G. d'Estoc est l'un des noms de plume de Marie-Paule Courbe, écrivaine, journaliste, peintre et sculptrice française, également féministe, duelliste et travestie, née le 27 mars 1845 à Nancy et morte le 8 mai 1894 à Nice.
Elle a utilisé d'autres identités, comme Gysèle, P. Desbarres ou encore Gyz-El. Le pseudonyme Gisèle d'Estoc lui a été attribué de façon posthume.
Née 2, rue Montesquieu à Nancy, Marie Paule Alice Courbe est la fille de Jean-Pierre Courbe, serrurier, et de Anne Marthe Mienville. Elle étudie la sculpture avec Joseph Kremer.
En 1866, elle noue une relation amicale très forte avec une autre artiste, Marie-Edmée Pau. Les deux jeunes femmes se sentent à l'étroit dans leur identité sexuelle et communient dans le culte de Jeanne d'Arc qu'elles perçoivent comme « l'idéale androgyne ».
Marie-Paule Alice Courbe commence à exposer avec succès dans les Salons de Lorraine et de l’Ecole de Nancy à partir de 1867 puis, par intermittence jusqu'en 1890. Car, dès 1869, elle commence à exposer à Paris, où elle s'installe à la fin du Second Empire,
Elle y exposera peintures et sculptures pendant 20 ans : d'abord au Salon de Paris, sous le nom de Courbe jusqu'en 1877, puis au Salon des Artistes Français, sous Desbarres ou Parent-Desbarres (nom de son mari, Paul Joseph Parent Desbarres (1836-1875), un industriel épousé en 1875, mais décédé la même année, ce qui a probablement permis à l'artiste d'être à l'abri du besoin après la mort de son mari). Elle exposera pour la dernière fois au Salon des Artistes Français en 1889. Il est à noter, qu'elle expose au Salon de l'Union des Femmes Peintres et Sculpteurs en 1886, mais une seule fois.
Dans les années 1880, elle entreprend une carrière littéraire, publiant des nouvelles et des chroniques dans Le Petit Nancéien, Nancy artiste, La Dépêche de Nancy et L'Estafette sous le pseudonyme de Gysèle ou sous son nom de femme mariée, P. Desbarres. Ses thèmes privilégiés sont la justice et la vérité — « Fiat Lux, fiat justicia » est la devise de son éphémère Revue caudine (1887) —, valeurs qui forment le socle de son engagement féministe.
Gisèle d'Estoc mène une vie privée tumultueuse, s'octroyant les mêmes libertés que celles dont disposent alors les hommes : Ainsi, elle entame, en 1881, une liaison avec Guy de Maupassant, puis avec Marguerite Eymery dite Rachilde, femme de lettres et travestie comme elle, qu'elle critique plus tard dans un pamphlet — sous le nom de Raclife — dans La Vierge réclame, qu'elle signe G. d'Estoc.
En 1890, elle adhère sous le pseudonyme de G. d'Estoc à la Ligue de l'affranchissement des femmes que vient de fonder Marie-Rose Astié de Valsayre. Dans une volonté de neutralisation, le « G » majuscule rend le prénom épicène, tandis que le nom évoque sa pratique de l'escrime. G. d'Estoc contribue à la rédaction des statuts de la Ligue dont le but est de « combattre toutes les injustices dont la femme est victime dans la société ».
En septembre, elle profère un blâme contre la journaliste Séverine qui avait chargé son compagnon de se battre en duel à sa place : pour Marie-Paule Courbe, une femme doit être capable de défendre seule son honneur. Peu après, elle fait une communication sur la femme de lettres, qui aboutit au vote de la résolution suivante : « À capacités égales salaire égal ». Mais sa carrière tourne court : malade, elle se retire à Nice avec son dernier compagnon, Léo d'Arkaï (alias Louis-Joseph Pillard). Cependant, Marie-Rose Astié de Valsayre continue à utiliser le psuedonyme G. d'Estoc, qu'on retrouve dans une liste de candidates aux législatives de 1893, et dans le Groupe des escrimeuses, destiné à servir par l'épée « la cause féminine ».
Marie-Paule Courbe meurt à Nice, 136, rue de France, en 1894.
En 1928, le littérateur Pierre Borel achète les papiers personnels de Marie-Paule Courbe à Léo Pillard d'Arkaï et contrefait sa biographie : il mélange des documents authentiques à des pièces apocryphes, voire fabriquées de sa main. C'est lui qui affuble celle qu'il décrit comme une « folle de sexualité (...) égoïste, ardente et volage » du pseudonyme de Gisèle d'Estoc, qu'elle n'a jamais utilisé, mais sous lequel elle est depuis connue, et qui la trahit. Les fantasmes boréliens contaminent ensuite l'histoire littéraire et continuent à faire saliver, bien qu'on sache désormais que Borel a écrit n'importe quoi. L'Américaine Melanie Hawthorne a méthodiquement démonté la tradition misogyne née de ses écrits, tandis que Gilles Picq, le premier à avoir identifié Gisèle d'Estoc comme étant Marie-Paule Courbe, a écrit sa biographie et publié ses écrits dans la presse nancéienne.
Si G. d'Estoc a joué un rôle mineur dans le mouvement féministe, c'est elle qui inspire à la jeune Madeleine Pelletier, qui a croise sa silhouette lors d'une réunion de la Ligue de l'affranchissement des femmes, une « voie lumineuse d'affranchissement », celle du travestissement, fondement essentiel du « féminisme intégral ».
G. d’Estoc, La Vierge réclame, premier volume d’une hypothétique série « Les Gloires malsaines », illustrations de Fernand Fau, Paris Librairie Richelieu, 1887 [lire en ligne]
Gyz-El, Noir sur blanc, récits lorrains, Nancy, A. Voirin, 1887.
La Revue Caudine, publication littéraire nancéienne, Paris, 1887. Directrice-gérante : Mme Paule P. Desbarres.
G.J. d'Estoc, Psychologie de Jeanne d'Arc... [Texte imprimé] / Publication : Paris : J. Strauss, 1891.
Ressource relative aux beaux-arts : Musée d'Orsay