George Corley Wallace Jr., dit George Wallace, né le 25 août 1919 à Clio (Alabama) et mort le 13 septembre 1998 à Montgomery (Alabama), est un homme politique américain.
Engagé dans l'US Army Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe notamment aux campagnes de bombardements contre l'empire du Japon, puis est démobilisé. En 1946, il est élu député à la Chambre des représentants de l'Alabama. Diplômé en droit de l'université de l'Alabama, il soutient dans un premier temps des positions modérées, favorables à la déségrégation.
Battu à la primaire du Parti démocrate pour l'élection du gouverneur de l'Alabama en 1958, il change radicalement son positionnement politique. Élu gouverneur en 1962, il intervient lors de deux évènements majeurs du mouvement des droits civiques : l'attentat de l'église baptiste noire de Birmingham et les Marches civiques de 1965. Il prône alors la ségrégation raciale et s'oppose, parfois violemment, à la déségrégation progressive du Sud.
Lors de l'élection présidentielle de 1964, il échoue aux primaires du Parti démocrate contre le président sortant, Lyndon B. Johnson. Candidat à l'élection présidentielle de 1968 sous l'étiquette d'un jeune parti d'extrême droite, l'American Independent Party, avec le général LeMay pour la vice-présidence, il obtient un score inhabituellement élevé pour un candidat arrivé en troisième position (dix millions de voix et 46 grands électeurs).
Retourné au Parti démocrate et candidat à l'élection présidentielle de 1972, il est victime d'une tentative d'assassinat lors d’un rassemblement public dans le Maryland dont il sort partiellement paralysé. Durant son troisième mandat de gouverneur, il se repent de ses positions ségrégationnistes et intègre la communauté des Nouvelles naissances (« Born Again Christian »). Après avoir été élu pour un dernier mandat en 1982, il favorise l'intégration des Afro-Américains dans l'administration.
Il quitte la vie politique active en 1987 et adopte des positions conservatrices, plus proches de celles du Parti républicain mais sans pour autant adhérer à ce parti.
George Wallace est né le 25 août 1919 dans le petit village de Clio, dans le comté de Barbour au sud-est de l'Alabama. Ses parents étaient fermiers. Il fut le premier des quatre enfants du couple, et fut appelé George C. au lieu de George Jr., ses parents n'aimant pas beaucoup cette dénomination. Pendant la Première Guerre mondiale, son père arrête ses études pour devenir fermier. Sa mère elle, fut abandonnée par sa propre mère assez jeune.
Dès l'âge de dix ans, il se passionne pour la politique. En 1938, il aide son grand-père dans sa campagne pour devenir juge testamentaire. Dans le même temps, il s'inscrit à l'université de l'Alabama pour faire des études de droit, tout en étant un honnête boxeur amateur. Diplômé en 1942, il s'engage dans l'US Army Air Force comme pilote et mécanicien. L'année suivante, il se marie une première fois avec Lurleen Burns. Il participe un temps aux campagnes de bombardements contre l'empire du Japon, notamment à la campagne des îles Mariannes, avant d'être envoyé en arrière garde à cause de problèmes de santé. Il est démobilisé peu de temps après la capitulation du Japon avec une pension d'incapacité de 10 % à cause de « crise d'anxiété, d'agitation, de perte de poids ». Wallace n'aimant pas beaucoup parler de cet épisode, répétait souvent : « J'ai au moins un papier du gouvernement prouvant que je suis normal à 90 %. Tous mes adversaires ne peuvent pas en dire autant. »
En 1935, Wallace se fait élire comme huissier au Sénat de l'Alabama. Il prédit à cette occasion qu'il sera un jour gouverneur de l'État.
En mai 1946, Wallace est élu député à la Chambre des représentants de l'Alabama. Il est également nommé assistant du Procureur général de l'Alabama (en). Plutôt modéré sur les questions raciales, il refuse de suivre certains des délégués du Parti démocrate, dit Dixiecrats, lors de la Convention nationale démocrate (en) à Philadelphie en vue de l'élection présidentielle de 1948, malgré ses désaccords sur les droits civiques avec le président sortant Harry S. Truman. Néanmoins, le gouverneur de Caroline du Sud Strom Thurmond l'emporte dans quatre États du Sud profond, dont l'Alabama.
