Georg Trakl, né le 3 février 1887 à Salzbourg, Autriche-Hongrie (aujourd'hui en Autriche) – mort le 3 novembre 1914 à Cracovie, Autriche-Hongrie (aujourd'hui en Pologne), est un poète austro-hongrois. Il est l'un des représentants majeurs de l'expressionnisme et un des grands poètes du XXe siècle.
En mettant en scène des personnages indéterminés comme l'orpheline, le voyageur, le vieillard, le novice ou des figures nommées comme Kaspar Hauser, Elis ou Helian, la poésie de Georg Trakl donne très souvent l'impression d'être impersonnelle. Il écrit à son ami Erhard Buschbeck : « Je resterai toujours pour finir un pauvre Kaspar Hauser. » Le poète angoissé et torturé s'identifie de manière constante à son œuvre. Si elle fait partie de l'expressionnisme, celle-ci en dépasse le simple cadre artistique.
Georg Trakl naît à Salzbourg, au numéro 2 de la Waagplatz dans une maison que la famille occupe depuis 1883. La famille est aisée, la maison est spacieuse. Le père de Trakl, Tobias Trakl, est un quincaillier protestant d'origine hongroise et sa mère Maria Catherina Trakl née Halík est catholique d'origine tchèque. La famille compte sept enfants. Il y a tout d'abord Wilhelm né le 7 mai 1868 à Wiener Neustadt, il est le fils de Tobias et de sa première femme Valentine Götz. Les autres enfants, tous nés à Salzbourg sont issus du second mariage : Gustav né le 25 juin 1880, Maria née le 21 décembre 1882, Hermine née le 7 juin 1884, Georg, né le 3 février 1887, Friedrich né le 27 février 1890 et enfin Margarethe née le 8 août 1891 qui jouera un grand rôle dans la vie du poète du fait de la relation incestueuse qu'elle entretiendra avec lui. Maria Catherina Trakl ne montre pas ses sentiments à ses enfants qui lui préfèrent la gouvernante alsacienne Marie Boring avec qui les enfants parlent français. Friedrich Trakl dira à propos de leur enfance dans la maison familiale :
« Nous tenions beaucoup à la gouvernante française et à notre père. Notre mère s'occupait plus de ses collections d'antiquités que de nous. C'était une femme froide, réservée ; elle subvenait bien à nos besoins mais elle manquait de chaleur. Elle se sentait incomprise, de son époux, de ses enfants, du monde entier. Elle n'était tout à fait heureuse que lorsqu'elle restait seule avec ses collections – elle s'enfermait des jours dans ses pièces. Nous les enfants, nous étions quelque peu malheureux de cela, car plus sa passion durait, plus certaines pièces nous étaient interdites. »
La mort du père de Trakl le 18 juin 1910 ne modifie pas le comportement de sa mère et c'est son frère Wilhelm, âgé de 42 ans, qui s'occupe désormais de ses demi-frères et demi-sœurs et qui reprend les rênes du commerce familial jusqu'en 1913. En 1892, Trakl entre dans une école catholique mais assiste au cours de religion d'une école protestante où il fait la connaissance d'Erhard Buschbeck. Lorsqu'il entre au Staatsgymnasium à l'automne 1897, il retrouve son ami Buschbeck ainsi que Karl von Kalmár avec qui il avait partagé les cours à l'école protestante et se lie d'amitié avec Karl Minnich, Oskar Vonwiller et Franz Schwab, formant ainsi un cercle où ils parlent littérature. Après l’échec de ses études, Trakl quitte le lycée le 26 septembre 1905. Entre 1904 et 1906, il fait partie d'un cercle de poètes appelé Apollo puis Minerva<. C'est là qu'il écrit le poème Der Heilige. Il s’intéresse aux poètes maudits français, tels que Baudelaire (Trakl écrira plusieurs poèmes intitulés Spleen ainsi qu'un autre portant le titre du poème de Baudelaire À une passante), Verlaine et Rimbaud et admire la figure emblématique de Nietzsche dont la pensée sur le nihilisme marquera son œuvre. C’est cependant au théâtre qu’il va pour la première fois se manifester en faisant jouer au théâtre municipal de Salzbourg deux pièces Totentag et Fata Morgana. Totentag est monté le 31 mars 1906 et Fata Morgana quelques mois après le 15 octobre. Le public n'adhère pas à ses pièces où les personnages parlent le langage codé que l'on retrouvera par la suite dans ses poèmes. C'est un échec et Trakl détruit ces textes.
