Germaine Tillion, née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire) et morte le 19 avril 2008 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), est une résistante et ethnologue française.
Titulaire de nombreuses décorations pour ses actes héroïques durant la Seconde Guerre mondiale, elle est en 1999 la deuxième Française à devenir grand-croix de la Légion d'honneur après Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Un hommage de la Nation lui est rendu au Panthéon le 27 mai 2015, où elle entre simultanément à Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette.
Germaine Tillion est née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire).
Elle est la fille de Lucien Tillion (1867-1925), magistrat, et d'Émilie Cussac (1876-1945), connue sous son nom marital, Émilie Tillion. Elle a une sœur, née en 1909, Françoise.
Ses parents appartiennent au monde de la bourgeoisie à la fois républicaine et catholique et sont issus de deux lignées de notables : hommes de loi de Charolles du côté paternel, d'Alleuze (Cantal) du côté maternel ; en 1907, son père est juge de paix à Allègre, fonction qui lui prend peu de temps ; il s'intéresse à la musique, à l'archéologie, à la photographie, à la chasse et à la vie rurale.
Dès l'âge de huit ans, Germaine est envoyée avec sa sœur Françoise en pension à l'institution Jeanne d'Arc de Clermont-Ferrand. Elle y fait ses premières classes, de l'instruction primaire au lycée, alors que commence la Première Guerre mondiale :
« Je ne mettais [pas] en doute l'existence de deux monstres sans visage : l'Allemand et la Mort. La nuit je rêvais de m'engager comme chien de guerre. »
En 1922, ses parents s'installent à Saint-Maur, dans la maison de ses grands-parents maternels, François Cussac (1849-1927) et Marie-Antoinette Vivier (1851-1945).
Ses parents contribuent chez Hachette à la rédaction des Guides bleus et d'ouvrages touristiques, activité qu'Émilie Tillion poursuit seule après la mort de son mari.
Après avoir obtenu le baccalauréat en 1925, Germaine Tillion mène des études éclectiques : « je fais des études qui me plaisent : archéologie à l'École du Louvre, puis préhistoire, puis histoire des religions, égyptologie, folklore français et celtique et surtout ethnologie qui me passionne. »
C'est à partir de 1928 qu'elle s'oriente vers l'ethnologie, auprès de Marcel Mauss, professeur à l'École pratique des hautes études (EPHE), fondateur de l'Institut d'ethnologie (1925) et professeur au Collège de France. En 1932, elle entre aussi en contact avec Louis Massignon, autre professeur au Collège de France, à l'origine spécialiste de l'islam, mais qui est devenu un chercheur pluridisciplinaire dans le domaine musulman.
À la fin de 1932, elle fait un long séjour en Prusse-Orientale (décembre 1932-février 1933) : « premier contact (plein d'aversion et d'ironie) avec le nazisme », notamment à travers les étudiants de l'université de Königsberg, au moment où les nazis arrivent au pouvoir (Hitler devient chancelier le 30 janvier 1933).
En 1934 (à ce moment, elle a « terminé l'École du Louvre et deux ou trois certificats en licence, ainsi que le diplôme de l'Institut d'ethnologie »), dans le cadre de l'allocation des fonds de l'International Society of African Languages and Cultures, il lui est proposé une mission dans l'Aurès, pour étudier l'ethnie berbère des Chaouis ; ne connaissant pratiquement rien de ce sujet, elle s'initie à la langue berbère à l'École des langues orientales (Marcel Destaing).
De retour en France en 1940, elle entame une thèse de doctorat sous la direction de Marcel Mauss autour du sujet « Étude totale d’une tribu berbère », qu'elle interrompt pour apporter son aide à la Croix-Rouge. Alors qu'elle est emprisonnée à la prison de la Santé en 1942, elle rédige son manuscrit à partir de ses notes de mission lors de son expérience de terrain dans l'Aurès. Lors de sa déportation au camp de Ravensbrück, elle perd son manuscrit, qu’elle ne parviendra jamais à réécrire.
Au cours de ses premières expériences de recherche, elle affirme être convaincue de la nécessité de rendre son travail aussi scientifique que possible en déclarant « Très naïvement, j’étais décidée à réagir contre le caractère approximatif de nos sciences dites humaines ». Par la suite, tout en restant persuadée de l'utilité des mesures rigoureuses, elle pense en même temps que « les statistiques même exactes omettent des éléments essentiels ».
Les missions dans l'Aurès (1935-1940)
Sa première mission a lieu en 1935-1936 ; Germaine Tillion accompagne Thérèse Rivière chef de mission et directrice du département « Afrique Blanche et Levant », au musée d'Ethnographie du Trocadéro. Les jeunes femmes sont toutes les deux bénéficiaires d'une allocation de recherche dans l'Aurès. Mais lorsque Thérèse Rivière rentre à Paris, Germaine Tillion poursuit isolément ses recherches dans ce qui est la « commune mixte de l'Aurès » (chef-lieu : Arris, où résident les administrateurs, fonctionnaires français).
Parcourant d'abord la région de Menaa (au sud-ouest d'Arris), où se trouvent quelques habitants parlant français, elle recueille un grand nombre de contes et légendes. Puis elle s'installe sur le versant sud du djebel Ahmar Khaddou, à Kebach, centre de l'arch (« tribu ») des Ouled Abderrahmane. À 70 km d'Arris, il faut plusieurs heures à cheval pour arriver en ces lieux très isolés.