George Bryan Brummell, dit « Beau Brummell », né le 7 juin 1778 à Londres et mort le 30 mars 1840 à Caen, est un pionnier du dandysme britannique durant la Régence anglaise.
Fils de W. Brummell, esquire secrétaire particulier de Lord North, issu d’un milieu non aristocratique, Brummell est considéré comme l’inventeur du costume de l’homme moderne, pour avoir établi la tendance masculine à porter des costumes de couleur sombre avec des pantalons longs de style discret, mais raffinés et admirablement coupés, ornés de cravates minutieusement nouées. Cette convention a déterminé l’usage aujourd’hui en cours dans le monde entier pour les affaires et la vie mondaine. Brummell, qui prétendait avoir besoin de cinq heures pour s'habiller, recommandait, entre autres, de la mousse de champagne pour lustrer les bottes, sans doute pour s’amuser des auditeurs trop crédules.
Son style d’habillement et de comportement a fini par être connu sous le terme de dandysme. Arbitre de la mode, réputé pour ses belles manières, son port noble et sa démarche élégante, mais aussi pour son esprit très railleur, il a détruit plus d’une réputation par un sarcasme jeté du haut de sa cravate.
Décrit comme doté d’un teint clair et d’un long nez, qui avait été brisé par la ruade d’un cheval, peu de temps après son entrée au régiment des 10th Royal Hussars, il avait hérité, à sa majorité en 1799, de son père mort cinq ans auparavant, une fortune de plus de trente mille livres qu’il engloutira pour la plupart dans les vêtements, le jeu et un mode de vie ruineux. Après ses études à Eton et à Oriel College, il rejoignit le 10e de hussards, période durant laquelle il est remarqué par le prince de Galles grâce à l’influence duquel il fut promu lieutenant en 1795. Également dandy, ce prince obèse, futile, égocentrique, capricieux, dépensier, narcissique et coureur de jupons invétéré n’hésitait pas à se montrer en habit de satin rose avec des perles et un couvre-chef orné d’une multitude de sequins. Brummell s’efforça de discipliner l’exubérance princière et tous deux devinrent des amis proches. En retour, le futur régent le présenta à toute la meilleure société de Londres, endurant toutes ses insolences, allant même jusqu’à y applaudir.
Lors du transfert de son régiment de Londres à Manchester, Brummell préfère démissionner et, après s’être établi dans une maison à Mayfair, rue Chesterfield, il évite, un temps, toute extravagance ainsi que les jeux de hasard, possédant par exemple des chevaux, mais pas de carrosse. Membre du cercle du prince George, « Beau Brummell » y faisait impression par son élégance discrète, ses fins commentaires. Le soin scrupuleux qu’il apportait à son hygiène corporelle et dentaire quotidienne, ainsi qu’à son rasage, devint célèbre. Il ne sortait jamais sans être impeccablement lavé et rasé, poudré, parfumé, arborant beaucoup de linge fraîchement lavé et parfaitement amidonné, vêtu d’un manteau parfaitement brossé, de coupe impeccable, de couleur unie bleu foncé, et paré avec une cravate savamment nouée. Au moment où Pitt imposait une taxe sur la poudre à cheveux en 1795 destinée à aider à subventionner la guerre contre la France, Brummell avait déjà renoncé au port de la perruque pour se faire couper les cheveux « à la Brutus », comme les Romains. En outre, c’est à lui qu’on doit d’avoir orchestré la transition de la culotte moulante du XVIIIe siècle au pantalon de couleur sombre emblématique des habitudes vestimentaires masculines modernes. Dès le milieu des années 1790, « Beau Brummell » fut la première version du « people », de l’homme n’étant essentiellement connu que pour le seul fait d’être connu, qui, en tant que ministre de la mode et du goût, imposait ses vues à la noblesse, aux puissants et aux belles femmes.
