Ce Jour-là

Gilles Perrault

Écrivain et scénariste français (1931–2023)

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Gilles Perrault — Jacques Peyroles pour l'état civil —, né le 9 mars 1931 à Paris (13e arrondissement) et mort le 3 août 2023 à Sainte-Marie-du-Mont, est un écrivain et scénariste français. Il est par ailleurs un ancien avocat de même qu'un ancien journaliste. Il a utilisé le pseudonyme de Gil Perrault pour ses premiers romans.

Jacques Peyroles est le fils de l'avocat d'affaires Georges Peyroles (1900-1973) et de Germaine Peyroles (1902-1979), également avocate, députée du Mouvement républicain populaire (MRP) entre 1945 et 1951 et de 1954 à 1955.

Il étudie à l'Institut d'études politiques de Paris, devient avocat dans le cabinet de son père, exerçant comme tel pendant cinq ans. Il effectue son service militaire à 24 ans au 8e régiment de parachutistes coloniaux (8e RPC) en Algérie.

Après le succès de son essai Les Parachutistes, inspiré par son service militaire en Algérie, il devient journaliste pour le compte du Nouveau Candide de 1961 à 1963. Il fait des reportages sur l'Inde de Nehru, les Jeux olympiques de Tokyo et les problèmes des Noirs aux États-Unis. Par la suite, entre 1986 et 2003, Gilles Perrault écrit des articles pour Le Monde diplomatique.

En mai 1961 il quitte Paris où il était avocat et s'installe par hasard à Sainte-Marie-du-Mont, dans le Cotentin. Il épouse en secondes noces, le 28 avril 1964, Thérèse Guigon (1940-2024), avec qui il a deux enfants : Géraldine (1965-1998) et Guillaume. Son attachement pour le petit village manchois l'incite à publier en 1981 Les gens d'ici qui retrace l'histoire tumultueuse de ce bourg du Moyen Âge jusqu'au débarquement de Normandie (la plage d'Utah Beach est située à quelques kilomètres de son domicile). En 1984, pour FR3 Normandie, il part à nouveau à la rencontre des habitants et évoque avec eux ce dernier évènement, vingt ans après le reportage qu'il a mené pour l'émission Cinq colonnes à la une (cf. infra). Gilles Perrault est élu conseiller municipal en 1971 sans avoir été candidat comme cela se fait parfois dans les petites communes. Ces dernières années il s'est engagé localement pour défendre sa commune contre un projet de fusion avec les communes voisines ou contre la création d'un parc consacré au Jour J (surnommé par ses opposants « D-Day land »).

Entre 1956 et 1961, il fait paraître, sous le pseudonyme de Gil Perrault, une douzaine de romans d'aventures, mâtinés d'espionnage, pour la collection populaire « La Chouette ». Le meilleur du lot, Dynamite, le récit d'une révolte dans un pays d'Amérique du Sud, sera réédité dans J'ai lu. « Il fait également paraître en 1958 au Fleuve Noir l'excellent suspense Baroud d'honneur, sous le pseudonyme de Sidney Vania, et le récit d'espionnage Au pied du mur (1963) chez Denoël ». Il fait ensuite des recherches approfondies sur des aspects peu connus de la Seconde Guerre mondiale, surtout de l'espionnage et de la Résistance. En 1964, il publie un ouvrage autrement sérieux avec Le Secret du jour J, qui obtient un prix du Comité d'action de la Résistance et connaît d'excellentes ventes à l'étranger. Peu avant le vingtième anniversaire du Débarquement de Normandie, il interroge à l'occasion d'un reportage télévisé, les témoins de Sainte-Marie-du-Mont. Après cette période, Perrault se consacre à des ouvrages d'investigation historique tels que L'Orchestre rouge (1967) autour du personnage de Leopold Trepper et La Longue Traque autour du personnage de Roland Farjon (1975), avec un égal succès.

En 1973, il participe à l'écriture du scénario du film Le Serpent, coécrit et réalisé par Henri Verneuil, d'après l'œuvre originale de Pierre Nord, Le Treizième Suicidé

Auparavant, en 1969, Perrault publie un roman d'espionnage original, Le Dossier 51. Avec Michel Deville, il signe le scénario de l'adaptation cinématographique de ce texte. Le film sort en 1978. Par la suite, en 1979, il obtient avec Michel Deville le César du meilleur scénario original ou adaptation. Il travaille à d'autres reprises avec Michel Deville, en lui donnant notamment le scénario original de La Petite Bande (1983). Il signe également l'adaptation de son livre éponyme pour le film L'Orchestre rouge (1989), réalisé par Jacques Rouffio.

