Ce Jour-là

Gabriel Naudé

Bibliophile et écrivain

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Gabriel Naudé, né le 2 février 1600 à Paris et mort le 10 juillet 1653 à Abbeville, est un bibliothécaire français, un lettré et libertin érudit, un théoricien de la raison d'État et un polymathe.

Gabriel Naudé naît au début du mois de février 1600 dans la paroisse Saint-Méry à Paris. Élevé dans une famille relativement modeste, ses parents s'efforcent de lui offrir la meilleure éducation possible pour satisfaire sa soif de connaissance et son goût précoce pour la lecture. Son père Gilles Naudé possède un petit office au bureau des finances ; sa mère Marguerite Descamin ne sait pas lire. Son oncle en revanche, Pierre Nodé, s'est élevé grâce à l'Église : appartenant à l'ordre des Minimes, il préside plusieurs années le chapitre de Paris.

Dès son jeune âge, Naudé intègre une communauté religieuse où il apprend les bases du latin et les principes du christianisme. Il étudie successivement dans les meilleurs collèges de Paris (collège du cardinal-Lemoine, collège d'Harcourt, collège de Navarre et collège de Montaigu) grâce au soutien financier de Gabriel de Guénégaud, trésorier de l'Épargne et parrain du garçon. À Navarre, il suit les cours du sceptique Pierre Belurgey, dont il avouera qu'ils l'ont beaucoup marqué en l'ouvrant à la critique des superstitions. Belurgey est prisé par son élève pour ses cours de rhétorique, sa passion pour les figures de Homère et d'Aristote et son indifférence quant aux religions. L'aristotélicien Jean-Cécile Frey participe également à la formation philosophique du jeune Naudé au collège de Montaigu, où il donne des cours de philosophie naturelle en y abordant les curiosités nouvelles de l'époque comme la cosmographie, le celtisme et l'ésotérisme.

Naudé lit les auteurs tant modernes qu'anciens, dit particulièrement apprécier Jean Bodin, Michel de Montaigne et Pierre Charron. À force de recopier dans ses carnets de nombreux textes qu'il n'a pas les moyens d'acheter, il se constitue rapidement une petite bibliothèque personnelle. Après l'obtention de son titre de maître ès arts, il fréquente le collège de Clermont où il suit les cours des jésuites Denis Pétau et Nicolas Caussin. Son entourage lui conseille de tenter d'obtenir le titre de docteur en théologie — l'Église demeurant le meilleur moyen de s'établir socialement pour un jeune issu d'une famille modeste — mais Naudé choisit finalement la médecine, lui qui préfère « […] les réalités aux subtilités théologiques ». C'est au cours de ces études qu'il rencontre un jeune homme qui demeure son ami sa vie entière, Guy Patin.

La réputation de Naudé s'établit rapidement. Sa très grande culture encyclopédique et son talent de bibliographe sont reconnus et il publie en 1620, à ses frais, en signant « G.N.P. » Le Marfore ou Discours contre les libelles. Dans cet opuscule, il prend la défense du connétable de Luynes contre les pamphlets qui l'attaquent : sa très bonne connaissance des textes anciens lui permet d'utiliser de très nombreuses citations afin de s'opposer aux démagogues qui ruinent l'autorité du roi, « volent et desrobent la bonne renommée de leur prince, aigrissent les esprits de ses peuples contre luy et taschent par ces pommes de discorde de les preparer à une gigantomachie et rébellion manifeste, ou comme ces hommes de Cadmus à se ruiner eux mesmes par tumultes et seditions ».

Aussi est-il appelé en 1622 par Henri de Mesmes, président à mortier au parlement de Paris pour s'occuper de sa bibliothèque privée, une des plus belles de l'époque, riche de huit mille volumes, dont de nombreux manuscrits latins et grecs. À cette occasion, il rencontre des penseurs comme Grotius. En 1626, il part à Padoue, capitale de l’aristotélisme et du libertinage érudit. La mort de son père, en 1627, l’oblige à rentrer à Paris. Il reprend ses études de médecine et ses fonctions de bibliothécaire auprès du président de Mesmes. C’est pour lui qu’il publie un Advis pour dresser une bibliothèque. Il est introduit dans le cercle de Jacques Dupuy, lettré érudit. C’est là qu’il rencontre de nombreux esprits libres (libertins érudits), comme La Mothe Le Vayer et Gassendi. Tous se reconnaissent des maîtres communs : Cicéron, Sénèque, Pline, Plutarque, Montaigne, Charron, et partagent la même hostilité à l’intrusion du surnaturel dans les sciences, que ce soit celui de la métaphysique chrétienne ou celui de l’occultisme et de la magie. Dans cet esprit, ils soutiennent des hommes comme Galilée ou Campanella.

