de la poésie est l’action. L’art qui s’adresse aux yeux ne doit traduire, de l’action développée par le poème, que les détails qui, offerts à la vue, ne détruisent pas la beauté. Témoin le précieux groupe de Laocoon découvert à Rome en 1506, qui est loin d'être une traduction fidèle de la magnifique scène décrite au deuxième livre de l'Énéide. Aucun exemple ne marque mieux les différences qu’entraîne, entre les règles de l’art plastique et de la poésie, la distinction de leurs conditions essentielles : Le poète, selon Lessing, travaille pour l’imagination, et le sculpteur pour l’œil. Celui-ci ne peut imiter toute la réalité qu’en blessant les lois du beau ; il ne reproduit qu’une situation, qu’un instant, tandis que le poète développe l’action tout entière.[réf. nécessaire] Le Laocoon a été traduit en français par Charles Vanderbourg (1802)[Où ?].

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