Perrault et l'affaire Ranucci

À l'été 1977, il est sollicité notamment par l'avocat Jean-Denis Bredin pour effectuer des recherches sur l'affaire Christian Ranucci, condamné à mort et guillotiné en 1976 pour l'enlèvement et le meurtre d'une petite fille de huit ans, Marie-Dolorès Rambla. À la rentrée littéraire de 1978, il fait paraître Le Pull-over rouge, livre dans lequel il émet un doute sur la culpabilité de Ranucci (bien qu'il affirme à l'époque sur France Inter que l'aboutissement de l'affaire doit conduire à la réhabilitation du condamné), et qui est publié dans le contexte d'un débat de société sur la peine de mort en France et d'une campagne pour la révision du procès Ranucci (une requête ayant été déposée par Jean-Denis Bredin et Jean-François Le Forsonney trois semaines auparavant). Le titre du livre fait référence au vêtement trouvé par les enquêteurs dans la galerie d'une champignonnière où Christian Ranucci s'était réfugié, un pull-over qui n'est pas à la taille de ce dernier selon Gilles Perrault et qui aurait, selon une allégation fausse de l'écrivain, conduit un chien policier jusqu'au lieu où le cadavre de la petite fille avait été découvert.

Pour expliquer la genèse de cet ouvrage, Gilles Perrault prétendra s'être rendu à Marseille (où l'affaire a débuté le 3 juin 1974) par acquit de conscience et avec un a priori sur ce dossier, celui de la culpabilité de Ranucci, pensant qu'une condamnation à mort était prononcée à la suite d'une enquête et d'une instruction rigoureuses. Ce livre, qui a rencontré un énorme retentissement médiatique, est présenté par l'auteur et son entourage comme « la description d'une mécanique judiciaire » et « une explication du système de la procédure pénale française », davantage que comme une œuvre littéraire contre la peine de mort. Gilles Perrault dira que le courrier qu'il recevait des lecteurs du Pull-over rouge exprimait un commentaire surpris sur le déroulement d'une affaire judiciaire, plutôt qu'une interrogation sur la culpabilité du condamné.

Perrault reviendra sur l'affaire au fil de la publication de livres en 1995 (un ouvrage collectif écrit avec la mère de Christian Ranucci et des avocats), 2004 et 2006, dans lesquels l'auteur exprime sa conviction de l'innocence de Christian Ranucci.

À la suite d'une plainte pour diffamation déposée par les policiers ayant mené l'enquête sur l'affaire Ranucci, pour ses propos tenus lors de l'épisode de l'émission Histoire d'un jour, « 28 juillet 1976 : qui a tué Christian Ranucci ? » (diffusé sur FR3 et présenté par Philippe Alfonsi, également poursuivi), en 1985, où il accuse les policiers de « forfaiture » et d'avoir « éliminé tout ce qui concernait l'homme au pull-over rouge », Gilles Perrault est condamné en juin 1989 par le tribunal correctionnel de Marseille à verser 30 000 francs de dommages et intérêts à chacun des cinq plaignants, peine confirmée en 1990 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence et majorée à hauteur de 40 000 francs de dommages et intérêts par policier, puis en 1992 par la Cour de cassation qui, rejetant son pourvoi et celui de Philippe Alfonsi, majore le montant des dommages et intérêts à hauteur de 70 000 francs par policier diffamé. Il est également mis en examen début 1995 pour « complicité de diffamation publique » suite à une rediffusion du film de Michel Drach adapté de son livre, Le Pull-over rouge (sorti au cinéma en novembre 1979), ainsi que pour la parution d'un livre de Maurice Périsset, L'énigme Christian Ranucci. Ces deux procédures se solderont par la suite par un non-lieu.

Au milieu des années 2000, il est de nouveau poursuivi, ainsi que l'éditeur de Fayard Claude Durand, pour diffamation envers les policiers dans son troisième livre sur l'affaire, L'ombre de Christian Ranucci (paru en 2006) où il accusait les enquêteurs d'avoir fait preuve de « légèreté » et de « partialité » dans leurs investigations. Il est condamné le 14 janvier 2008, ainsi que son éditeur, à verser 5 000 euros à chacun des quatre policiers diffamés, jugement confirmé en appel en 2009 et majoré à hauteur de 10 000 euros pour chaque plaignant.

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