Georges Guingouin, né le 2 février 1913 à Magnac-Laval en Haute-Vienne et mort le 27 octobre 2005 à Troyes, est un résistant et militant communiste français.
Lieutenant-colonel des Forces françaises de l'intérieur (FFI) et membre des Francs-tireurs et partisans (FTP), il est militant jusqu'en 1952 du Parti communiste français (PCF), il joue un rôle de premier plan dans la Résistance, dirigeant le maquis de la montagne limousine sous le nom de « Raoul ». Ses camarades le surnomment « Lou Grand » ou le « préfet du maquis », tandis que Charles de Gaulle l'a défini comme « l’une des plus belles figures de la Résistance » et l'a fait compagnon de la Libération, l'un des rares communistes dans ce cas (douze sur 1 053 récipiendaires).
Après la Libération, il est mis en cause par des personnalités ayant collaboré avec le régime de Vichy pour des exactions commises sous son autorité durant l'« épuration sauvage » en 1944. Ses rapports avec la direction centrale du Parti communiste français sont de plus en plus houleux dans la fin des années 1940, jusqu'à son exclusion en novembre 1952, suivie de sa démission du conseil municipal de Limoges en janvier 1953, signant la fin de ses responsabilités politiques. Dans les mois qui suivent, il est désigné comme le commanditaire d'un double meurtre commis en 1945 et, alors qu'il est placé en détention, est passé à tabac à la prison de Brive-la-Gaillarde. Libéré en 1954, il obtient finalement un non-lieu en 1959.
Le père de Georges Guingouin, (qu'il n'a jamais connu), sous-officier de carrière, est tué dans la région de Bapaume le 28 août 1914. Sa mère, fille d'un ouvrier porcelainier, est directrice d'école primaire. Guingouin est d'abord élève à l'école primaire supérieure de Bellac (Haute-Vienne), puis il est admis à l'école normale d'instituteurs de Limoges de 1931 à 1934. Il part accomplir son service militaire en 1934 : titulaire du fascicule no 6 lui demandant de rejoindre le centre de mobilisation, il est secrétaire d'état-major à la 6e Compagnie du train à l'École militaire à Paris. Après son service, il est nommé, en octobre 1935 à 22 ans, instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts (Haute-Vienne).
Ce jeune instituteur est très préoccupé par l’engagement politique. Converti au communisme à l’école normale, il adhère au Parti communiste en 1935 et devient secrétaire général du « rayon » d'Eymoutiers, qui regroupe alors cinq cantons ruraux de l'est du département. Il est également secrétaire de mairie du village de Saint-Gilles-les-Forêts.
Il a une taille inhabituelle pour l'époque[C'est-à-dire ?] et dégage une impression de puissance tranquille, de solidité et aussi d'obstination. Il est taillé en force, massif, le visage épais, le cheveu planté dru, les épaules lourdes.[réf. nécessaire] Il écrit des articles de politique étrangère dans l'hebdomadaire du Parti, Le Travailleur du Centre. « En pleine effervescence, grâce notamment à l’action des leaders paysans du PCF, Renaud Jean et Marius Vazeilles, le communisme rural obtient de bons scores et de nombreux candidats ruraux sont élus lors des élections de 1936 » rapporte l'historien Max Lagarrigue, qui ajoute : « Guingouin prend la direction de la campagne électorale pour son rayon. Son action lui vaut d’être nommé au comité fédéral puis au bureau régional du PCF. » À l'occasion de la préparation des élections de 1936 par le parti, apparaît une première divergence fondamentale, le rejet par la direction de la candidature d'un militant de base. Ce dernier, Marcel Lenoble, est soutenu par Guingouin ; la direction fédérale lui aurait préféré un apparatchik, Citerne. Guingouin est assez persuasif pour imposer son ami Lenoble, qui obtient de bons résultats. Citerne est finalement candidat dans la circonscription Nord, où il a des résultats décevants. Guingouin prend le soin avant son départ pour l'armée (comprendre « pour la guerre » fin 1939 et non son service militaire) de camoufler dans la grange d'un camarade de Saint-Gilles-les-Forêts, la ronéo et la machine à écrire du rayon avec un stock important de papier, de stencils et de cartouches d'encre, puis détruit des archives et, en particulier, les listes détaillées d'adhérents des cellules régionales. Précautions fort sages : car quand des inspecteurs de police viennent perquisitionner chez lui, pendant qu'il est au front, ils ne trouvent rien et doivent s'en retourner bredouilles ![réf. nécessaire]
Mobilisé le 23 août 1939 comme soldat de 2e classe, au groupe de transport 120/124, il est blessé le 17 juin 1940 à l'arcade sourcilière gauche, coupure à la langue, il est évacué le 18 juin 1940 et soigné à l'hôpital militaire Sainte-Madeleine de Moulins (Allier). La ville étant attaquée par les Allemands, il quitte volontairement ces lieux pour éviter d'être arrêté, après avoir été informé d'une visite de gendarmes, et rejoint sous la mitraille le poste de secours d'un groupe d'infanterie tout proche en traversant les jardins de l'hôpital grâce aux tranchées-abris creusées dans ceux-ci suivi d'un autre blessé… et se fait évacuer vers Montluçon. De retour à Saint-Gilles-les-Forêts par ses propres moyens, empruntant des lignes régulières d'autocars, il retrouve son foyer et ses amis.
