George Fox (juillet 1624 – 13 janvier 1691) compte parmi les fondateurs de la Société religieuse des Amis, dont les adhérents sont surnommés les quakers. Témoin d’une époque de grands bouleversements sociaux, George Fox s’opposa au consensus religieux et politique en proposant une nouvelle approche plus rigoureuse de la foi chrétienne. Son journal, qui contient une description très vivante des périples de son auteur, s’est imposé comme une œuvre littéraire majeure.
Fox est né au village de Drayton-in-the-Clay dans le Leicestershire, en Angleterre, à environ 20 kilomètres au sud-ouest de Leicester. Son père, Christopher Fox, était un tisserand surnommé « Christer le juste » par ses voisins. La mère de George, Mary Lago, comptait selon ce dernier « parmi le nombre des martyrs ».
Dès l’enfance, Fox se montra enclin au sérieux et à une forte religiosité. Son éducation fut fondée sur la foi chrétienne et les pratiques de l’Église anglicane, dont ses parents étaient membres. Il ne connut aucune scolarisation au sens strict du terme, mais apprit néanmoins à lire et à écrire. Bien qu’encore d’un âge tendre, il éprouvait déjà de la fascination pour la Bible, qu’il étudiait avec assiduité. « Lorsque j’atteignis l’âge de onze ans », écrit-il, « je connaissais la pureté et la vertu car, au cours de mon enfance, on m’enseigna le chemin à suivre pour rester pur. Le Seigneur m’apprit à être fidèle en toutes choses, et à agir fidèlement de deux manières : intérieurement envers Dieu, et extérieurement envers les hommes ».
Malgré le désir de ses proches de faire de lui un prêtre, il devint apprenti auprès d’un cordonnier et d’un berger. Cette situation convenait à son caractère contemplatif, et il fut vite renommé pour sa compétence auprès des marchands de laine ayant affaire avec son maître. L’obsession constante de Fox était la poursuite de la simplicité dans la vie, c’est-à-dire la recherche de l’humilité et le refus du luxe, autant de valeurs lui ayant été inculquées par son expérience de berger. Dans une lettre ouverte écrite à la fin de sa vie, George Fox remarque qu’Abel, Noé, Abraham, Jacob, Moïse et David furent tous des bergers, et qu’une éducation soignée ne convenait donc pas forcément à une personne désireuse d’embrasser une carrière religieuse.
Il n’éprouvait cependant aucune honte à cultiver l’amitié de personnes plus éduquées. George rendait régulièrement visite à Nathaniel Stephens, le prêtre de son village, et engageait avec lui de longues conversations théologiques. Stephens considérait Fox comme un jeune homme aux dons prometteurs, mais ne partageait pas son avis sur de si nombreuses questions qu’il l’accusa plus tard de folie et combattit activement ses idées. George Fox comptait également des amis parmi des professeurs anglicans, mais finit par les mépriser à la fin de son adolescence en raison de leur comportement, notamment de leur dépendance à l’alcool. George relate dans son journal un soir de prière au cours duquel il entendit une voix lui tenant ces propos : « Toi qui vois les jeunes gens céder à la vanité et les vieillards retourner à la terre, tourne le dos à tous, jeunes et vieux, et sois un étranger pour eux ».
Cette expérience le poussa à quitter Drayton-in-the-Clay en septembre 1643 et à errer sans destination précise, dans un certain état de confusion mentale. Il trouva refuge dans le bourg de Barnet, à Londres, et pouvait s’enfermer dans sa chambre pendant des jours tout comme s’aventurer seul dans la campagne. Ses méditations tournaient principalement autour de la tentation de Jésus par Satan dans le désert, épisode biblique qu’il comparait à sa propre condition spirituelle. George attirait parfois l’attention de quelques théologiens, mais les rejetait comme menant une vie indigne des doctrines qu’ils enseignaient. Il recherchait également la compagnie des membres du clergé mais n’y trouvait aucun réconfort, car eux aussi semblaient incapable de répondre aux maux qui le tourmentaient : un ecclésiastique du Worcestershire lui conseilla par exemple de fumer du tabac (que Fox tenait en horreur) et de réciter des psaumes. Un autre, à Coventry, lui fut d’abord d’un certain secours mais perdit son sang-froid lorsque Fox piétina une fleur de son jardin par accident. Un troisième, enfin, lui prescrivit une saignée pour soigner son « esprit malade ».
