Germaine Guèvremont, née Marianne-Germaine Grignon le 16 avril 1893 à Saint-Jérôme et morte le 21 août 1968 à Terrebonne, est une romancière et journaliste québécoise. Elle est internationalement connue pour son roman Le Survenant.
Germaine Grignon est la troisième fille de Joseph-Jérôme Grignon, avocat, et de Valentine Labelle, artiste peintre. Le couple a eu auparavant Jeanne, née en 1890, et Marie-Germaine, née en 1891 et morte en bas âge.
En 1895, Joseph-Jérôme est nommé protonotaire adjoint du district judiciaire de Terrebonne. La famille déménage de Saint-Jérôme à Sainte-Scholastique (aujourd’hui Mirabel), où les Grignon se font construire une grande maison située non loin du palais de justice. Le milieu dans lequel évolue Germaine est particulièrement ouvert aux arts et aux idées progressistes. Dans la biographie qu’elle lui a consacrée, Rita Leclerc souligne cette ouverture et va jusqu’à parler de l’éducation « assez fantaisiste » que reçut la jeune fille.
En 1899, elle entre au couvent des sœurs de Sainte-Croix, où elle étudie jusqu’en 1904. Elle est ensuite admise au pensionnat de Sainte-Anne, à Saint-Jérôme, puis, trois ans plus tard, au pensionnat des sœurs de Sainte-Anne, à Lachine. En 1908, ses parents l’envoient à la Loretto Abbey Catholic Secondary School de Toronto, où elle va étudier le piano et l'anglais pendant un an. De retour au Québec, elle devient substitut du sténographe officiel du palais de justice de Sainte-Scholastique, un travail occasionnel qu’elle effectuera de 1909 à 1916.
Le 11 octobre 1913 paraît son premier article connu dans le journal Le Canada, sous le pseudonyme « Janrhêve ». En 1914, elle contribue au « Monde féminin », la chronique de L’Étudiant, le journal des étudiants de l’Université Laval de Montréal, de même qu’à la chronique « Le royaume des femmes » du quotidien La Patrie. La même année, elle fait la rencontre de l’écrivain et philosophe Victor Barbeau, futur cofondateur de l'Académie canadienne-française (aujourd’hui l’Académie des lettres du Québec). La famille Grignon s’agrandit bientôt quand Jeanne, la sœur de Germaine, fait la connaissance de Benedict W. Nyson, surnommé Bill. Norvégien d’origine, ce journaliste pour le Montreal Daily Star, globetrotteur – il a vécu en Chine durant sa jeunesse, a voyagé notamment en Russie et dans l’ouest canadien –, a selon toute vraisemblance fasciné Germaine par son indépendance d’esprit et son goût du voyage. En novembre 1915, Jeanne épouse Bill Nyssen. La même année, Germaine rencontre à Ottawa Hyacinthe Guévremont, ancien hockeyeur – il a joué pendant un an pour le Canadien de Montréal, comme ailier droit – devenu fonctionnaire fédéral au service des douanes.
Vie de famille et début de carrière
Le 24 mai 1916, Germaine Grignon, vingt-trois ans, épouse Hyacinthe Guévremont à Sainte-Scholastique – Guévremont avec un e accent aigu; c’est bien plus tard, en 1938, au moment de signer la nouvelle « Sa prière », que Germaine choisit d’écrire « Guèvremont » avec un accent grave, ce qui allait devenir son nom de plume.
Le couple habite à Ottawa pendant quatre ans. Y verront le jour leurs deux premiers enfants, Louis (1917) et Marthe (1918). Les Guévremont s’établissent ensuite à Sorel, d’où Hyacinthe est originaire. Celui-ci y travaille dès lors dans la pharmacie de son frère cadet, Georges. Germaine contracte à cette période une « sournoise grippe », qui fait craindre pour sa vie – possiblement la grippe espagnole, laquelle a fait 50 000 victimes au Canada en 1918 et 1919. En convalescence chez ses parents, elle écrit un court texte autobiographique, « Sortie du bois… », qu’elle achemine à la directrice de La Revue moderne, Anne-Marie Gleason, alias Madame Madeleine. Cette dernière publie le texte et adresse une lettre à l’écrivaine en herbe, dans laquelle elle l’encourage à continuer d’écrire.
