Gamal Abdel Nasser (arabe : جمال عبد الناصر), parfois simplement appelé Nasser, est un homme d'État égyptien, né le 15 janvier 1918 à Alexandrie et mort le 28 septembre 1970 au Caire. Il est le deuxième président de la République, de 1956 à sa mort.
Après une carrière militaire, il organise en 1952 le renversement de la monarchie et accède au pouvoir. À la tête de l'Égypte, il mène une politique socialiste et panarabe appelée nassérisme. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des dirigeants les plus influents du XXe siècle.
Nasser, très tôt impliqué dans la lutte contre l'influence britannique en Égypte en ralliant d'abord le parti Jeune Égypte, intègre ensuite l'armée en 1938 et participe à la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Déçu par la monarchie et souhaitant réformer la société égyptienne, Nasser fonde le Mouvement des officiers libres qui renverse le roi Farouk en 1952. Après une lutte de pouvoir contre ses anciens associés, dont le président Mohammed Naguib et les Frères musulmans, il prend le contrôle du gouvernement. Un référendum en 1956 permet l'adoption d'une nouvelle Constitution, la première de l'ère républicaine, et l'accession de Nasser à la présidence.
Son régime, basé sur un nationalisme arabe laïc, élargit les droits des femmes, soutient la justice sociale et militarise l'appareil d'état. Nasser met ses fidèles aux plus hauts postes de l'Etat et instaure un régime autoritaire, réprime les islamistes et les communistes, se moque ouvertement des Frères musulmans durant un discours, prône la création d'une seule nation arabe, défie ouvertement l'Arabie saoudite et les monarchies arabes, menant à la guerre froide arabe, et prône la destruction de l'État d'Israël. Paradoxalement, malgré son opposition à l'Occident et son arabisme, Nasser accélère l'occidentalisation des mœurs du pays et se rapproche de l'URSS malgré son anticommunisme après que les États-Unis ont refusé de financer la création du barrage d'Assouan s'il ne normalisait pas ses relations avec Israël, ce qu'il a catégoriquement refusé, et maintient la tutelle égyptienne sur la bande de Gaza jusqu'à la défaite de la guerre des Six Jours.
La neutralité de l'Égypte durant la guerre froide cause des tensions avec les puissances occidentales qui refusent de financer la construction du barrage d'Assouan. Nasser réplique en nationalisant la compagnie du canal de Suez en 1956. Le Royaume-Uni, la France et Israël organisent une offensive pour reprendre le contrôle du canal mais sont contraints de se replier sous la pression conjointe des États-Unis et de l'Union soviétique. Cet incident accroît considérablement la popularité de Nasser dans le monde arabe et ses discours pour une union panarabe culminent avec la création de la République arabe unie avec la Syrie en 1958.
En 1962, Nasser adopte des mesures socialistes et mène des réformes pour moderniser l'Égypte. Malgré les revers à sa vision panarabe, comme la dissolution de l'union avec la Syrie et la guerre du Yémen, ses partisans prennent le pouvoir dans plusieurs pays arabes. Il est élu président du mouvement des non-alignés en 1964 et, l'année suivante, réélu président après avoir empêché tous ses opposants de se présenter. Après la défaite de l'Égypte lors de la guerre des Six Jours en 1967, il démissionne avant de renoncer du fait des manifestations demandant son maintien au pouvoir. Après le conflit, il se nomme Premier ministre, lance des attaques pour reprendre les territoires perdus, dépolitise l'armée et promet une libéralisation politique. Après la fin du sommet de la Ligue arabe en 1970, il succombe à une crise cardiaque. Cinq millions de personnes assistent à ses funérailles au Caire et le monde arabe est en deuil.
Nasser reste au début du XXIe siècle un symbole de la dignité arabe du fait de ses efforts pour une plus grande justice sociale et sa défense du panarabisme, de la modernisation de l'Égypte et de l'anti-impérialisme. Ses détracteurs ont critiqué son autoritarisme, son populisme, son antisémitisme, les violations des droits de l'homme par son régime et son échec à créer des institutions civiles durables. Les historiens considèrent Nasser comme une figure centrale de l'histoire moderne du Moyen-Orient, de la guerre froide arabe et du XXe siècle.
