Ce Jour-là

Gabrielle Roy

Écrivaine canadienne

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Gabrielle Roy, née le 22 mars 1909 à Saint-Boniface (Manitoba) et morte le 13 juillet 1983 à Québec, est une romancière canadienne-française. Institutrice de formation reconvertie en journaliste, elle s'est affirmée comme l'une des plus importantes figures de la littérature canadienne. En 1945, elle connaît un succès fulgurant après la publication de Bonheur d'occasion, un roman qui brosse le portrait saisissant des classes populaires montréalaises durant la Seconde Guerre mondiale. Inspiré par les reportages de Gabrielle Roy dans le quartier ouvrier de Saint-Henri, ce roman est considéré comme le premier roman urbain de la littérature québécoise, qu'il contribue à faire rayonner internationalement par le biais d'une quinzaine de traductions.

Constituée d'une trentaine de romans et de recueils de contes et de nouvelles, acclamée par la critique et chérie du grand public, l'œuvre de Gabrielle Roy est à la fois romanesque, intime et autobiographique. Sensible aux enjeux de la condition humaine et de l'identité, inspirée par la destinée des Franco-Manitobains, mais intimement liée au Québec, cette œuvre est aujourd'hui un monument incontournable de la littérature canadienne d'expression française.

Marie Rose Emma Gabrielle Roy est née le 22 mars 1909 à Saint-Boniface (Winnipeg), au Manitoba. Elle est issue d'une famille québécoise qui a immigré dans l'Ouest canadien au courant du XIXe siècle. Son père, Léon Roy, est un Agent des terres ayant quitté la rive sud du fleuve Saint-Laurent, en face de Québec, pour s'exiler en Nouvelle-Angleterre avant d'atterrir au Manitoba. Sa mère, Mélina Landry, s'expatrie en 1881 avec ses parents cultivateurs, attirés dans l'Ouest canadien lors de la « Ruée vers l'Or blond » (le blé).

Gabrielle Roy est la benjamine d'une famille de onze enfants. Elle grandit dans un foyer où le père est souvent absent, physiquement et psychologiquement[réf. incomplète]. La jeune Gabrielle est beaucoup plus proche de sa mère, avec qui elle entretient une relation fusionnelle durant ses années d'enfance[réf. incomplète]. Les Roy vivent parmi d'autres familles canadiennes-françaises catholiques dans un contexte politique où la discrimination à l'égard de la minorité francophone du Manitoba s'accentue[réf. incomplète]. Gabrielle est toutefois tenue à l'écart de ces enjeux, baignant dans une innocence et une « impression de sécurité »[réf. incomplète] :

« Ce que je me rappelle le mieux des premières années de ma vie à Saint-Boniface, [...] cette sécurité que donne à la vie un passé entretenu par des récits, des souvenirs, par un ordre social et moral éprouvé. Je me rappelle: on entendait presque toujours dans un coin ou l'autre de la ville tinter la cloche d'un couvent ou d'une chapelle. [...] Toujours, par les trottoirs de notre ville, il me semble que l'on voyait passer des enfants menés deux par deux à la promenade par des religieuses dont on entendait les chapelets cliqueter. Au-dessus de la rivière Rouge aux eaux brunâtres et lourdes s'envolait l'appel des cloches de la cathédrale, cependant que les mouettes [...] volaient presque parmi les tombes du cimetière qui s'avançaient tout près des berges. [...] J'aimais bien [...] qu'elles viennent jusqu'au milieu d'un continent nous environner d'un sentiment du large, d'une espèce d'angoisse des îles. Car nous étions bien comme dans une île, nous de Saint-Boniface, assez seuls dans l'océan de la plaine et de toutes parts entourés d'inconnu. »

En 1915, à l'âge de six ans, Gabrielle Roy commence son éducation à l'académie Saint-Joseph, une école de filles tenue par les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Ses premières années d'étude sont ardues. Accablée par des problèmes de santé, au point où son père la surnomme « Petite Misère », elle n'aime pas particulièrement étudier et doit souvent s'absenter de l'école. De plus, à partir de 1916, la loi Thornton fait de l'anglais l'unique langue d'enseignement du Manitoba, interdisant de ce fait aux franco-manitobains l'accès à une éducation francophone. Malgré l'imposition d'un nouveau programme, les sœurs de l'académie Saint-Joseph réussissent, clandestinement, à maintenir l'enseignement du français[réf. incomplète].