Entre 1921 et 1924, naissent à Sorel trois autres enfants, Jean, Lucile et Marcelle. Le 4 mars 1926, Germaine et Hyacinthe vivent une tragédie quand leur fille Lucile, quatre ans, est emportée par une maladie infantile. La jeune mère est dévastée. Dans l’espoir de lui changer quelque peu les idées, son beau-frère Bill Nyson fait des démarches pour qu’elle devienne la correspondante régionale de The Gazette. Servie par sa maîtrise de l’anglais, Germaine Guèvremont va bientôt collaborer au quotidien montréalais, mais aussi au journal Le Courrier de Sorel. Cette expérience journalistique sera fondatrice pour elle et marquera profondément le style des romans à venir, souvent découpés en tableaux et dont les descriptions économes servent d’abord l’évolution des personnages.
En 1931, sa collaboration avec The Gazette l’occupe tout particulièrement alors qu’elle couvre la contestation en justice de la victoire d’Aimé Boucher (1877-1946), le candidat libéral élu dans la circonscription de Yamaska lors des élections fédérales du 28 juillet 1930. Guèvremont écrira pas moins de vingt-neuf articles sur ce sujet.
Le 12 janvier 1932, son beau-frère Georges et sa famille échappent de peu à la mort quand un violent incendie détruit l’immeuble où ils résident, qui abrite également la pharmacie familiale. Le lendemain, Guèvremont signe un article sur le sujet dans The Gazette, sous le titre « Sorel Resident Escape as Blaze Ruins Their Home ».
En mai 1935, elle et sa famille s’installent à Montréal, au 1872 de la rue Sherbrooke Est. Quelques mois plus tard, Germaine entre à l’emploi des Assises criminelles à titre de sténographe et de secrétaire.
Fin 1937, elle fait la connaissance de la journaliste Françoise Gaudet-Smet. Cette dernière est en train de monter une revue, Paysana, destinée aux femmes des régions rurales et qui paraîtra à compter de 1938. Engagée à titre de collaboratrice, Germaine Guèvremont y fera paraître une cinquantaine de textes sur une période d’une dizaine d’années, en plus d’une chronique mensuelle, « Pays-Jasettes », qu’elle signe conjointement – sous le pseudonyme « La Passante » – avec Gaudet-Smet.
En 1938, l’écrivain Victor Barbeau lui propose le poste de chef du secrétariat de la Société des écrivains canadiens, un poste qu’elle va occuper sans discontinuer jusqu’en 1948.
1938 est aussi l’année où paraît, dans la revue Paysana, la nouvelle « Les survenants », un des textes de création que Germaine Guèvremont publie à l’invitation de Françoise Gaudet-Smet, et dont plusieurs seront regroupés en 1942 dans le recueil En pleine terre – « Les survenants » y sera reprise sous le titre « Chauffe, le poêle ! ». Guèvremont vient de jeter les bases de son œuvre maîtresse, dont la version définitive, Le Survenant, deviendra un classique de la littérature québécoise.
L’année 1938 est une année charnière. Paraît en mai, dans Paysana, « Sa prière », le premier texte signé de son nom de plume – Germaine Guèvremont. En septembre, elle collabore avec son illustre cousin, Claude-Henri Grignon, à l’adaptation radiophonique du Déserteur, la première partie des « Belles Histoires des Pays d’en haut », dont la diffusion débutera le 11 septembre 1939 sur les ondes de Radio-Canada et qui rencontrera aussitôt un immense succès populaire.
Paru à compte d’auteur le 7 avril 1945, le roman Le Survenant rencontre un succès immédiat et durable, comme l’écrit Isabelle Dumont dans la revue Liberté : « Dès sa parution en 1945, [Le Survenant] connut un bienheureux destin : excellente réception critique, passage de l'œuvre de la culture dite savante à la culture populaire par sa transformation, d'abord en série radiophonique de 1952 à 1955, puis en série télévisée de 1954 à 1960, téléroman qui consacra le mythe de la figure du Survenant dans l'imaginaire québécois […] ».
Dès 1946, une édition française du livre paraît aux Éditions Plon, à Paris, dans la collection « L’Épi ». Le nom de la romancière y côtoie ceux de Julien Green et Simone Weil, notamment. En quelques mois, 17 000 exemplaires du roman sont écoulés, cette histoire issue de la ruralité québécoise trouvant de toute évidence écho dans L’Hexagone.