Ghislaine Dunant est une écrivaine de langue française, elle est née à Paris le 21 juin 1950.
Elle a reçu le Prix Femina essai en 2016 pour Charlotte Delbo, la vie retrouvée (Grasset) et le Prix Michel Dentan en 2008 pour Un effondrement (Grasset).
Ghislaine Dunant est née à Paris en 1950 d’une mère française et d’un père suisse. Après une enfance et une adolescence à Paris, New York et Bâle, elle fait des études de lettres, d’abord en classes préparatoires au lycée Fénelon (Paris) puis à la Sorbonne. Parallèlement, elle travaille la danse classique puis contemporaine au cours de Peter Goss, le théâtre chez Tania Balachova, puis à l’École internationale de Théâtre de Jacques Lecoq.
De 1974 à 1977 elle vit à Genève et travaille à La Tribune de Genève, elle commence une thèse à l’Université de Genève, enseigne dans le secondaire et rencontre l’artiste-peintre Gérard Thalmann. Ils se marient en 1979 à Paris où elle continue d’enseigner. Ils ont un fils et une fille. Après huit ans d’enseignement, de critiques théâtrales et littéraires pour La Tribune de Genève et F. Magazine, elle se consacre entièrement à l’écriture.
D'octobre 2010 à juin 2019, elle est membre du comité de rédaction de La Revue des Belles Lettres.
Pour Ghislaine Dunant, « l’écriture permet de traverser la mort, d’aller dans le plus ténu du rapport à la vie, car elle a la faculté de remettre de la vie là où le lien s’effrite, s’effondre.»
«Elle a le pouvoir de reprendre dans l’être humain ce qui lui a été ôté. Le rapport au mot, au rythme de la phrase nous rend "appréhensible " une réalité qui a été quittée par l’humain.»
«La langue fait revenir dans les mots la réalité qui ne peut être saisie»
«C’est sans doute sur la première béance qu’il faut écrire pour être. J’ai perdu ma mère très jeune et la mère, c’est l’origine, c’est certain. Entre l’absence, la béance, la disparition, les possibilités qu’il y a, c’est écrire et, donc, trouver une capacité d’être. Ecrire un roman, c’est aussi s’inscrire dans le temps, ajoute-t-elle. Tout drame, toute disparition arrête le temps. Quand on écrit, on crée du temps, on crée son temps, sa vie.»
L’œuvre de Ghislaine Dunant est traversée par la mort, les failles, les déchirures, les douleurs de ses personnages, mais aussi par la force de la vie qui revient doucement par des sensations diffuses ou qui s’exprime avec une force quasi tellurique au travers du désir et de la passion sexuels. Le désir, la transgression, le pouvoir de la littérature à rendre l’inconcevable sont parmi les thèmes de ses livres.
Pour Ghislaine Dunant, «La littérature peut avoir un pouvoir exceptionnel pour agir, pour prendre conscience du monde et de soi. Et plus que jamais, à une époque où l’image règne, circule, immédiatement et dans le monde entier, où elle abolit le temps et l’espace. Où la technologie incite à la réalisation immédiate des désirs, des pulsions, alors que c’est de la conscience agrandie dont a besoin le soin du monde, des autres, de soi.»
L'Impudeur, roman Gallimard, 1989 ; Folio, 1991 Traduction allemande par Rudolf Kimmig, Unersättlich, Heyne Verlag, 1991. Traduction anglaise (États-Unis) par Rosette Lamont, Brazen, Blue Moon Press, 1996 et Book-of-the-Month Club, 1997.
Un roman «hard» intitulé L’Impudeur, qui va plus loin que la plupart des récits érotiques. (…) Au début du récit, le narrateur affirme : «je veux regarder ce qui est là. Tout. Non, pas tout. L’infime. Ce qui est, d’ordinaire, à peine perceptible. Ce qui demande un ralentissement du temps.» C’est là que réside le succès de ce roman : dans le ralentissement du temps. Le texte fonctionne comme « un ralentissement du temps réel au profit du temps de la fiction».
«L’Impudeur, un beau titre, un peu énigmatique parce que pas vraiment un titre de roman, pourtant dès les premières phrases, la matière physique d’un corps entre dans la langue. (…) C’est un livre sans psychologie, sans vraiment de sentiment – mais où le corps et le cœur sont labourés par l’émotion. Si la sexualité a une importance fondamentale - «c’est un univers privilégié pour atteindre le chaos, cet aspect indistinct et violent où se compose quelque chose qui nous invente » dit l’auteur - elle n’est pas fondatrice, car tout le roman est en fait une métaphore du travail créatif et le fait que le héros soit artiste, et singulièrement sculpteur, souligne son rapport physique au toucher, à la matière, à la théâtralité, en même temps qu’il accentue presque mythologiquement les échanges avec les deux femmes qu’il rencontre, la première, solaire, généreuse, image de la fécondité, la seconde, noire, négative. Ce roman est une initiation»
La Lettre oubliée, roman Gallimard, 1993
«Deux femmes Électre et Eve. Électre raconte sa passion pour Paul, un musicien hongrois. S’ensuit un étrange et ambigu jeu de possession que la distance porte parfois au paroxysme.»
«La Lettre oubliée, c’est l’épilogue du roman qui donne sa signification au titre et jette une lumière que l’on n’attendait pas. Dans un appartement sombre, très sombre de la rue Oberkampf, à Paris, une femme se raconte à une autre femme. Electre et Eve se sont rencontrées dans un café, par hasard. Pourtant depuis ce jour Eve est "certaine d’accomplir ce à quoi elle ne peut échapper" en écoutant Electre." «Est-ce l’éclat intérieur de cette femme qui l’attire dans cette obscurité "la fée Électr’(icité) est lumineuse comme un ciel d’orage" et l’auteur joue volontiers sur cette image».
«La musique de Ravel, l’amour d’Électre pour un compositeur hongrois, des ondes multiples, de la Suisse à l’Afrique, parcourent ce roman. Ce roman est un éloge de la nuit, du poids, de la pierre, de l’opacité. Un chant profond qu’inspirent à la fois l’amour et la crainte de la musique, cette ogresse. Même si l’on croit ne rien comprendre à la musique, même si l’on ne perçoit pas les mouvements intérieurs qui apparentent ce roman à une partition, on ne peut résister à sa force.»