Pour des raisons que son biographe, François Ricard, ne s'explique pas tout à fait, Gabrielle Roy devient une élève modèle à partir de la septième année (1923-1924), multipliant les bonnes notes et finissant systématiquement première de classe. Après avoir fait ses études primaires et secondaires à l'académie Saint-Joseph, elle décide de se consacrer à l'enseignement. En septembre 1928, quelques mois avant la mort de son père, elle s’inscrit à l'École normale supérieure de Winnipeg pour une formation d’une durée d’un an. Après ses études, elle enseigne dans les écoles rurales de Marchand et de Cardinal et à l'École Provencher à Saint-Boniface, où elle enseigne en anglais à une classe de première année. Elle occupera ce poste pendant sept ans.

À Provencher, en pleine Grande Dépression, Gabrielle Roy jouit d'une situation confortable, logeant chez sa mère et bénéficiant d'un salaire d'environ 100 $ par mois. Il s'agit là d'un grand privilège, notamment parce que l'Institut Provencher est la seule école francophone de Saint-Boniface à embaucher des institutrices laïques[réf. incomplète]. À cette époque, Gabrielle Roy profite des distractions mondaines qu'offre la ville et s'initie au théâtre et à l'écriture. Elle découvre alors de grands auteurs, surtout anglophones : Edgar Allan Poe, Lewis Caroll, Agatha Christie, Ernest Hemingway, Steinbeck ou encore Edgar Wallace[réf. incomplète]. C'est aussi à cette époque que Roy publie ses premiers textes, en anglais et en français, dans des périodiques locaux et nationaux. L'écriture n'est toutefois pas sa priorité, alors que sa passion pour l'art dramatique occupe l'essentiel de son temps. Gabrielle Roy est alors une jeune comédienne cultivant l'ambition de faire du théâtre sa vocation.

C'est ainsi qu'elle rejoint le Cercle Molière, une troupe amateur que dirigent Arthur et Pauline Boutal. Ces derniers lui confient des rôles dans trois de leurs productions annuelles entre 1933 et 1936. Ces opportunités mènent Gabrielle Roy jusqu'à Ottawa, où elle monte sur scène à l'occasion du Festival national d'art dramatique de 1934 et 1936. Les comédiens du Cercle Molière y remportent des prix et Gabrielle Roy se distingue lors de deux pièces en anglais avec le Winnipeg Little Theatre. Ces succès la motivent à redoubler d'effort pour faire de l'art dramatique une carrière. C'est dans cette perspective que Gabrielle Roy se tourne bientôt vers de nouveaux horizons et décide de rejoindre l'Europe afin de poursuivre sa formation en art dramatique. Plus tard, elle expliquera cette nécessité de l'exil dans une lettre à l'écrivain Rex Desmarchais[réf. incomplète] :

« L'enseignement et le théâtre, en particulier, nous ouvraient des horizons sur la culture et tout spécialement sur la littérature. Par contre, nous nous rendions clairement compte que les pauvres milieux culturels qui existaient dans l'Ouest canadien étaient absolument insuffisants pour nous permettre le plein développement de nos facultés, de nos possibilités intellectuelles, littéraires, artistiques. Nous soupirions ardemment vers les eaux vives et abondantes qui jaillissaient aux sources mêmes, en Europe, en France. Un voyage, un séjour de l'autre côté de l'Atlantique, c'était pour nous plus qu'un rêve: une hantise! »

En 1937, pour se donner les moyens de ses ambitions, elle s'engage comme institutrice à la Petite-Poule-d'Eau, une région sauvage à quelques centaines de kilomètres au nord de Winnipeg. À l'automne de la même année, à l'âge de 28 ans, Gabrielle Roy s'embarque pour le Vieux Continent. Elle laisse derrière elle une mère malade et éprouvée par des difficultés financières: cette décision sera source de remords et de conflits familiaux toute sa vie.

Gabrielle Roy s'exile pour un séjour de deux ans en Europe, où elle compte étudier l’art dramatique. Elle passe d’abord quelque temps à Paris afin de parfaire sa formation de comédienne auprès de Charles Dullin, directeur du Théâtre l’Atelier (aussi connu sous le nom d’« École nouvelle du comédien »)[réf. incomplète]. Elle est accueillie par une autre élève et s’installe dans un appartement assez cossu du XIIIe arrondissement[réf. incomplète]. Mais Roy ne se dévouera finalement que très peu à l’étude de l’art dramatique, préférant assister aux représentations théâtrales parisiennes plutôt que d’y prendre part. À peine présentée à Charles Dullin, la jeune comédienne disparaît. C’est que Paris ne lui convient pas, comme le résume François Ricard[réf. incomplète] :

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