Gabriel Le Coat de Kerveguen, né le 10 mars 1800 à Saint-Pierre (La Réunion), et mort le 4 mars 1860 à Paris, est un aristocrate français, richissime planteur et industriel esclavagiste de l'île de La Réunion.
Louis Marie Gabriel Le Coat de Kerveguen est le fils de Denis Le Coat de Kerveguen (1776-1827), Breton né à Landerneau (Finistère), neveu de Jacques-Yves Le Coat de Saint-Haouen, et cousin de Yves Le Coat de Saint-Haouen.
Fuyant la Révolution française, Denis Le Coat de Kerveguen débarque à La Réunion en 1796 sur la frégate La Régénérée. Il s’établit comme commerçant dans la partie sud de l’île, vend du blé et de la toile, notamment la fameuse toile de Guinée, bleu indigo, qui sert à la confection des vêtements des esclaves sur toutes les plantations, ou « habitations ».
Il se marie successivement à deux héritières locales. Une première fois en 1799 à Saint-Pierre avec la créole Angèle Césarine Rivière (1777-1815), fille d'un capitaine de la milice, membre de la bourgeoisie locale. La dot se compose de 12 000 livres tournois et une quinzaine d’hectares de terres agricoles (les propriétés de Manapany et Saint-Joseph). C'est de cette union que naît Gabriel, le 10 mars 1800, à Saint-Pierre.
Expansion phénoménale du riche héritier
Le 14 janvier 1827, à la mort de son père âgé de 51 ans, Gabriel hérite à 27 ans d'une centaine d’esclaves (comptabilisés dans la succession), de 330 hectares de champs cultivés en cannes à sucre et en épices (dont le domaine des Casernes à Saint-Pierre), et d'une fortune de plus de 1,2 million de livres.
En 1831, il épouse une riche créole, Anne Marie Chaulmet (1816-1836), qui lui apporte en dot le domaine de la Ravine des Cabris. Cette manne providentielle lui permet de se lancer dans la culture de la canne à sucre dans les hauts de Saint-Pierre.
En quelques années, Kerveguen devient un des plus gros acheteurs de terres de La Réunion. De mi-février 1835 à mars 1837, il achète plus de 100 parcelles du côté du Tampon, dont la sucrerie de Bel-Air. Dans les années suivantes, il se constitue un domaine immense, qui va des hauts de Saint-Louis aux hauts de Saint-Pierre, allant même jusqu'à posséder une immense partie de la Plaine des Cafres.
Il devient ainsi le plus gros acheteur foncier de l'île. De moins de 100 ha en 1828, son domaine passera ainsi à 628 ha en 1830, puis à 2 128 ha en 1840, 3 127 ha en 1848 et dépassera les 5 000 ha en 1860.
Pour ses enfants, il s'aventurera plus à l'ouest afin de leur acheter des parcelles au-dessus de Saint-Louis.
En 1829, afin de pouvoir transporter directement ses marchandises sans avoir à louer de navires à un armateur, Kerveguen et son frère Augustin développent une entreprise d’import-export en achetant un premier navire, Le Renard. Ils font ensuite construire le Gabriel, puis la Joséphine et enfin l’Emilie-Ezilda Au sein de la société de navigation Kerveguen Desrieux & Compagnie, ces navires font la liaison entre le port de Saint-Pierre, et ceux du Havre, de Nantes et de Bordeaux, afin d’exporter directement le sucre et le café de La Réunion. Les navires de Kerveguen font également des allers-retours depuis la Réunion jusqu’à Madagascar, l’Inde et la Chine.
Kerveguen bénéficie aussi un quasi-monopole sur l’importation des tissus (taffetas, draps, gaze, mousseline, chapeaux), ainsi que sur la quincaillerie, la parfumerie, la sellerie et certains (champagne, whisky, bière). Pour stocker ses marchandises, il fait construire plusieurs entrepôts. Trois à Saint-Pierre (dont l'entrepôt Kerveguen), un autre à Saint-Joseph, un à l’Étang-Salé, un à Saint-Leu, un à Champ-Borne et un dernier, le plus important, à Saint-Denis, à l’angle des rues de l’Intendance et du Commerce.
Dans les années 1850, il fait construire trois « marines », débarcadères en pierre destinés à approvisionner directement par la mer ses usines et ses magasins de Saint-Philippe, Manapany, Vincendo et Langevin. Il a également le projet de construire un véritable port dans la rade de Saint-Pierre. Jusqu'alors, les 400 navires reçus chaque année mouillent au large, et les chargements et déchargements s'effectuent par canots. En 1853, il obtient du gouverneur Hubert-Delisle le déblocage des fonds nécessaires pour la construction d'une première darse, dont les travaux commencent en 1854. Toutefois, la houle et la nature rocheuse du terrain ralentissant la construction, Kerveguen ne verra pas le port complètement achevé.
Jusque dans les années 1840, il n'y a pas de véritable système bancaire à Bourbon. Les emprunteurs doivent se tourner vers les riches marchands et les industriels du sucre. Grâce à ses propriétés, Kerveguen s'est considérablement enrichi. Il prend de nombreuses hypothèques sur des domaines, permettant aux colons sucriers de rester à flot. Également, il emprunte à taux très bas, puis prête à des taux d'intérêt oscillant entre 12 et 16 %. Générant des bénéfices conséquents, Kerveguen devient l'un des plus gros prêteurs de l'île (les sommes moyennes prêtées allant de 15 000 francs en 1830, à presque 100 000 francs en 1850). En cas de non-remboursement, les notaires et les avocats de Kerveguen font procéder à des expulsions, et saisissent les propriétés des débiteurs.
Kerveguen cherche aussi à moderniser le système bancaire de l'île, et contribue à la fondation de la Banque de la Réunion (4 juillet 1853). Il est aussi l’un des premiers actionnaires de la Caisse d’Épargne et de Prévoyance de l’île (1854), ainsi que l’un des initiateurs du Crédit foncier colonial (1860).
Quand la Convention montagnarde abolit une première fois l'esclavage en 1794, les notables de Bourbon en empêchent son application. Le système esclavagiste sur l'île est donc toujours en vigueur quand Napoléon rétablit l'esclavage en 1802.
En 1818, la traite négrière, mais pas encore l'esclavage, est officiellement interdite en France (même si des opérations de traite illégales se poursuivent). Puis, en 1834, les Britanniques abolissent complètement l’esclavage dans leurs colonies, notamment les voisines de Maurice et Rodrigues.
En 1845 en France, des ordonnances assouplissent le système esclavagiste en interdisant les châtiments corporels ou encore la mise aux fers. Deux ans plus tard, un des esclaves de Kerveguen se permet alors de porter plainte contre son maître pour excès de travail, châtiments et brutalité. Dans une lettre adressée au Procureur du roi par Gabriel Le Coat de Kervéguen, ce dernier argue les ordonnances de 1845 pour justifier l'indiscipline des esclaves, et demande ainsi de ne pas tenir compte de la plainte à son encontre. Il y fustige aussi leur « nature révolutionnaire », et « la notion de liberté » qu’ils invoquent quand ils affirment que « le travail doit être rémunéré ».