Georges de Grèce (en grec moderne : Γεώργιος της Ελλάδας / Geórgios tis Elládas), prince de Grèce et de Danemark, est né le 24 juin 1869, au palais de Mon Repos, à Corfou, en Grèce, et mort le 25 novembre 1957 à Saint-Cloud, près de Paris, en France. Amiral de carrière et Haut-commissaire de la Crète autonome entre 1898 et 1906, c'est un membre de la famille royale hellène.
Deuxième fils du roi Georges Ier et de la reine Olga de Grèce, le prince joue, dans sa jeunesse, un rôle politique et social assez important dans son pays. Après avoir suivi, à Copenhague, une formation navale dans la marine et noué une relation amoureuse très étroite avec son oncle, le prince Valdemar de Danemark, Georges accompagne le tsarévitch Nicolas de Russie dans son voyage en Orient, durant lequel il sauve l'héritier du trône. De retour en Grèce, Georges participe ensuite activement à l’organisation des Jeux olympiques d’Athènes de 1896, avant d'être nommé Haut-commissaire de la Crète autonome entre 1898 et 1906. Mais, opposé à l’homme politique crétois Elefthérios Venizélos, Georges ne parvient pas à réaliser l’énosis et doit renoncer à son poste de gouverneur, ce qu'il considère comme un grave échec personnel.
Libéré de toute obligation politique, le prince s’installe en France, où il épouse la richissime Marie Bonaparte, sans pour autant mettre fin à sa liaison avec Valdemar. Pendant la Première Guerre mondiale, Georges profite de sa présence à Paris pour jouer le rôle d’ambassadeur officieux de la Grèce. Il essaie ainsi d'user de ses liens avec l’Entente pour obtenir de larges compensations territoriales pour son pays en échange d'une entrée en guerre aux côtés des Alliés. Cependant, sa médiation est un échec et le roi Constantin Ier de Grèce opte pour une neutralité de plus en plus bienveillante vis-à-vis des puissances centrales. En 1917, le roi des Hellènes est finalement déposé par l'Entente, qui part à la recherche d'un nouveau souverain pour la Grèce. Les liens de Georges et de son épouse avec le président du Conseil français Aristide Briand en font alors de sérieux candidats pour ceindre la couronne. Malgré tout, Georges refuse catégoriquement de trahir son frère et c’est l’un des fils de Constantin qui remplace finalement son père sur le trône.
À partir de 1925, la vie du prince est largement bouleversée par la rencontre de Marie Bonaparte avec Sigmund Freud. D'abord opposé à la passion de sa femme pour la psychanalyse, Georges apprend progressivement à apprécier le praticien autrichien, sans toutefois accepter ses idées. En 1939, le prince perd son amant, qui meurt après cinquante-six ans de relation amoureuse. Peu de temps après, il se brouille avec son fils, qui a épousé une roturière divorcée. C'est le début d'une période difficile, qui coïncide avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et un long exil en Afrique du Sud (1941-1944). Revenu en Europe à la fin du conflit, Georges passe ses dernières années au côté de sa femme, partageant son temps entre l'écriture de ses Mémoires et quelques visites officielles.
Le prince Georges est le second fils du roi Georges Ier de Grèce (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926).
Par son père, le prince est donc le petit-fils du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », et de la princesse Louise de Hesse-Cassel (1817-1898) tandis que, par sa mère, il descend du grand-duc Constantin Nikolaïevitch de Russie (1827-1892), vice-roi de Pologne, et de la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (1830-1911).
Les 21 novembre et 12 décembre 1907, Georges de Grèce épouse civilement, à Paris, puis religieusement, à Athènes, la princesse Marie Bonaparte (1882-1962), fille de Roland Bonaparte (1858-1924), lui-même descendant du prince Lucien Bonaparte (1775-1840), et de son épouse la richissime roturière Marie-Félix Blanc (1859-1882).
De l'union de Georges et de Marie naissent deux enfants :
Pierre de Grèce (1908-1980), prince de Grèce et de Danemark, qui épouse la divorcée d'origine russe Irène Aleksandrovna Ovtchinnikova (1904-1990). Il s'agit là d'une union inégale qui prive le prince de ses droits dynastiques ;
Eugénie de Grèce (1910-1988), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le prince Dominique Radziwill (1911-1976) avant de divorcer en 1946. Elle se remarie, en 1949, avec Raymond de Tour et Taxis (1907-1986), prince della Torre e Tasso et duc de Castel Duino, avant de divorcer une seconde fois en 1965.