Sous l’influence de ses amis fortunés, « Beau Brummel » s’est mis à dépenser et à parier comme si sa fortune avait été l’égale de la leur, ce qui ne fut pas un problème tant qu’il pouvait encore disposer de crédit. Il était considéré, avec lord Alvanley, Henry Mildmay et Henry Pierrepoint, comme l’un des animateurs du cercle Watier, surnommé « le club dandy » par Byron. Tous quatre étaient aussi présents au bal costumé de juillet 1813, au cours duquel le prince régent salua Alvanley et Pierrepoint, mais snoba Brummell et de Mildmay en se contentant de les dévisager sans leur adresser la parole, ce qui fut l’occasion de la célèbre formule de Brummell à Alvanley : « Alvanley, qui est ce gros homme de vos amis ? » Cette remarque sera la note finale d’une rupture prévisible entamée en 1811, date à laquelle le Prince, devenu régent, avait commencé à abandonner tous ses vieux amis whigs.
D’ordinaire, la perte de la faveur royale par un favori était synonyme de déchéance, mais la brillante carrière de Brummell dépendait tout autant de l’approbation et de l’amitié des autres souverains du monde de la mode. Cela donna naissance à l’anomalie d’un favori faisant florès sans protecteur, continuant pendant une quinzaine d’années d’être l’artisan de la mode, courtisé par de larges secteurs de la société, régnant en maître incontesté du bon goût sur la scène londonienne.
Brummel a révolutionné la mode masculine en imposant la sobriété, les coupes épurées et les tissus fins, créant ainsi l’ancêtre du costume moderne. Son habillage quotidien, extrêmement méticuleux, est devenu un véritable spectacle public pour les autres dandys. Portant alternativement ou la botte allemande et le pantalon par-dessus, ou la culotte de peau de daim et la botte à revers, un gilet gris fauve, emprunté au costume des clubmen whig, il accordait une importance capitale à ses chemises à cols hauts, dont le pli du col touchait presque les oreilles, et à sa cravate en mousseline blanche, dont le nœud complexe dictait les tendances de l’époque. Le soir, on le voyait invariablement avec un habit bleu à boutons unis, un gilet blanc et des pantalons noirs parfaitement justes boutonnant sur le cou-de-pied, des bas de soie rayés et un chapeau à claque. Une mince ligne d’une chaine de montre rehaussait la sévère et classique simplicité de cette toilette. Pas de parfums, mais du linge magnifique en abondance, et blanchi à la campagne. Il a transformé Savile Row en épicentre de la couture masculine en misant sur l’exclusivité plutôt que la publicité, attirant l’élite londonienne vers les ateliers de la zone. En incarnant le dandysme, Brummell a inversé la relation commerciale, les tailleurs cherchant désormais à habiller cette figure centrale pour obtenir prestige et renommée.
La fortune de Brummell, qui jouait très gros jeu, n’était pas en mesure de soutenir les dérèglements de sa vie. L’accumulation des dettes de jeu et des factures impayées à ses tailleurs, s’est transformée en une spirale descendante échappant à tout contrôle. Les moyens par lesquels il tenta de la récupérer furent pires que le mal et n’aboutirent qu’à en creuser un peu plus profondément le gouffre, à tel point qu’il connut, à l’âge de trente-huit ans, le sort typique des dandys : la faillite. Sa fortune évanouie, Brummell ne quittait jamais son logis que de nuit afin d’échapper à la foule des cordonniers, bijoutiers, tailleurs, bourreliers, marchands de vin qui l’entouraient.
Le soir du 16 mai 1816, criblé de dettes, il saute dans une chaise de poste qui le conduit à vive allure vers Douvres, d’où il embarque pour Calais, où il devait vivre pendant quatorze années, afin d’échapper à la prison pour dettes de Marshalsea à la suite de la demande de paiement intégral des milliers de livres qu’il devait à ses créanciers qui le harcelaient, laissant une créance de plus de 40 000 livres de dettes. D’ordinaire, Brummell payait toujours rubis sur l’ongle, comme « dettes d’honneur », ses dettes de jeu, à la seule exception d’un dernier pari enregistré en sa faveur dans le registre du White’s, un club londonien, en mars 1815. La dette y a été marquée comme « impayée, en date du 20 janvier 1816 ». N’ayant plus les moyens de recourir aux blanchisseurs, il se met à porter des cravates noires, phénomène sans précédent pour l’époque.