Sans plus d’illusions et désabusé, Fox reprit le chemin de son village natal en juin 1644, mais ne trouva là-bas pas plus de réconfort : sa famille et ses amis le pressèrent de recourir au mariage ou au service militaire pour mettre un terme à ses problèmes. Il en vint vite à la conclusion qu’il lui faudrait prendre à nouveau la route, mais en adoptant cette fois une attitude plus circonspecte vis-à-vis des personnalités religieuses qu’il viendrait à rencontrer. Fox était déterminé à tenir tête à ceux avec lesquels il entrerait en désaccord, et non plus à s’effacer.
Le début d’une réflexion personnelle
Dans les quelques années qui suivirent, George Fox voyagea à travers le pays et en profita pour affermir ses croyances religieuses. Au cours de ses prières et de ses méditations, il acquit une plus grande compréhension de la nature de la foi et de ce qu’elle exigeait de lui. Il baptisa cette phase de sa vie l'« ouverture » (« opening »), car il la vécut comme une suite de révélations soudaines d’idées qui, selon lui, existaient avant qu’il les découvre. Ses principales convictions devinrent progressivement les suivantes :
Les chrétiens, bien qu’ils pratiquent leur religion de diverses manières suivant les endroits, seront tous « sauvés » par leur foi. Les rites religieux n’ont donc aucune incidence pourvu que le croyant soit pur en son for intérieur.
La capacité pour exercer la prêtrise est donnée à un homme par le Saint-Esprit, et non par des études religieuses. Cela implique que n’importe quelle personne, y compris une femme, a le droit de guider les fidèles.
Dieu « habite le cœur de son peuple obéissant » : l’expérience religieuse ne doit donc pas être confinée au seul bâtiment de l’église. Fox, de fait, refusait de qualifier un édifice d’« église », préférant le terme de « maison-clocher » (steeple-house), encore utilisé chez les quakers contemporains. Il préférait pratiquer son culte au milieu des champs, dans l’idée que la présence de Dieu pouvait aussi se faire sentir au sein de la nature.
Fox avait cultivé des relations chez les « Dissidents anglais », de petits groupes de croyants ayant rompu avec les églises établies en raison de l’originalité de leurs idées. Il espérait que les Dissidents seraient en mesure de l’aider dans son accomplissement spirituel, ce que n’avait pu faire l’Église anglicane. Mais ses attentes furent déçues, et il fut notamment contraint de quitter un de ces groupes parce qu’il s’évertuait à maintenir que les femmes possèdent elles aussi une âme. Il reste de cet épisode un célèbre passage dans son journal :
« Mais de même que j’avais abandonné les prêtres, ainsi fis-je avec les dissidents, que j’estimais des plus expérimentés, car je vis qu’il n’y en avait aucun parmi eux qui put répondre à ma condition. Et lorsque tous mes espoirs envers eux et le reste des hommes se furent éteints, si bien que plus rien ne pouvait m’aider ni me dire quoi faire, alors, oh, alors, j’entendis une voix qui me dit « Il en est un, Jésus le Christ ton sauveur, qui peut répondre à ta condition ». Et lorsque je l’entendis mon cœur s’emplit d’allégresse. Alors le Seigneur me fit entrevoir pourquoi nul sur terre ne pouvait répondre à ma condition, à savoir pour que ce soit à Lui que je donne toute la gloire. Car alors que tous vivent dans le péché et l’incroyance comme je l’ai fait, Jésus-Christ est doté de la prééminence qui illumine et donne la grâce, la foi et le pouvoir. »
La Société des Amis prend forme
En 1648, Fox commença à exercer publiquement son ministère : il avait coutume de prêcher sur les marchés, dans les champs ou même parfois dans des « maisons-clochers » après le départ du prêtre. Son prêche était puissant, et de nombreuses personnes furent convaincues de le suivre dans sa quête de la « vraie religion ». La forme de culte propre aux Amis, caractérisée par l’attente silencieuse, semble bien établie dès cette date, bien qu’on ne dispose d’aucune information précise sur son origine. Le moment de la création de la Société des Amis elle-même reste incertain, mais prend sûrement racine chez un groupe de personnes entourant Fox et voyageant avec lui. Ce dernier, cependant, ne semble pas avoir voulu fonder une secte, mais seulement proclamer ce qu’il considérait comme les principes purs et authentiques du christianisme dans leur simplicité originelle.