En 1628, Naudé est élu par la faculté de médecine de Paris pour accomplir un discours d’apparat en latin. Prenant la forme d’une commémoration élogieuse, ce discours que l’on nommait la paranymphe était d’usage à la fin du parcours des candidats à la licence. Charles-Augustin Sainte-Beuve raconte l’événement dans son livre dédié à la vie de Gabriel Naudé :

« Avant de leur décerner le bonnet doctoral ou, comme on disait, le laurier, et de les lancer dans le monde, la Faculté, en bonne mère, les faisait louer et préconiser en public. Ils étaient neuf cette fois, parmi lesquels des noms plus tard célèbres, Brayer, Guenaut, Rainssant. »

La harangue de Naudé se démarque si bien à côté des huit autres panégyriques qu’elle est immédiatement publiée sous le nom De antiquitate et dignitate scholae medicae Parisiensis panegyris.

En 1631, Naudé est engagé comme bibliothécaire par le cardinal Bagni, qui l’emmène, avec Bouchard, à Rome. Au début de 1632, Naudé est coopté membre de l'Accademia degli Umoristi sur proposition d'Allacci, et se lie d'amitié avec plusieurs érudits italiens, entre autres, Cassiano dal Pozzo, Giovan Battista Doni, Secondo Lancellotti, Luigi Novarini.

En 1633, il obtient son doctorat de médecine à Padoue ; en cette occasion Allacci compose, pour faire honneur à Naudé, un poème grec publié avec des traductions latines de Bartolomeo Tortoletti et Giovanni Argoli sous le titre Iatro-Laurea Gabrielis Naudaei Parisini … inaugurata graeco carmine.

Le doctorat lui permet, en 1633, d’avoir le titre de médecin ordinaire de Louis XIII.

Le cardinal Bagni meurt en 1641. En 1642, Naudé quitte Rome pour Paris et entre bientôt au service de Mazarin : il consacre alors l’essentiel de son temps à la bibliothèque de son nouveau maître. Fréquentant aussi bien les arrière-boutiques poussiéreuses de fripiers que les bibliothèques de l'Europe entière pour acheter des ouvrages, cette activité lui vaut le surnom de « grand ramassier » de livres. Naudé réussit, à partir de rien, à créer une bibliothèque de 40 000 volumes, en partie dispersée pendant la Fronde, puis reconstituée par le successeur de Naudé après 1653, François de La Poterie, bibliothèque finalement léguée au Collège des Quatre-Nations et réduite à 29 200 ouvrages.

En 1652, la reine de Suède, Christine, l’appelle à son service. Il part, le 21 juillet 1652, rejoindre la cour de Stockholm. Et il se met au travail pour ordonner la bibliothèque de la reine. Mais la rudesse du climat l’oblige à partir. Saisi par les fièvres, il s’arrête à Abbeville où il meurt, le 29 juillet 1653.

En 1639, Gabriel Naudé fit paraître son ouvrage Considérations politiques sur les coups d’État, petit traité de machiavélisme appliqué (destiné au cardinal Bagni, son patron du moment), qui fut publié, de manière confidentielle, à Rome : une douzaine d'exemplaires, suivant l'auteur lui-même, mais sans doute un peu plus. Une seconde édition parut en 1667.

Naudé y explique que les « coups d'État » peuvent

« marcher sous la même définition que nous avons déjà donnée aux maximes et à la raison d'État, qu'elles sont un excès du droit commun, à cause du bien public, ou pour m'étendre un peu davantage en français, des actions hardies et extraordinaires que les princes sont contraints d'exécuter aux affaires difficiles et comme désespérées, contre le droit commun, sans garder même aucun ordre ni forme de justice, hasardant l'intérêt du particulier, pour le bien du public. »

Il développe plusieurs exemples, en particulier celui du massacre de la Saint-Barthélemy, pour illustrer sa définition du « coup d'État ». Il juge que le massacre ordonné par le roi Charles IX était « très juste, et très remarquable », de la même façon qu’il justifie le meurtre des Guise à Blois en 1588, ces deux événements formant d’après lui des modèles de coups d’État.

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