Giuseppe Fortunino Francesco Verdi (/dʒuˈzɛppe fortuˈniːno franˈt͡ʃesko ˈverdi/), né Joseph Fortunin François Verdi le 10 octobre 1813 à Roncole et mort le 27 janvier 1901 à Milan, est un compositeur romantique italien. Son œuvre, composée essentiellement d'opéras, unissant le pouvoir mélodique à la profondeur psychologique et légendaire, est l'une des plus importantes de l'histoire du théâtre musical.
Verdi est l'un des compositeurs d'opéras italiens les plus influents du XIXe siècle, son influence comparable à celle de Gioachino Rossini, Vincenzo Bellini, Gaetano Donizetti et Giacomo Puccini. Ses œuvres sont fréquemment jouées dans les opéras du monde entier et, dépassant les frontières du genre, certains de ses thèmes sont depuis longtemps inscrits dans la culture populaire comme « La donna è mobile » de Rigoletto, le « Brindisi » de La traviata, le « Va, pensiero » de Nabucco ou la « Marche triomphale » d'Aida. Les opéras de Verdi dominent encore le répertoire de l'art lyrique un siècle et demi après leur création.
Peu engagé politiquement, il a cependant autorisé l'utilisation de son image et de ses œuvres dans le processus de réunification de la péninsule italienne et demeure de ce fait, aux côtés de Giuseppe Garibaldi et de Camillo Cavour, une figure emblématique du Risorgimento.
Lorsque Verdi naît, le 10 octobre 1813, dans le hameau de Roncole, proche de Busseto en Bassa parmense, la région de Parme est alors sous domination napoléonienne et forme le département français du Taro.
Les troupes autrichiennes reprennent le duché de Parme et Plaisance à peine quelques mois plus tard, en février 1814. La région restera sous le règne de l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche, l'ex-impératrice des Français, jusqu'à la mort de celle-ci en 1847. Verdi aura été français durant les quatre premiers mois de sa vie, ce que semble avoir voulu dissimuler sa mère. Peut-être qu'elle trouvait humiliant qu'il fût né français ou plus probablement pour des motifs stratégiques de carrière future, elle a constamment déclaré à son fils qu'il était né le 9 octobre 1814. Verdi a d'ailleurs tout au long de sa vie fêté son anniversaire le 9 octobre. Il est baptisé le 11 octobre dans l'église paroissiale de San Michele Arcangelo à Roncole sous le nom latin de Joseph Fortuninus Franciscus, son registre de baptême précisant qu'il est « né hier soir » (natum heri vespere). Son acte de naissance porte la date du 12 octobre à l'état civil de la commune de Busseto est ainsi rédigé en français :
« L'an mil huit cent treize, le jour douze d'octobre, à neuf heures du matin, par devant nous, adjoint au maire de Busseto, officier de l'état civil de la Commune de Busseto susdite, département du Taro, est comparu Verdi Charles, âgé de vingt huit ans, aubergiste, domicilié à Roncole, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le jour dix courant, à huit heures du soir, de lui déclarant et de la Louise Uttini, fileuse, domiciliée aux Roncole, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms de Joseph Fortunin François. »
La mention de l'acte de baptême « né hier soir » a suscité un doute sur sa date exacte de naissance. À cette époque, les jours étaient en effet comptabilisés à partir du coucher du soleil, cette mention pouvant évoquer le samedi 9 octobre mais il est traditionnellement admis qu'il est né le dimanche 10 octobre.
Depuis trois cents ans, la famille paternelle de Verdi vit sur le territoire de Sant'Agata, un hameau de la commune de Villanova sull'Arda dans la province de Plaisance, en Bassa padana, à peu de distance de Busseto. Giuseppe Antonio, le grand-père du musicien, et son épouse, Francesca Bianchi, originaire de Villanova sull'Arda, ont douze enfants. Dans les années 1780, sans doute poussés par l'insuffisance des revenus d'un domaine trop modeste pour une si grande famille, les Verdi émigrent à Roncole où naissent les cinq derniers enfants. Ils y tiennent une ferme-auberge, l'Osteria vecchia et exploitent dans le même temps quelques arpents de terre. À la mort de Giuseppe Antonio, Carlo, le père du compositeur, alors âgé de dix-neuf ans, seconde sa mère à l'auberge. Il épouse en 1805 Luigia Uttini, fileuse de son état dans un coin de l'auberge familiale de Busseto. Le couple est installé à l'Osteria vecchia depuis huit ans lorsque naît leur premier enfant, Giuseppe.