Né au palais de Mon Repos, à Corfou, le prince Georges passe son enfance en Grèce, aux côtés de ses parents et de ses six frères et sœurs, entre le palais royal de la place Syntagma et celui de Tatoï, au nord d'Athènes, au pied du Mont Parnès. Ainsi qu'il a été prévu par la constitution, les enfants sont élevés dans la religion orthodoxe grecque, qui n'est pas celle de leur père, demeuré luthérien.
La famille royale apprécie l'archéologie et accompagne régulièrement le souverain sur les champs de fouilles qui s'ouvrent sur l'Acropole dans les années 1880. Après le repas dominical, il n'est par ailleurs pas rare que les membres de la famille royale se rendent à Phalère, pour y marcher au bord de l'eau. Le roi et sa famille prennent alors l'omnibus à cheval qui passe devant le palais, sur la place Syntagma, et dans lequel un compartiment leur est réservé. L'omnibus s'arrête, les trompettes du palais sonnent et la famille royale sort rapidement, afin de montrer ostensiblement son désir de ne pas faire attendre trop longtemps les autres passagers. Cette attitude rapproche la famille royale de la population et fait beaucoup pour entretenir une popularité parfois vacillante. Georges Ier a coutume de répéter à ses enfants : « N'oubliez jamais que vous êtes des étrangers parmi les Grecs, et faites en sorte qu'ils ne s'en souviennent jamais ».
La journée du jeune Georges et de ses frères et sœurs commence à six heures par un bain froid. Après un premier petit déjeuner, ils suivent des cours de sept à neuf heures trente puis prennent un second petit-déjeuner, avec leur père et les membres de la famille royale disponibles. Les leçons reprennent ensuite de dix heures à midi, moment où les enfants se rendent dans les jardins du palais pour suivre des exercices d'éducation physique et de gymnastique. Le déjeuner se fait en famille, puis les enfants reprennent les cours de quatorze à seize heures. À dix neuf heures trente, les enfants princiers vont se coucher. Georges suit ce rythme jusqu'à l'âge de quatorze ans : il est ensuite autorisé à dîner avec ses aînés avant d'aller se coucher à vingt-deux heures précises.
L'éducation de Georges et de ses frères est dirigée par trois tuteurs étrangers : un Prussien, un Français et un Anglais. La première langue que les enfants apprennent est l'anglais, qu'ils parlent entre eux ou avec leurs parents, mais leur père, Georges Ier, insiste pour qu'ils utilisent le grec en cours. Les princes continuent d'ailleurs à parler cette langue toute leur vie. Ils apprennent également le français, l'allemand et le danois. Georges ne brille pas lors des leçons. Ses tuteurs le jugent lent et stupide et ne cachent pas leur mécontentement face à son manque d'effort.
Formation navale et rencontre avec le prince Valdemar
En 1883, le prince est envoyé par son père au Danemark, afin d’y intégrer la marine royale. Tout juste âgé de quatorze ans, Georges se réjouit de cette décision car il y voit le moyen d'échapper aux contraintes du palais et de ses professeurs. À l'École navale de Copenhague, il devient d'ailleurs bientôt l'un des meilleurs élèves de sa classe.
Dans le royaume du nord, l’adolescent est placé sous la tutelle de son grand-père paternel, le roi Christian IX, et sous celle du plus jeune de ses oncles, le prince Valdemar. Âgé de vingt-cinq ans, ce dernier assume le rôle d'amiral de la flotte danoise et il a donc été naturellement choisi par le roi des Hellènes pour servir de guide à son fils. Cependant, la relation de Georges et de Valdemar dépasse rapidement l'affection classique qui unit un neveu à son oncle. Alors que le bateau de ses parents quitte le port de Copenhague, Georges est envahi par un vif sentiment d'abandon. Conscient du désarroi de son neveu, Valdemar lui prend alors la main. Pour l'adolescent, cette marque d'affection est une révélation. Il tombe très amoureux de son oncle et déclare, plus tard, à propos de cet épisode et de Valdemar : « De ce jour, de cet instant, je l’aimai, et je n’ai jamais eu d’autre ami que lui ».