Ce Jour-là

Gina Pane

Artiste française

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Gina Pane est une artiste plasticienne française. Artiste performeuse, elle est l'une des représentantes de l'art corporel.

Née à Biarritz 24 mai 1939, d’un père italien restaurateur de piano et d’une mère autrichienne. Gina Pane grandit à Turin avec sa sœur jusqu’en 1961 lorsqu’elle décide de partir étudier à Paris. Elle fait ses études aux Beaux-Arts de Paris de 1961 à 1966 (section Peinture et Lithographie) et aux Ateliers d'art sacré. De sa formation classique aux Beaux-Arts, elle conservera un intérêt sans cesse renouvelé pour le corps. Sa carrière de performeuse débute en 1968 lorsqu’elle décide de rompre avec l’acte de peindre, dès lors elle met le corps au centre de sa création artistique.

Elle enseignera à l'école supérieure des beaux-arts du Mans de 1975 à 1990 et dirigera un atelier de performance au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou en 1978 et 1979 à la demande de Pontus Hulten. Dans les dernières années de sa vie, elle était en couple avec Anne Marchand avec qui elle a collaboré pour le court-métrage Solitrac (1968). Elle meurt prématurément en 1990 à Paris des suites d'un cancer.

Gina Pane a réalisé des peintures géométriques (1962-1967) avant de s’investir dans les sculptures et les installations. Proches des explorations de Bruce Nauman et Robert Morris, ses premières peintures, hors d’une recherche formelle, engagent déjà ses thèmes de travail futurs. La relation du corps à la nature détermine ses sculptures et surtout ses premières actions. Figure majeure de l’art corporel des années 1970, elle a composé une série d'actions minutieusement préparées et documentées, où chaque geste est accompli avec une dimension rituelle.

Dès les années 1970, Gina Pane se sert de son corps comme outil de création comme de nombreuses performeuses telles que Ana Mendieta, Valie Export et Marina Abramović. De cette façon, elles dénoncent les normes que la société impose aux corps et en particulier aux corps des femmes. La performance permet aux artistes féminines de se réapproprier leurs corps dans l’art qui a longtemps été réduit à un rôle de modèle, dépendant de la vision masculine.

Toute action de Gina Pane comporte 3 phases. La première étape est la préparation, la genèse du projet consiste à la réalisation de dessins, de textes, de photographies, préparation du processus des gestes. La seconde étape est la réalisation de l’action elle-même. Lors de l’action, Françoise Masson, la photographe officielle de Gina Pane, était chargée de capturer la performance selon les instructions précise de l’artiste. La troisième étape est la sélection des photographies. Gina Pane porte une grande importance aux constats photographiques qui sont la formalisation plastique de l’action. Les images fixes ne restituent que certains moments de la performance à l’inverse de la vidéo qui retranscrit la totalité de l’action. Ce pourquoi Gina Pane utilise des séries séquentielles afin de restituer au mieux l’action passée.

La parole est exclue de l'action, elle utilise son corps comme moyen de communication, il devient langage. Lors de ces actions, elle porte souvent un pantalon et une chemise blanche, rapprochant son corps de la toile prête à être peinte. Les actions sont souvent impressionnantes par leur dureté et la douleur qu'elles engendrent. Elle se penche sur les souffrances du corps féminin et insiste que ses gestes ne sont pas de la mutilation mais des blessures. Elles figurent son engagement et sa révolte. Comme elle le dit elle-même : « Je me blesse mais ne me mutile jamais. (...) La blessure? Identifier, inscrire et repérer un certain malaise, elle est au centre».

Gina Pane préfère le terme "action" à performance et happening qui induisent une connotation théâtrale.

Trois périodes de productions artistiques

Gina Pane distingue elle-même trois périodes dans son évolution artistique.

Première période : De 1968 à 1970

Une première période où Gina Pane est seule dans la nature elle déplace des éléments naturels, son corps est un lien entre deux lieux et des éléments avec lesquels elle entretient une relation intime. Par ses actions corporelles, elle met en question la relation personnelle à la nature dans Pierres déplacées une action dans laquelle elle déplace des petites pierres de l'ombre à la lumière (1968), Terre protégée (1968-1970) ou Enfoncement d'un rayon de soleil (1969). Ses actions ou ses installations se déroulent souvent dans l'intimité.

Seconde période : de 1971 à 1979

Entre 1971 et 1979 ses actions seront mises en œuvre dans son atelier puis en public, elles supposent toutes une blessure. Cette seconde période pose la problématique du corps actif face au public. Le support du travail est l'espace-temps. De l'œuvre d'art proprement dite, il reste le relevé photographique d'un certain nombre de moments soigneusement choisis et l'objet performatif. Les actions constituent une recherche d'un autre langage, d'une pratique biologique de l'existence par une tentative de transformation de l'individu au travers d'une volonté de communion avec l'Autre. L'action Escalade non-anesthésiée, 26 juin 1971 est l'une de ses premières actions réalisées au sein de son atelier. En 1973 à la Galerie Diagramma à Milan, Gina Pane réalise par exemple une action nommée Azione sentimentale devant un public au premier rang exclusivement féminin. Dans cette dernière, l'artiste répète deux fois la même séquence, avec pour accessoire un bouquet de roses rouges, puis un bouquet de roses blanches. Passant progressivement de la station debout à la position fœtale, elle exécute d'abord un mouvement de va-et-vient avec le bouquet, avant de se mettre les épines d'une rose dans le bras et de pratiquer une incision avec une lame de rasoir dans la paume de sa main. Son bras se transforme alors en rose, la blessure évoquant les pétales et l'avant-bras représentant la tige de la fleur.

Troisième période : de 1980 à 1989

De 1980 à 1989, Gina Pane entreprend la troisième phase de son évolution artistique : Les Partitions, entre installations et sculptures qui font référence à ses actions passées. Le rôle du corps et sa relation au monde demeurent le sujet central. Le langage mis en place dans ses actions est alors utilisé dans un travail de création autonome. La représentation de la blessure devient symbolique. Les Partitions mêlent des photographies de ses précédentes blessures à divers objets (jouets, verre, etc.) déjà présents dans ses actions. En outre, elle s'inspire de l'iconographie traditionnelle religieuse et de la vie des saints. Dans les dernières Partitions, la matérialité du corps se retrouve traduite au travers de matériaux tels le bois, le fer, le verre et le cuivre. Par la voie du souvenir, de ses actions et par les évidentes références à l'histoire de l'art d'Ucello à Memling, Gina Pane révèle une démarche profondément liée au sacré.

Le langage du corps et la blessure

Gina Pane envisage le corps comme le support de l’expression artistique mais également en tant que moyen de communication. Pendant ses performances, l’artiste reste muette mais se sert de son corps afin d’exprimer un message. Elle déclare dans le magazine féministe Sorcières que le discours du corps est le lien unique : un signe de communication . A ce propos l’artiste écrit « Mes expériences corporelles démontrent que le « corps » est investi et façonné par la Société : elles ont pour but de démystifier l’image du « corps » ressentie comme bastion de notre individualité pour la projeter dans sa réalité essentielle, de fonction de médiation sociale. ».

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