La famille de Luigia Uttini, originaire du Val d'Ossola, émigre au XVIIe siècle, pour partir à Bologne où ses membres sont forgeron, boulanger, aubergiste... Une seconde branche s'installe dans la région de Plaisance. On trouve parmi ceux-ci des régisseurs, des professeurs, des hommes d'église... Luigia naît en 1787 à Saliceto di Cadeo où ses parents, Carlo et Angela Villa, tiennent une auberge-épicerie, comme celle qu'ils ouvriront une quinzaine d'années plus tard à Busseto et où viendra s'approvisionner Carlo Verdi, ce qui occasionnera sa rencontre avec sa future jeune épouse.
Contrairement à la légende qu'il a lui-même contribué à forger, les origines de Verdi, même si sa mère ne sait ni lire ni écrire, ne sont pas celles d'un enfant du popolo minuto. Les deux branches de sa famille appartiennent à la petite bourgeoisie de campagne, relativement aisée.
« Les Verdi avaient leur banc à l'église de Roncole et le chef du clan (...) était membre de la confraternité de la Sainte Conception à laquelle les Verdi firent des dons importants. »
Les origines de la vocation musicale
De même, bien que Verdi l'ait certainement ignoré, musicalement, « l'enfant n'était pas né de rien » comme il se plaisait à le laisser penser. On trouve en effet au XVIIIe siècle, dans la branche bolonaise de la famille Uttini, deux cantatrices, un ténor, contemporain et connu de Mozart et un compositeur, Francesco Antonio Uttini (1723-1795). Ce dernier, marié à une nièce d'Alessandro Scarlatti, est l'auteur d'une vingtaine d'opere serie, de chœurs pour les tragédies de Racine et de la messe de couronnement de Gustave III de Suède dont l'assassinat sera le thème de l'opéra Un bal masqué (Un ballo in maschera) en 1859.
C'est cependant plus en direction de l'environnement social que directement familial qu'il convient de rechercher les origines de cette vocation. L'Italie du XVIIIe siècle s'enthousiasme pour l'art lyrique et bien sûr, ni le duché de Parme et Plaisance ni la ville de Busseto ne sont exempts de cette passion. Le petit Giuseppe est dès sa prime enfance au contact des musiciens ambulants qui font halte à l'auberge de Roncole. L'enfant essaie les instruments, chante avec les chœurs, engrange les souvenirs qui nourriront plus tard l'inspiration populaire de ses opéras.
Mais tout « plongé dans l'extase » qu'il ait pu être à l'écoute des orgues de Barbarie de passage, cette vocation n'aurait pas eu de suite sans la tendre attention que Carlo et Luigia pouvaient accorder à Peppino au sein d’une cellule familiale inhabituellement réduite pour l'époque. Le jeune Verdi aurait peut-être aussi évolué dans l'échelle sociale sans nécessairement devenir musicien si don Pietro Baistrocchi, le maître d'école, organiste de l'église de Roncole et ami de la famille, n'avait pris conscience du caractère exceptionnel de cet attrait de l'enfant pour la musique. Attrait qu'il avait pu remarquer lorsque Peppino restait des heures à l'écouter jouer le répertoire tant sacré que profane.
Ainsi, le jeune Verdi bénéficie-t-il dès l'âge de quatre ans des rudiments de latin et d'italien dispensés par Baistrocchi avant de rentrer, à six ans, à l'école du village. Selon les témoignages rapportés par ses biographes, il est un élève attentif au caractère paisible, plutôt solitaire sans toutefois refuser de se mêler aux jeux des autres enfants, exécutant par ailleurs sans se faire prier les tâches qui lui sont confiées à l'osteria.
Caractère paisible mais affirmé : on ne dérange pas impunément Peppino dans son écoute de la musique d'orgue. Don Masini en fait les frais, qui s'entend menacé dans un parfait dialecte d'un furieux : « Dio t'manda 'na sajetta » (« que Dieu te foudroie ») pour avoir envoyé rouler le garçon en bas de l'autel parce que les burettes n'arrivaient pas. Huit ans plus tard, le prêtre est effectivement foudroyé : Verdi, à sept ans, s'est déjà approprié le thème de la maledizione.