Gilles Hénault, né le 1er août 1920 à Saint-Majorique-de-Grantham et mort le 6 octobre 1996 à Montréal est un journaliste, critique d'art, poète et traducteur québécois.
Il a été directeur de la section des arts du Devoir de 1959 à 1961, directeur du Musée d'art contemporain de 1966 à 1971, directeur du département des Arts plastiques de l'UQAM en 1984-1985 et président du comité permanent du ministère des Affaires culturelles du Québec pour l'intégration des arts à l'architecture en 1985-1986. Il est proche idéologiquement des signataires du Refus global.
Gilles Hénault est né en 1920, dans la maison du 4e rang de la rivière à Saint-Majorique. Son père, Octavien, est cultivateur et s'échine, avec sa femme Édouardina Joyal, sur une terre aride avant de déménager en 1922 à Montréal. L'enfance de Gilles Hénault a été profondément marquée par la pauvreté et aussi par un autre drame. En 1926, alors qu'il entamait sa première année à l'école Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, deux de ses frères succombent à la diphtérie tandis qu'il en survit, devenant ipso facto l'aîné sur lequel la famille pourra compter. De 1929 à 1931, il accompagne son père un soir par semaine à la Saint-Vincent-de-Paul pour y chercher de la nourriture.
Durant ces années, il passe l'été à Saint-Majorique, chez son grand-père. À 11 ans, il découvre la poésie, après avoir fait un poème sur Le Blond, le vieux cheval que son grand-père refusait de faire abattre pour vendre la viande aux éleveurs de renards.
« Le Blond avait été le compagnon de trente années de sa vie de travail ; il avait pour ce cheval plus d'estime que pour bien des hommes. La mort de Le Blond fut pour moi l'occasion de mon premier poème d'enfant. Quel ne fut pas mon étonnement, en le lisant à un de mes oncles, de le voir essuyer des larmes. Ainsi, j'appris l'un des pouvoirs de la poésie. »
En 1934, il termine sa 8e année et son père veut qu'il travaille mais devant l'impossibilité de trouver du travail, il poursuit ses études au Collège Chomedey-de-Maisonneuve où, à 16 ans, il découvre Épicure et ses principales théories sur les atomes et le vide. Cette lecture eut une importance capitale dans la vie et l'œuvre de Hénault. Il opte dès lors pour la philosophie matérialiste et devient incroyant, mais non anticlérical. L'important, pour lui, n'est pas d'abolir la religion mais les conditions sociales qui asservissent et rendent la religion nécessaire.
En 1937, faute d'argent pour payer son tramway et ses repas, Hénault ne peut plus poursuivre ses études, malgré la bourse que les Frères des Écoles chrétiennes lui avaient accordée, en fonction de ses notes, pour qu'il entre au Mont Saint-Louis.
Apprentissage et premiers textes
Du mois de juin 1937 jusqu'à ses débuts au journal Le Jour, en août 1939, Gilles Hénault est chômeur, sauf quelques mois où, grâce à l'appui de ses parents, il a pu travailler comme commis à la coopérative La familiale, fondée par Victor Barbeau qui allait devenir le président-fondateur de l'Académie canadienne française et lui remettre, en 1962, le deuxième prix du Jury des Lettres pour son recueil Sémaphore.
Pendant ces années, il passe le plus clair de son temps à la Bibliothèque municipale, à parfaire son instruction.
Gilles Hénault publie ses premiers poèmes en avril 1939, sous le pseudonyme de G. Rèvay, textes remarqués aussitôt par le poète Clément Marchand qui, sous son pseudonyme de Le Censeur, écrit : « Le poète, Poudrerie, Les poètes du sol, sont déjà d'une maturité et d'une vigueur de pensée qui étonnent chez un poète de 18 ans. Tout ce que l'on peut leur reprocher, c'est de trop ressembler superficiellement à des vers de Baudelaire. Mais sera-ce bien longtemps un reproche qu'on pourra faire à G. Rèvay […] Quand on a 18 ans, aimer Baudelaire et même lui prendre ses apparences est déjà l'indice d'une nature exceptionnelle. Voilà sûrement un jeune qui promet et qui porte peut-être en germe des inspirations et la puissance de les exprimer comme il est extrêmement rare d'en trouver chez nous ». »
Encouragé de cet accueil, Hénault envoie aussitôt Pour que les cimetières soient fleuris, un exercice, comme il le dira plus tard, en hommage à Francis James. Et de nouveau, le Censeur écrit: « On entendra sans doute parler un jour du poète qui signe ici G. Rêvai. Il est vraiment en possession d'un des plus sûrs dons poétiques qu'il m'ait été donné de saluer ici. Peut-être dit-il des choses faciles, mais la façon dont il les dit est d'un tour vraiment relevé… Il converse tout simplement avec son maître, par delà le Styx, et pour le faire, il emploie autant que possible, mais en les couvrant de sa personnalité, les rythmes, les mots et les odeurs qu'affectionnait le poète ».
En août 1939, Jean-Charles Harvey engage Gilles Hénault comme collaborateur au Jour, journal qu'il a fondé après avoir été licencié du journal Le Soleil en raison de la publication de son roman Les Demi-civilisés. L'équipe était composée du libraire Henri-Tranquille, de Jean-Jules Richard, de Berthelot Brunet et de Jean-Aubert Loranger. Le rédacteur en chef était Émile-Charles Hamel, qui lui fit découvrir Mallarmé, Saint-Denys Garneau. Gilles Hénault gagne 2,50 $ par article. Il y écrit les contes du Jour et des commentaires sur diverses activités politiques et culturelles.
Poème, L'Invention de la roue (1939)
Ce poème écrit en alexandrins est publié en 1941, dans La Nouvelle Relève. Le poème se divise en cinq parties :
Le chant premier exprime l'optimisme de ceux qui voient le progrès technique comme l'apport le plus précieux à la libération de l'homme;
La méditation première oppose au progrès technique des valeurs humaines. Hénault joue avec le mot Révolution, faisant allusion à la fois au mouvement propre à la roue, à la révolution industrielle et aux révolutions sociales et politiques engendrées par un univers inhumain;
Le chant deuxième reprend l'hymne à la science et Hénault compare la force de l'esprit scientifique à celle de la mer;