Ce Jour-là

Giovanni Falcone

Magistrat italien tué par la Mafia (1939-1992)

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Giovanni Salvatore Augusto Falcone, né à Palerme le 18 mai 1939 et mort le 23 mai 1992 à Capaci, est un juge italien engagé dans la lutte antimafia et assassiné sur ordre de Toto Riina, chef du clan des Corleonesi, eux-mêmes faisant partie de Cosa nostra.

Fils de Arturo Falcone, directeur du laboratoire Chimique Provincial, et de Luisa Bentivegna, Giovanni a deux grandes sœurs, Anna et Maria. Issu du quartier délabré de La Kalsa à Palerme, le petit Giovanni, fils d’une famille de la bourgeoisie palermitaine, fréquente de futurs criminels comme Tommaso Spadaro et Gerlando Alberti.

Après de brillantes études de droit à Palerme, il devient magistrat en 1964 et commence sa carrière en tant que magistrat instructeur spécialisé dans les liquidations judiciaires avant de s'orienter vers le pénal. C'est en dépouillant d’obscurs dossiers financiers qu'il découvre le monde du grand banditisme qu'est celui de Cosa nostra et qu'il affine ce qu’on appellera plus tard la « méthode Falcone ». Procureur adjoint au tribunal de Trapani, il est transféré en 1978 à Palerme où il devient juge d'instruction.

En 1979, après l'assassinat du juge Cesare Terranova, qui a mené sans succès un procès contre certains dirigeants mafieux dans lequel tous ont été acquittés, Falcone intègre le « pool » antimafia du parquet de Palerme. Le juge Rocco Chinnici décide de créer une cellule composée de juges spécialisés dans les enquêtes complexes liées à la mafia. Au même moment, le parrain corleonais Totò Riina déclenche la deuxième guerre de la mafia dans laquelle sont anéantis ses rivaux, dont les principaux clans palermitains de Salvatore Inzerillo et de Tommaso Buscetta. Riina fait également assassiner des fonctionnaires antimafia dont Chinnici, qui est assassiné dans un attentat à la voiture piégée le 29 juillet 1983 aux premières heures de la matinée, en plein centre de Palerme. C'est la première fois que Cosa nostra utilise cette méthode pour tuer un magistrat. Les deux carabiniers chargés de son escorte et le concierge de l'immeuble sont tués eux aussi. Le juge Rocco Chinnici est remplacé par le juge Antonino Caponnetto qui poursuit ce que son homologue a démarré et constitue formellement le « pool antimafia » qui devient rapidement extrêmement efficace.

Le « pool » obtient un succès important et inespéré en 1984 en recueillant le témoignage de l'un des plus importants repentis de Cosa nostra, Tommaso Buscetta dit « Don Masino » ou « le boss des deux mondes ». Don Masino décide de témoigner contre Cosa Nostra parce qu'au cours de la deuxième guerre de la mafia, les Corleonesi tuaient des personnes non-liés à la mafia parmi lesquelles les deux fils de Buscetta. Sur la base de son témoignage, Giovanni Falcone ouvre en 1986 le maxi-procès de Palerme dont il est l'instigateur avec son ami le juge Paolo Borsellino (qui sera également assassiné, quelques mois après Falcone). Le procès doit faire comparaître 475 accusés (la majorité présents mais 119 en cavale) dont le « parrain des parrains », Toto Riina (lui aussi en cavale), si bien que, la cour pénale de Palerme n'étant pas assez grande, il est créé ce qui fut appelé une « aula-bunker » (salle d'audience-bunker).

Le 16 décembre 1987 restera comme la date de la fin du maxi-procès et formalise l'existence de l’« association de malfaiteurs de type mafieux » en Italie. À l'issue du procès, on compte :

474 accusés (le mafieux Nino Salvo, déjà gravement malade, est décédé avant le jugement) ;

360 condamnations, dont 19 peines à perpétuité ;

2 665 années de prison cumulées par les condamnés.

Falcone demande des moyens supplémentaires pour poursuivre la lutte antimafia mais les décisions se font attendre. En janvier 1988, le Conseil supérieur de la magistrature nomme Antonino Meli chef du bureau d'instruction au tribunal de Palerme, poste auquel Falcone postule. Meli est farouchement opposé au « pool antimafia » créé en 1983 par le juge Antonino Caponnetto et est un adversaire de Falcone que Caponnetto avait désigné comme son successeur. Le 30 juillet 1988, le juge expédie au Conseil supérieur de la magistrature une lettre de quatre pages dans laquelle il se dit écœuré par le laxisme de la police et des pouvoirs politiques et demande sa mutation dans une autre région, comme huit autres de ses collègues. Le 20 juin 1989, il échappe à un attentat dans la station balnéaire palermitaine de l'Addaura.

Le 13 mars 1991, Falcone est nommé directeur des Affaires pénales du ministère de la Justice, à Rome, où il centralise la lutte antimafia.

Le juge devient un héros et un symbole célébré partout en Italie, malgré le fait que certains personnages de la classe politique de l'époque cherchent à le discréditer depuis 1989 et la triste « stagione dei veleni » (« période des venins », lorsque certains affirmèrent que Giovanni Falcone avait organisé lui-même un attentat contre sa personne pour se faire de la publicité). Il devient également l'ennemi numéro 1 de Cosa nostra qui fait de lui sa cible principale.

Sous la forte menace d'attentat, et délaissé par une partie de la classe politique, Falcone est contraint de vivre 24 heures sur 24 accompagné d'une escorte importante. Lors du maxi-procès, ce ne sont pas moins de 70 hommes qui sont chargés d'assurer sa sécurité. Il en choisit huit chaque jour, qu'il désigne au dernier moment.

Le dispositif d'escorte n'est pas suffisant pour protéger le juge Falcone : le 23 mai 1992, il est assassiné par Cosa nostra dans ce qu'on appelle le « massacre de Capaci ». Dans un tunnel d'évacuation des eaux situé sous l'autoroute reliant l'aéroport de Punta Raisi à Palerme, les mafieux ont placé 600 kg d'explosifs destinés à piéger le magistrat.

Le juge Falcone, se trouvant dans la voiture du milieu d'un cortège de trois Fiat Croma blindées, meurt avec sa femme Francesca Morvillo, elle-même juge, ainsi que les trois gardes du corps du premier véhicule, Vito Schifani, Rocco Di Cillo et Antonio Montinaro. Cet attentat est une réponse à la volonté de Giovanni Falcone de vouloir mettre sur pied une brigade antimafia (une sorte de FBI italien).

L'attentat contre le juge, commandité par Toto Riina, est déclenché par une télécommande actionnée par Giovanni Brusca, qui sera libéré de prison après 25 ans le 1er juin 2021, sous le signal de Gioacchino La Barbera (en), comme le révèle leur procès en février 1995.

Cosa nostra aurait reçu l'appui d'un expert en explosifs envoyé par John Gotti, parrain new-yorkais de la famille Gambino.

Giovanni Falcone est inhumé au cimetière de Sant'Orsola à Palerme, avant d'être transféré le 3 juin 2015 dans l'église san Domenico qui abrite un panthéon des célébrités siciliennes.

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