Les Gardes suisses, également appelés régiment des Gardes suisses, sont un régiment d'infanterie suisse qui a servi les rois de France de 1616 à 1792 et de 1815 à 1830.
L’utilisation d'unités de Suisses pour assurer la garde des souverains se retrouve dans de nombreuses cours européennes à partir du XVe siècle. En France, on distingue trois catégories d'unités militaires suisses utilisées par le pouvoir royal. Il y a d'abord les unités de la Garde royale (Gardes suisses et Cent-Suisses). Il y a ensuite des unités suisses au sein des autres Gardes : Garde des reines-régentes, des princes du sang (comme la compagnie des Suisses de Monsieur le comte d’Artois), des grands officiers. Il y a enfin les régiments de ligne suisses qui, même commandés par des officiers venant des Gardes suisses, ne sont pas des unités de gardes.
Les premiers gardes suisses (1481-1616)
Les soldats suisses s'étant illustrés lors des batailles de Grandson et de Morat en 1476, Louis XI enrôle des Suisses, à partir de 1481, comme instructeurs pour l'armée française ainsi que comme gardes chargés de sa protection personnelle. « En 1497, le roi Charles VIII créait la compagnie des Cent-Suisses de la garde, première unité suisse permanente au service d'un souverain étranger ».
Un mois après avoir combattu François Ier à la bataille de Marignan, les Suisses mettent leurs mercenaires au service du roi par le traité de Genève du 7 novembre 1515. Le 29 novembre suivant à Fribourg, la France signe avec les Confédérés un traité de paix perpétuelle qui sera respecté jusqu'à la chute de la monarchie française en 1792 et l'invasion de la Suisse par les troupes révolutionnaires. Ces traités sont complétés par le traité d'alliance de 1521 entre la France et les Cantons.
Les mercenaires suisses ont la qualité de gens de guerre. Les Suisses s'engagent à fournir entre six et seize mille soldats au roi et la Suisse reçoit la protection d’un pays voisin puissant et belliqueux. Ils sont des alliés et des auxiliaires permanents, mais les Cantons restent les vrais souverains de ces troupes et se réservent le droit de les rappeler. Ces corps armés ont une indépendance complète, avec leurs propres règlements, leurs juges et leurs étendards. Les ordres sont donnés dans leur langue, en allemand [ou en suisse-allemand et français?], par des officiers suisses et les soldats restent liés aux lois de leurs cantons : bref, le régiment est leur patrie, et toutes ces dispositions seront confirmées par tous les accords postérieurs. La majorité des effectifs provient de la ville de Fribourg qui a signé un contrat d'exclusivité avec François Ier.
En avril 1544, Guillaume Froelich, commandant des Cent-Suisses, gagne la bataille de Cérisoles.
En 1567, les Suisses protègent le roi Charles IX d’une tentative d’enlèvement de la part de Condé. Ils forment le carré face aux deux mille cavaliers protestants qui tentent d’enlever le roi à la sortie de Lagny, et lui permettent de rejoindre Paris où l’attend le connétable de Montmorency avec une armée de 10 000 hommes. La même année, la reine Catherine de Médicis obtient des cantons la levée de 6 000 hommes qui prennent le nom de Gardes suisses du roi.
En 1571, le futur roi Henri III de France et son frère, le duc d'Alençon, ont des archers et des hallebardiers suisses à leurs livrées. C'est leur chef, Montesquiou, qui tue le prince de Condé Louis Ier à la bataille de Jarnac. Quand Henri III de France devient roi, il garantit à son frère une petite armée, qui compte 50 Suisses.
En 1589, à l’avènement d’Henri IV, les Suisses acceptent de ne pas être payés pendant deux mois, alors que la moitié de l’armée abandonne le roi.
La création du régiment des Gardes suisses (1616)
"En 1616, Louis XIII mit sur pied un régiment permanent de gardes suisses. Alors que les Cent Suisses assuraient la "garde du dedans", les Gardes suisses étaient chargés de celle "du dehors". Les officiers étaient recrutés exclusivement parmi la noblesse et le patriciat et certaines charges étaient héréditaires." Il ne s'agit pas officiellement d'un corps de la maison militaire du roi de France, mais il en assume toutes les fonctions. En outre, ils sont dépositaires des Sceaux du Roi et gardiens des Joyaux de la Couronne de France. Ils forment le deuxième corps permanent étranger au service du roi.
Régiment d'infanterie, il forme une brigade avec les Gardes-Françaises avec lesquels ils partagent la garde extérieure du château mais combattent aussi en première ligne. De 1616 à 1754, les Gardes suisses sont logés chez l'habitant. Le régiment est composé de douze compagnies de deux cents hommes chacune, soit 2400 hommes. Il s'agit en fait d’un corps d'élite des régiments suisses au service du roi de France. Gaspard Gallati de Glaris, est le premier colonel du régiment de 1616 à 1619.
Au cours du XVIIe siècle la Garde suisse maintient une réputation de discipline et de régularité de service en temps de paix comme en temps de guerre.
L'apogée sous Louis XIV (1643-1715)
La pièce d'eau des Suisses est un bassin, faisant partie du parc du château de Versailles, agrandie, entre 1679 et 1683, par les Gardes suisses au service du roi Louis XIV.
Louis XIV transforme la maison militaire du roi de France en un corps d'élite. Le nombre de troupes de la maison du roi est augmenté de manière très importante lors du règne du Roi-Soleil, notamment par la création de nouvelles unités.
Entre 1668 et 1671, Pierre Stoppa, colonel des Gardes suisses, et Louvois, secrétaire d’État de la Guerre, se mettent d’accord pour engager à l’insu des cantons suisses des compagnies franches qui coûtent moins cher au roi : six écus par mois, contre sept dans les formations capitulées. La levée de compagnies franches, désavouées par les cantons, par le gouvernement royal, dure de 1660 à 1701.