Gamal Abdel Nasser Hussein (arabe : جمال عبد الناصر حسين) est né le 15 janvier 1918 à Bakos dans les faubourgs d'Alexandrie ; il était le premier fils de Fahima et d'Abdel Nasser Hussein. Son père était un employé de la poste né à Beni Mur en Haute-Égypte mais qui avait grandi à Alexandrie tandis que la famille de sa mère venait de Mallawi dans l'actuel gouvernorat de Minya. Ses parents s'étaient mariés en 1917 et ils eurent deux autres fils : Izz al-Arab et al-Leithi. La famille de Nasser déménageait fréquemment au gré des affectations de son père ; elle s'installa à Assiout en 1921 puis à Khatatba où le père de Nasser dirigeait un bureau de poste. Nasser fut scolarisé dans une école pour les enfants des employés du chemin de fer jusqu'en 1924 lorsqu'il fut envoyé vivre chez son oncle paternel au Caire.
Nasser resta en contact épistolaire avec sa mère et il lui rendait visite pendant les vacances mais il cessa de recevoir des lettres à la fin du mois d'avril 1926. À son retour à Khatatba, il apprit que sa mère était morte après avoir donné naissance à son troisième frère, Shawki, et que sa famille lui avait caché l'information. Nasser déclara plus tard que « perdre sa mère fut un traumatisme profond que le temps n'a pas soulagé ». Il adorait sa mère et fut très affecté par le remariage rapide de son père.
En 1928, Nasser s'installa à Alexandrie chez son grand-père maternel. Il étudia un temps dans un internat à Helwan avant de revenir à Alexandrie en 1933 lorsque son père fut transféré dans les services postaux de la ville. Nasser s'impliqua très tôt dans l'activisme politique. Après avoir assisté à des affrontements entre des manifestants et la police sur la place Manshia d'Alexandrie, il rejoignit la manifestation sans connaître son objectif. La protestation, organisée par le parti nationaliste Jeune Égypte, exigeait la fin de l'influence étrangère en Égypte à la suite de l'abrogation de la Constitution de 1923 par le Premier ministre Ismaïl Sidqi. Nasser fut arrêté et passa la nuit en détention avant d'être délivré par son père.
Lorsque son père fut transféré au Caire en 1933, Nasser le suivit et il étudia à l'établissement al-Nahda al-Masria. Il écrivit des articles dans le journal de l'école et participa à des pièces de théâtre scolaires dont une sur le philosophe français Voltaire intitulée Voltaire, l'homme de la Liberté.
Le 13 novembre 1935, il mena une manifestation étudiante contre l'influence britannique à la suite d'une déclaration du secrétaire d'État britannique Samuel Hoare dans laquelle il rejetait l'idée d'une restauration de la Constitution de 1923. Deux manifestants furent tués et Nasser fut légèrement blessé à la tête par une balle. L'incident lui valut de figurer pour la première fois dans la presse ; le journal nationaliste Al Gihad rapporta que Nasser fut l'un des meneurs de la manifestation et qu'il avait été blessé. Le 12 décembre, le nouveau roi Farouk délivra un décret restaurant la Constitution. En raison de ses nombreuses activités politiques, Nasser n'assista qu'à 45 jours de classe durant sa dernière année de collège. Il s'opposa au traité anglo-égyptien de 1936 qui prolongeait le maintien d'une partie des bases britanniques dans le pays. L'accord était cependant approuvé par la quasi-totalité des forces politiques égyptiennes et l'agitation diminua sensiblement. Nasser reprit ses études à al-Nahda al-Masria et quitta l'école avec l'équivalent du brevet.
Selon l'historien Saïd K. Aburich, Nasser ne fut pas affecté par ses fréquents déménagements qui élargirent son horizon et lui firent prendre conscience des divisions de la société égyptienne. Il consacrait beaucoup de temps à la lecture en particulier en 1933 car il vivait non loin de la bibliothèque nationale. Il avait lu le Coran, les hadîths de Mahomet, les sahabas de ses compagnons et les biographies de Napoléon, Atatürk, Bismarck, Garibaldi ainsi que l'autobiographie de Winston Churchill. Il fut fortement influencé par le nationalisme égyptien défendu par l'homme politique Mustafa Kamil, le poète Ahmed Chawqi et son instructeur de l'académie militaire, Aziz Ali al-Misri, auquel Nasser exprima sa gratitude dans un entretien en 1961. Il indiqua par la suite que le roman La conscience retrouvée dans lequel Tawfiq al-Hakim avait écrit que le peuple égyptien n'avait besoin que « d'un homme qui représenterait tous leurs désirs et sentiments et qui serait leur symbole » lui avait servi d'inspiration au moment de la révolution de 1952.