Ce Jour-là

Georg Forster

Naturaliste allemand (1754-1794)

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Johann Georg Adam Forster (né le 27 novembre 1754 à Nassenhuben près de Dantzig ; mort le 10 janvier 1794 à Paris) est un naturaliste allemand qui fut également ethnologue, écrivain voyageur, journaliste et révolutionnaire. Il participe à la deuxième expédition autour du monde de James Cook (1772-1779), consacre d'importantes sommes à la géographie et à l'ethnologie comparées des mers du Sud. Georg Foster apparaît comme un des fondateurs de la littérature de voyage scientifiquement fondée. En tant que jacobin allemand, il appartient aux protagonistes de l'éphémère république de Mayence.

La vie de Georg Forster est courte, mais riche en événements, comme il n'est accordé qu'à peu d'hommes au XVIIIe siècle. De tous les esprits éclairés allemands, Georg Forster peut être vu comme l'un des plus grands.

Georg Forster est le fils aîné de Johann Reinhold Forster (1729-1798) et de sa femme Justina Elisabeth, née Nicolai. Le père, pasteur réformé, s'intéresse beaucoup à la philosophie et aux sciences naturelles. Il lui apprend à comprendre 17 langues, mais lui transmet de solides connaissances scientifiques et un goût du concret. Engagé en 1765 par le gouvernement russe pour étudier la viabilité des colonies allemandes le long des rives de la Volga, Johann emmène avec lui son fils âgé de 10 ans. C'est le premier voyage scientifique, les conduisant jusqu'aux steppes de l'actuel Kazakhstan, que Georg fait avec son père. Le jeune Forster participe aux études cartographiques et aux examens des sols. Il en profite pour apprendre à parler couramment le russe.

En 1766, Johann Reinhold Forster rejoint directement Londres pour s'installer dans le pays de ses ancêtres et y mener une existence comme professeur et traducteur qui correspond mieux à ses penchants. Georg l'accompagne, le reste de la famille les rejoindra plus tard. À l'âge de 13 ans, il publie en Angleterre son premier livre : une traduction du russe en anglais de l'Histoire de la Russie de Mikhaïl Lomonossov (1711-1765), qui lui vaut la considération de la communauté scientifique.

Avec le capitaine Cook autour du monde

Son père, dont la renommée scientifique s'est développée au cours des ans, reçoit en 1772 une demande de l'Amirauté britannique pour accompagner le capitaine Cook (1728-1779) dans sa deuxième expédition autour du monde. En tant que naturaliste, il a pour mission d'établir le rapport scientifique du voyage et de le publier à son retour. Johann Reinhold Forster réussit à imposer de pouvoir emmener son fils Georg, alors âgé de 17 ans, comme dessinateur.

Le 13 juillet 1772, les Forster, père et fils, embarquent à bord du HMS Resolution à Plymouth. Le voyage les conduit d'abord dans l'Atlantique sud, puis dans l'océan Indien, dans les eaux antarctiques, sur les îles polynésiennes et enfin au cap Horn pour finalement rentrer en Angleterre le 30 juillet 1775. Au cours de ces trois années, Cook et les Forster découvrent la Nouvelle-Zélande, les îles Tonga, la Nouvelle-Calédonie, les îles Marquises et l'île de Pâques, s'aventurant vers le sud comme jamais personne avant eux. Ce deuxième voyage de Cook infirme définitivement la théorie d'un grand continent habitable dans l'hémisphère sud.

Georg Forster travaille sous les directives de son père, principalement comme dessinateur, à l'étude des animaux et des plantes des mers du Sud. Mais ses vrais centres d'intérêt, sur lesquels il commence bientôt des recherches lui-même, sont la géographie et l'ethnologie comparées. Il apprend rapidement les langues des îles polynésiennes. Ses écrits sur les Polynésiens font encore aujourd'hui autorité, comme ils montrent aussi les efforts des Forster pour rencontrer les habitants des îles des mers du Sud et les aborder avec considération, sympathie et sans préjugés occidentaux, occasion pour lui d’étayer, mais sur des faits réels, les théories du « bon sauvage » et de l’égalité naturelle entre les hommes, quel que soit le niveau de leur civilisation matérielle.