Il se lance dans des études de pharmacie le 5 octobre 1908 et passe ses premiers examens en chimie, en physique, chimie et botanique l'année suivante. Sa jeunesse est fortement marquée par ses attitudes anti-bourgeoises et provocatrices, ainsi que par la drogue, l'alcool, l'inceste et la poésie qui resteront les piliers de son existence. On sait qu'il s'adonne à la drogue dès 1905 alors qu'il commence un stage dans la pharmacie À l'ange blanc de Carl Hinterhuber dans la Linzer Gasse à Salzbourg. Il écrit à son ami von Kalmar : « Pour surmonter la fatigue nerveuse à retardement, j'ai hélas encore pris la fuite avec du chloroforme. L'effet a été terrible ». L’amour incestueux de Trakl pour sa sœur va profondément influencer son œuvre. L’image de « La sœur » s’y retrouve de façon obsédante, et c’est cette relation charnelle et amoureuse qui va devenir une source d’angoisse et de culpabilité profonde pour le poète. Trakl publie son premier poème en 1908 dans la Salzburger Volkszeitung : Das Morgenlied. On sait toutefois peu de choses directes sur leur relation, la famille ayant fait disparaître la correspondance que ces derniers ont échangée.
Son séjour à Vienne de 1908 à 1910 se révèle fondamental pour sa vocation poétique. Il fait en effet l’expérience de la solitude et du désarroi que peut éprouver un jeune provincial perdu pour la première fois dans l’immensité de la capitale. Ce séjour lui donne un profond dégoût de la société moderne. Il parvient néanmoins à nouer quelques relations littéraires comme avec Ludwig Ullmann et avec l’Académie de littérature et de musique. Commence pour lui une période d’abondante création, et il compose en 1909 un premier recueil de poèmes, Sammlung 1909, qui restera inédit de son vivant et ne sera publié qu'en 1939. Lorsque son père meurt le 18 juin 1910, Trakl quitte Vienne et retourne à Salzbourg à la fin du mois de juillet peu après avoir obtenu le diplôme de magister pharmaciae le 28 juin. Le 1er octobre 1910, il retourne à Vienne pour faire son service militaire comme ambulancier. Il revient à Salzbourg et fréquente à partir de l'automne 1911 un cercle littéraire intitulé Pan. Il y rencontre Karl Hauer et se lie d'amitié avec lui. Du 15 octobre au 20 décembre 1911, Trakl exerce comme préparateur dans la pharmacie À l'Ange blanc et comme pharmacien militaire. Le poète navigue entre Vienne, Salzbourg et Innsbruck. Il quitte Vienne en avril 1911 pour Innsbruck et ne cessera par la suite de voyager entre ces deux villes.
En avril 1912, Trakl retourne à l’armée comme pharmacien militaire à l'hôpital de garnison no 10 d'Innsbruck. Il fait la connaissance de Ludwig von Ficker propriétaire de la revue Der Brenner. Cette rencontre se révélera décisive pour son avenir. C'est en effet dans cette revue que Trakl publiera ses poèmes régulièrement à partir du 1er octobre 1912 en commençant par Psalm. De plus, Ludwig von Ficker fera énormément pour Trakl, tant du point de vue matériel que pour la reconnaissance de son œuvre.
Trakl rencontre également Karl Kraus, rédacteur de la revue Die Fackel, qui sera l'un de ses premiers « défenseurs et admirateurs ». Les deux hommes échangeront des poèmes : Trakl lui dédie Psalm et Kraus lui répond en 1912 par Georg Trakl zum Dank für den Psalm. Georg Trakl quitte l’armée quelque temps après puis fait un bref séjour dans les bureaux du ministère des Travaux publics. Le 1er avril 1913, Kurt Wolff, éditeur d’avant-garde, accepte de publier dans sa collection Der jüngste Tag un recueil portant le titre simple de Gedichte (Poèmes). Il voyage avec Ludwig von Ficker, Karl Kraus, Adolf Loos et sa femme Bessie et Peter Altenberg à Venise, puis il fréquente l’atelier de Kokoschka, à Vienne. En mars 1914, il se rend à Berlin au chevet de sa sœur Margarethe, victime d’une fausse couche. Il rencontre alors la poétesse Else Lasker-Schüler. Le poète travaille toujours aussi intensément, si bien qu’en mars 1914 il envoie à Kurt Wolff, qui l’accepte, son recueil Sebastian im Traum (Sébastien en rêve). En mai 1914, Trakl est invité au château de Hohenburg à Innsbruck par le frère de Ludwig von Ficker. Le 27 juillet 1914, Ludwig Wittgenstein autorise von Ficker à donner 20 000 couronnes à Trakl en les prenant de la somme qu'il avait mise à disposition pour soutenir les artistes autrichiens dans le besoin. Mais Trakl, qui depuis plusieurs mois cherchait vainement un emploi pour assurer son existence matérielle, n'aura pas le temps d'en profiter.