Giorgio Napolitano, né le 29 juin 1925 à Naples et mort le 22 septembre 2023 à Rome, est un homme d'État italien, président de la République italienne du 15 mai 2006 au 14 janvier 2015.
Licencié en droit, il fait d’abord partie des Groupes universitaires fascistes (GUF), avant de s'engager au sein de la Résistance au régime de Benito Mussolini.
Adhérant au Parti communiste italien (PCI) après la Seconde Guerre mondiale, il est député de 1953 à 1963, puis sans discontinuer de 1968 à 1996. Il fait partie des soutiens les plus actifs du courant réformiste du PCI, qui donne naissance au Parti démocrate de la gauche (PDS) en 1991. Tandis qu'il siège au Parlement européen dès 1989, il est président de la Chambre des députés de 1992 à 1994.
Ministre de l'Intérieur dans le premier gouvernement de Romano Prodi de 1996 à 1998, il est le premier titulaire anciennement communiste de ce ministère régalien. Il retrouve les bancs du Parlement européen en 1999 avant d'être nommé sénateur à vie par le président Carlo Azeglio Ciampi en 2005.
Il est élu président de la République au quatrième tour de l'élection présidentielle de 2006, devenant ainsi le premier ancien communiste élu au palais du Quirinal. En 2011, alors que l'Italie est confrontée à une sévère crise économique et financière, il obtient la démission du président du Conseil Silvio Berlusconi, puis nomme pour lui succéder l'économiste Mario Monti. Cette période voit alors s'accroître, d'une manière encore inédite, l'importance du pouvoir du chef de l'État.
Alors qu'il ne voulait pas concourir à sa propre succession, il est réélu chef de l'État lors de l'élection présidentielle de 2013, après l'élection d'un Parlement sans majorité ayant entraîné une importante crise politique ; il est alors le premier président de la République sortant reconduit pour un second mandat. Ayant prévenu qu'il n'assumerait pas ce second mandat jusqu'à son terme, il démissionne en 2015 et redevient sénateur à vie.
À la fin de sa vie, âgé de 98 ans, il est le doyen du Sénat de la République — où il siège au sein d'un groupe centriste régionaliste — et, plus généralement, du Parlement de la République italienne. Il est par ailleurs le président de la République italienne à avoir vécu le plus longtemps.
Études et engagement dans la Résistance
En 1942, Giorgio Napolitano, fils de l'avocat libéral Giovanni Napolitano, s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Naples Federico II ; il est alors intégré comme tous les étudiants italiens, en cette époque, dans les Groupes universitaires fascistes (GUF), mais, parallèlement, s'engage dans la Résistance contre le régime fasciste. C'est durant cette période que naît sa sympathie pour le Parti communiste italien (PCI), qu'il intègre en 1945, après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Pendant ses études, Giorgio Napolitano se passionne pour la littérature, le théâtre et la poésie, des arts qu'il étudiait au lycée avec des amis comme Francesco Rosi, Giuseppe Patroni Griffi et Raffaele La Capria. En 1947, il obtient une licence en droit avec une thèse d'économie politique.
En 1959, Giorgio Napolitano, alors parlementaire, épouse Clio Maria Bittoni lors d'une cérémonie civile, comme il était de coutume pour les cadres et les membres du Parti communiste italien. Née en 1934 à Chiaravalle, Clio Maria Bittoni est une avocate spécialisée dans le droit du travail ; elle rencontre celui qui deviendra son époux alors qu'elle travaille dans un cabinet d'avocats romain. De ce mariage naissent deux fils, prénommés Giovanni (1961) et Giulio (1969). Travaillant au service de la Ligue coopérative (ou Legacoop), elle quitte ces responsabilités après l'élection de son mari, en 1992, à la présidence de la Chambre des députés.
En 1945, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Napolitano, après avoir rejoint le Parti communiste italien, est élu député en 1953 pour la première fois. En 1956, à la suite de l'écrasement de l'insurrection de Budapest par les chars soviétiques, il appuie l'action de l'URSS, qu'il qualifie de contribution à la paix mondiale, quand bien même Antonio Giolitti et d'autres éminents dirigeants quittaient le PCI. A posteriori, il considère que le PCI, s'il se distinguait déjà à l'époque d'un parti purement stalinien du fait de ses idéaux démocratiques issus de l'antifascisme, était encore prisonnier du « mythe de l'URSS » qui faisait partie de son « ADN » politique, et dont il a été par la suite nécessaire de se libérer. À plusieurs reprises, Napolitano prit part au comité national du parti, devenant un de ses dirigeants les plus influents jusqu'à la mutation du parti vers 1991 ; ses idées politiques penchaient cependant à droite au sein de son parti.
À partir des années 1970, Giorgio Napolitano est, aux côtés du secrétaire général Enrico Berlinguer, l'un des principaux défenseurs de l'évolution réformiste du Parti communiste italien. Sous l'influence de son aile modérée, le PCI devient progressivement dans les faits, tout en demeurant officiellement allié à l'URSS, un parti de type social-démocrate. Napolitano est, comme Berlinguer, un partisan convaincu du courant eurocommuniste, qui conduit le PCI à remettre en cause la conception soviétique du communisme.
En 1991, après l'auto-dissolution du PCI et sa transformation en Parti démocrate de la gauche (PDS), Napolitano adhère à ce nouveau parti de gauche modérée, comme la majorité des cadres ex-communistes tel Massimo D'Alema ; les orthodoxes comme Armando Cossutta fondent de leur côté, le Parti de la Refondation communiste (PRC). Le PDS sera, par la suite, remplacé par les Démocrates de gauche (DS).
Député et président de la Chambre
Giorgio Napolitano est député de 1953 à 1963, puis, sans discontinuer, de 1968 à 1996. Au palais Montecitorio, le député Napolitano assume des responsabilités politiques de premier plan : président du groupe des députés communistes de 1981 à 1986, il siège sur les bancs de la Commission des Affaires étrangères de 1984 à 1992.
Le 3 juin 1992, Giorgio Napolitano est élu président de la Chambre des députés au 5e tour de scrutin, ayant recueilli 360 suffrages des 575 députés ayant pris part au vote ; il prend, à ce titre, la succession d'Oscar Luigi Scalfaro, élu président de la République le 25 mai précédent. Giorgio Napolitano est le troisième homme politique ayant appartenu au parti communiste élu à la troisième charge de la République, après Pietro Ingrao et Nilde Iotti. Respecté par la majorité comme par l'opposition de centre-droit pour sa modération, Napolitano doit exercer cette fonction dans un contexte difficile pour la classe politique, purgée par l'opération Mani pulite, menée par des juges contre la corruption dominante. Son mandat s'achève avec la dissolution du Parlement décidée par le président Scalfaro, en 1994 ; c'est la jeune députée Irene Pivetti, membre de la Ligue du Nord, qui lui succède à la présidence de la chambre basse.
Après avoir quitté la présidence de la Chambre, Napolitano retrouve la Commission des Affaires étrangères, au sein de laquelle il siège jusqu'en 1996.