Georges Bidault, né le 5 octobre 1899 à Moulins (Allier) et mort le 27 janvier 1983 à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), est un résistant et homme d'État français. Centriste, il est plusieurs fois ministre des affaires étrangères ou président du conseil sous la IVe République.
Après avoir combattu lors de la guerre de 1914-1918, il adhère au Parti démocrate populaire (PDP) et devient rédacteur en chef du quotidien catholique L'Aube.
Engagé volontaire au début de la Seconde Guerre mondiale, il est emprisonné pendant plus d’un an. Compagnon de la Libération, il devient président du Conseil national de la Résistance (CNR) à la suite de la disparition de Jean Moulin en 1943, et descend les Champs-Élysées derrière le général de Gaulle lors de la libération de Paris.
À l'origine de la fondation du Mouvement républicain populaire (MRP), il est plusieurs fois ministre entre 1944 et 1954 (vice-président du Conseil, Affaires étrangères, Défense nationale). Il préside le Gouvernement provisoire de la République française de juin à décembre 1946 et occupe la présidence du Conseil des ministres d’octobre 1949 à juin 1950. Ministre des Affaires étrangères à trois reprises, il est l'un des acteurs clés de la politique étrangère de la France durant la IVe République.
Député de la Loire, il soutient le retour du général de Gaulle au pouvoir dans le cadre de la crise de mai 1958. Mais partisan déterminé de l’Algérie française, il cofonde un nouveau Conseil national de la Résistance, ce qui le conduit à s’exiler. Rentré en France en 1968, il ne retrouve pas de responsabilités de premier plan. Une rumeur fait de lui l'un des cofondateurs du Front national avec Jean-Marie Le Pen en 1972, dont il se serait éloigné au bout de quelques semaines.
Il est issu d'une famille de propriétaires ruraux catholiques et plusieurs membres de sa famille ont appartenu au clergé.
Georges Augustin Bidault est le fils de Georges Bidault (1848-), agent d'assurances et petit propriétaire terrien à Moulins (Allier) et de Louise Françoise Augustine Traverse (née le 10 juillet 1860 à Thoissey dans l'Ain et morte le 17 juin 1901 à Moulins).
Il fait partie d'une fratrie de six enfants. Il a trois sœurs : Marcelle Bidault (1901-1975), également membre de la Résistance, Marie Marguerite Edwige Bidault et Elisabeth Hélène Marie Bidault, ainsi que deux frères : François Louis Bidault et Paul Philibert Bidault (né le 14 août 1882 à Moulins et mort le 24 octobre 1957).
Il fait ses études primaires et secondaires au Collège Franklin, établissement tenu par des jésuites. Ses premières convictions politiques semblent avoir été forgées par la lecture d'une biographie du catholique libéral Charles de Montalembert. En 1916, il est reçu au baccalauréat avec une mention assez bien.
Georges Bidault obtient une licence d'histoire à la Sorbonne à l'âge de 18 ans, il est appelé sous les drapeaux au 92e régiment d'infanterie en 1918. Nommé caporal, il est encore à l'instruction lorsque survient l'armistice du 11 novembre. Pour terminer son service militaire, Georges Bidault est affecté de 1919 à 1921 comme soldat-professeur à l'École militaire d'infanterie de Saint-Maixent. Il sera rappelé en 1921, lors de la première occupation de la Ruhr ordonnée par Aristide Briand. Il préside la Conférence Olivaint en 1922. Revenu à la Sorbonne, il obtient un diplôme d'études supérieures avec un mémoire sur la gabelle au XVIIIe siècle, avec le professeur Camille Bloch. Il est reçu premier à l'agrégation d'histoire et géographie en 1925, devant Pierre Brossolette et Louis Joxe. De 1925 à 1926, il enseigne au lycée de Valenciennes.
De 1926 à 1931, Georges Bidault est affecté à Reims, il y noue des liens étroits avec l'un de ses élèves, le futur sociologue Roger Caillois qui, en 1971 écrit, à son ancien professeur : « L'Histoire est, de loin, la moindre part de l'enseignement que j'ai reçu de vous. Vous m'avez appris bien davantage du côté du style et de la conduite de vie. ». Nommé ensuite de 1931 à 1940 au lycée Louis-le-Grand, à Paris, il a pour élèves Jean Ferniot et Jean d'Ormesson, qui évoquera plus tard « l'éloquence froide » de son professeur et son « originalité d'esprit ».
Membre de l'Association catholique de la jeunesse française (ACJF) après la Première Guerre mondiale, il en devient vice-président et trouve là les bases de son futur engagement politique. Le grand combat de Georges Bidault dans les années 1920 se fait contre l'Action française. En 1927, dans un article des Cahiers de la Nouvelle Journée de Paul Archambault, il attaque le nationalisme maurrassien et la volonté de celui-ci d'incarner à lui seul le patriotisme français. Georges Bidault soutient fortement la condamnation de l'Action française par le pape Pie XI. En 1930, dans la revue démocrate-chrétienne Politique fondée par Charles Flory et Marcel Prélot, il signe un article intitulé : Charles Maurras : le déclin d'une influence. Il adhère au Parti démocrate populaire (PDP) en 1931.
En avril 1936, il est candidat du PDP aux élections législatives, dans la circonscription de Domfront (Orne) contre le député sortant Georges Roulleaux-Dugage, un notable catholique et conservateur, mais il est battu dès le premier tour, obtenant 25 % des suffrages exprimés. Le 11 novembre 1938, avec Francisque Gay, il lance les Nouvelles Équipes françaises, destinées à rassembler la mouvance démocrate-chrétienne.
C'est comme éditorialiste du quotidien catholique L'Aube à partir de 1934 que Georges Bidault se fait connaître. Il en devient le rédacteur en chef. La qualité de sa plume et de ses analyses lui vaut une influence qui dépasse celle du journal, comme en témoigne un jugement de Paul Reynaud en 1938 : « Il n'est pas un parlementaire digne de ce nom […] qui, à propos d'un problème d'actualité, ne lise L'Aube pour savoir ce qu'en pense Georges Bidault ».
L'historien Jean-Pierre Rioux définit en 1983 son apport aux débats politiques des années 1930 : « Les droits de l'homme, une presse propre, un solide parlementarisme et la représentation proportionnelle : (…) toute une génération d'hommes neufs résume ainsi son sens du bien commun et du service public. Nombre d'entre eux l'ont appris en lisant Bidault ».
Georges Bidault poursuit ses polémiques avec l'Action française. En juin 1938, il s'élève contre l'élection de Charles Maurras à l'Académie française, y voyant « le pouvoir de l'insulte sur la lâcheté », dans un éditorial intitulé « Le provocateur au meurtre sous la Coupole ».
Les questions de politique étrangère occupent une place croissante dans ses éditoriaux. Il observe avec inquiétude la consolidation du régime hitlérien : « Quand Hindenburg abandonna Brüning, il choisissait sans le savoir dans le Walhalla son exécuteur testamentaire ». Il assimile l'Allemagne de la nuit des Longs Couteaux à « un ilote en proie à l'ivresse ».
Seconde Guerre mondiale et Résistance