Il est soigné par un médecin d'Eymoutiers, le docteur Jules Fraisseix (maire PCF révoqué). Après une convalescence de vingt jours, il reprend dans la clandestinité ses activités de militant communiste sous le pseudonyme de Raoul et rédige et diffuse secrètement en août 1940 un « appel à la lutte armée » contre l'occupant. Ses problèmes avec le gouvernement de Vichy sont liés, non à son appartenance au PCF, mais à ses activités illégales ; en effet, profitant de son rôle de secrétaire de mairie, il fabrique des faux papiers grâce aux registres d'état civil de personnes nées à Saint-Gilles, mais ayant quitté le village. Une seule précaution, mais impérative : la personne munie de tels papiers ne doit porter sur elle aucun document compromettant, car, en cas de fouille, la police aura tôt fait de retrouver l'origine des faux papiers. Ayant quand même été repéré et prévenu qu'il allait être arrêté, il s'enfuit et entre dans la clandestinité. En septembre 1940, suspendu par le rectorat de ses fonctions d'enseignant, il reprend contact avec l'appareil clandestin du Parti et devient secrétaire fédéral de la Haute-Vienne. Il décide toutefois de ne pas diffuser le no 9 du bulletin La Vie du parti (septembre 1940) qui déclare entre autres : « Nous devons être sans haine vis-à-vis des soldats allemands. Nous sommes contre de Gaulle et le clan capitaliste dont les intérêts sont liés à Vichy. »
Fondation en janvier 1941 du Travailleur limousin
Georges Guingouin publie en janvier 1941 le premier numéro du Travailleur limousin, un journal clandestin. Il écrit plus tard qu'il s'abstenait de toute attaque contre de Gaulle et le Royaume-Uni, s'écartant ainsi de la ligne officielle du parti communiste. En février 1941, il échappe de peu aux inspecteurs de police venus l'arrêter à son domicile. En avril 1941, apprenant qu'il était de nouveau recherché en Haute-Vienne, il quitte le département et prend le maquis en Corrèze aux « Plaines » à Soudaine-Lavinadière, en habitant un jour chez un camarade qui vit dans une maison isolée avec ses deux filles, ou un autre dans des cahutes forestières faites de rondins de bois, ou dans des maisons inhabitées, ou même dans des souterrains connus de lui. Les conditions de vie sont très dures. Il organise des distributions massives de tracts qu'il rédige et imprime avec sa ronéo et les fait distribuer dans des foires régionales. Il obtient même une fausse identité, celle d'un neveu du camarade communiste chez qui il habite, André Dupuy, parti de la région vers l'âge de neuf ans, en se rappelant impérativement qu'il a deux sœurs.
Vol de 140 cartes d'alimentation en septembre 1941
En septembre 1941, pour contrer les vols de cartes d'alimentation et mettre en difficulté les membres de l'appareil clandestin du PCF dans les centres urbains, le gouvernement de Vichy décide de faire imprimer de nouvelles cartes d'un modèle différent, qui doivent entrer en vigueur le 1er janvier 1942. Un seul moyen pour s'en procurer : faire un prélèvement avant distribution, dans les mairies, où elles sont déjà en dépôt, à condition de bien connaître les lieux. Guingouin pense tout de suite à son ancienne mairie de Saint-Gilles-les-Forêts. Les gendarmes multiplient les patrouilles la nuit, il faut être armé. Guingouin, à la tête d'un groupe de résistants, organise dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1941, la première récupération à main armée de cartes d'alimentation en cambriolant la mairie de Saint-Gilles-les-Forêts, récupérant un paquet de 140 cartes, les feuillets trimestriels de tickets, le cachet de la mairie (pouvant plus tard être modifié pour resservir) et des documents importants. Cela lui vaudra d'être condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de la 12e région le 26 janvier 1942.