En 1952, Wallace est élu juge dans le comté de Barbour. Son passé de boxeur lui vaut le surnom de « petit juge boxeur ». Il gagne une réputation d'homme travailleur et rigoureux, désireux de rendre au mieux la justice. Il s'oppose à l'interventionnisme du gouvernement fédéral, dénonçant « l'ingérence de Washington », notamment sur les questions concernant la déségrégation, surtout au sujet de l'arrêt de la Cour suprême Brown v. Board of Education du 17 mai 1954. À plusieurs reprises, il fait des déclarations s'opposant au Ku Klux Klan. Six ans plus tard, il se présente aux primaires du Parti démocrate pour l'élection du gouverneur de l'Alabama, avec le soutien de la NAACP, association favorable à la déségrégation. Il est battu par le Procureur général de l'État (en) John Malcolm Patterson, qui a le soutien du Ku Klux Klan. Révulsé par sa défaite, il change radicalement son positionnement politique. Il déclare notamment : « Jamais plus on ne me fera passer pour un ami des nègres (I will never be outniggered again). »
En 1962, il se présente de nouveau aux primaires du Parti démocrate pour l'élection du gouverneur de l'Alabama. Désigné candidat au second tour, il est élu de manière écrasante, sans opposition du Parti républicain, face à un candidat indépendant, avec 96,3 % des voix.
Premier mandat de gouverneur (1963-1967)
Le 14 janvier 1963, il prête serment comme 45e gouverneur de l'Alabama, là même où Jefferson Davis avait prêté serment comme président des États confédérés d'Amérique le 18 février 1861. Dans son discours d'investiture, il fait l'éloge de la ségrégation raciale, déclarant notamment :
« Levons-nous à l'appel de ce sang épris de liberté qui coule en nos veines, et lançons notre réponse à la tyrannie qui fait résonner ses chaînes sur le Sud. Au nom du plus grand peuple qui ait jamais foulé cette terre, je trace une ligne dans le sable et je jette mon gant au pied de la tyrannie. Et je dis : ségrégation aujourd'hui ! ségrégation demain ! ségrégation toujours ! »
Cette citation fut écrite en partie par Asa Earl Carter, membre influent du Ku Klux Klan, connu dans l'Alabama pour plusieurs lynchages contre des Afro-Américains, notamment le chanteur Nat King Cole. Dans le même discours, il s'excusa de ne pas avoir soutenu Strom Thurmond lors de l'élection présidentielle de 1948.
Le 11 juin 1963, George Wallace s'opposa physiquement à l'entrée de deux étudiants Afro-Américains, Vivian Malone Jones et James Hood (en), à l'université de l'Alabama. Les deux étudiants furent alors escortés par la Garde nationale, fédéralisée par John Fitzgerald Kennedy pour empêcher des débordements. Trois mois plus tard, le 15 septembre, à 10 heures 23, un attentat visa l'église baptiste de la 16e rue à Birmingham, perpétré par des membres du Ku Klux Klan, tuant quatre jeunes filles afro-américaines et blessant seize personnes. Un attentat semblable s'était produit cinq ans plus tôt dans une autre église de la ville, l'église baptiste Béthel. Martin Luther King accusa directement George Wallace d'être à l'origine de l'attentat, notamment d'être responsable de la mort des quatre jeunes filles. Quelques jours avant l'attentat, il avait été débouté de sa demande de refus d'intégration de quatre enfants afro-américains dans différentes écoles publiques. Les auteurs de l'attentat ne seront arrêtés qu'en 1965 et jugés en 1977 puis en 2001 et 2002. L'un des auteurs de l'attentat mourut avant d'être jugé, en 1994. L'enquête, bâclée par le FBI sur ordre personnel de J. Edgar Hoover qui détestait Martin Luther King, ne fut rouverte qu'en 1997 par le procureur et futur sénateur fédéral Doug Jones. Au moins 10 Afro-Américains trouvèrent la mort durant le premier mandat de Wallace.
Il annonce sa candidature aux primaires du Parti démocrate pour l'élection présidentielle de 1964 peu avant l'assassinat du président Kennedy. Malgré plusieurs victoires dans le Wisconsin, le Maryland et l'Indiana, il perd les primaires face à Lyndon B. Johnson. Il fait ensuite partie des opposants à l'adoption du Civil Rights Act de 1964 par le Congrès, qui abolit la ségrégation raciale dans les écoles et les bâtiments publics. Il parvient, grâce à une manœuvre procédurière, à empêcher Lyndon B. Johnson d'être candidat dans l'Alabama lors de l'Election Day.