Contrairement à Bougainville (1729-1811) dont les carnets de voyage sur Tahiti, écrits quelques années auparavant, fondent à partir d'une description complaisante et idéalisée le mythe romantique des mers du Sud, Forster aborde les sociétés des îles du Pacifique sud avec plus d'objectivité. Il décrit les différents ordres sociaux et les différentes religions qu'il rencontre, par exemple sur les îles de la Société, les îles des Amis, en Nouvelle-Zélande et sur l'île de Pâques, ce qui lui fait découvrir diverses conditions de vie. En même temps, il constate que les langues de ces îles, relativement éloignées les unes des autres, sont somme toute assez proches. Il écrit ce qui suit sur les habitants du groupe d'îles Tonga, proches de Nomuka :

« Leur langue, les moyens de transport, armes, maisons, tatouages, la façon de couper la barbe courte, toute l'essence de leur philosophie est exactement en accord avec eux, ce que nous avons constaté également sur Tongatabu. Seulement nous ne pouvions entrevoir (…) aucune sorte de subordination entre eux, alors que c'était très visible sur Tongatabu, et le dévouement pour le roi allait presque jusqu'à l'esclavage. »

Les ethnographies que Forster a recueillies conjointement avec son père dans les mers du Sud sont aujourd'hui exposées à la Cook-Forster-Sammlung (Collection Cook-Forster) du musée d'ethnologie de Göttingen.

Fondateur de la littérature de voyage moderne

Plus tard, les deux hommes publient une revue de récit de voyage dans les mers du Sud, Magazin von merkwürdigen neuen Reisebeschreibungen à Berlin. Georg Forster en fait une traduction anglaise sous le titre d’A Voyage to the South Sea, by Lieutenant William Bligh, London 1792 en 1791 et 1793. Les descriptions de ces voyages sont à l'origine de nombreux films et adaptations cinématographiques dont Les Révoltés du Bounty.

Après leur retour, alors que son père écrit le rapport scientifique demandé par l'amirauté, Georg Forster publie en 1777 une description du voyage : A Voyage round the World in His Britannic Majesty's Sloop Resolution, Commanded by Capt. James Cook, during the Years, 1772, 3, 4, and 5 (Voyage autour du monde), d'où vient la citation ci-dessus. Cette œuvre publiée en 1778-1780 fait de lui un jeune auteur assez célèbre. Le poète Christoph Martin Wieland (1733-1813) loue cette œuvre comme le livre le plus remarquable de son époque, et cela reste jusqu'à aujourd'hui peut-être une des plus importantes description de voyage qui ait jamais été écrite. L'œuvre, avec laquelle l'Histoire de la littérature de voyage allemande moderne commença, exerce entre autres une forte influence sur Alexander von Humboldt (1769-1859) et, plus tard, sur les ethnologues.

Forster écrit dans une prose allemande raffinée, scientifiquement exacte et objectivement fondée, avec un résultat à la fois passionnant et très lisible. Ses œuvres se distinguent de toute la littérature de voyage précédente parce qu'elles ne représentent pas une succession de dates pures ; cohérentes, elles offrent des faits ethnologiquement parlants et sûrs, qui viennent d'observations détaillées. Souvent il interrompt sa description pour procéder à quelque réflexion philosophique sur l'observation.

Il porte une attention particulière aux hommes, dont il étudie les comportements, les besoins, les coutumes, les religions ainsi que les formes de société. Dans Voyage autour du monde, il reproduit même le texte d'une chanson polynésienne. Cette œuvre reste jusqu'aujourd'hui une des plus importantes sources sur les sociétés des mers du Sud.

La publication apporte à Georg Forster une reconnaissance scientifique dans toute l'Europe. La renommée Royal Society of London l'accueille comme membre en 1777 alors qu'il n'a pas encore 23 ans. Il devient pour un court temps la coqueluche des salons anglais. Des académies scientifiques de Berlin à Madrid lui ouvrent également leurs portes. Mais comme la renommée ne fait pas l'argent, il repart en Allemagne en 1778 pour occuper un poste de professeur à Cassel, poste obtenu grâce à l’appui de son père qui avait, lui, obtenu une chaire à l’université de Göttingen, plus prestigieuse. Kassel devient vite pour lui un lieu d’enfermement dans lequel il étouffe, comme tous les « intellectuels » allemands de condition modeste des années 1780, asphyxiés dans un pays morcelé, corseté par une société d’ordres rigide. À Göttingen il fait la connaissance de Therese Heyne (1764-1829), fille d'un chercheur sur l'Antiquité de l'université de la ville, qui devient plus tard une des premières femmes de lettres libres d'Allemagne sous le nom de Therese Huber. Ils se marient en 1785 et auront trois enfants sans former un couple réellement heureux.

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