Gérard de Toul est le 33e évêque de Toul titulaire de 963 à 994. Le saint lorrain canonisé en 1051 est mort au palais épiscopal de Toul le 23 avril 994. Il était fêté le jour du 23 avril dans le diocèse de Toul et le 24 avril dans le diocèse de Nancy et le diocèse de Saint-Dié ainsi que le 21 octobre, jour anniversaire de la translation de ses reliques en 1051. Au « très saint évêque Gérard », comme le plus célèbre et populaire des pontifes toulois[réf. souhaitée], ont été attribués plusieurs documents faux.
Un successeur à l'épiscopat de Toul
Gauzelin, ancien notaire de la chancellerie royale au temps de Charles le Simple, est évêque de Toul dès 922. Il porte mitre et crosse pendant quarante ans. Ce réformateur de l'abbaye de Saint-Èvre et fondateur de l'abbaye Saint-Mansuy et l'abbaye de moniales à Bouxières-aux-Dames, garant de la pérennité de ce vaste diocèse en partie menacé, disparaît le 7 septembre 962. La cité touloise ne parvient pas à proposer un successeur digne d'être présenté au roi de Germanie, elle craint de froisser le pouvoir. Ses chanoines demandent l'intercession du jeune frère du roi de Germanie Othon Ier alors en Italie, Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie. L'archevêque de Cologne qui est le premier personnage public de Lotharingie est aussi à la tête de la régence provisoire du Nord de l'imperium saxon.
Le doyen du chapitre cathédral de Saint-Pierre de Cologne lui propose un jeune chanoine, cellérier de son chapitre. Gérard consulté par son supérieur refuse. Brunon insiste pour qu'il accepte la succession de Gauzelin. Il est fort possible que Brunon ait accepté de garantir le montage financier de l'élection que la famille de Gérard pourrait hésiter à couvrir. Remarquons que l'initiative de nomination de Brunon ne concerne que Toul. L'épiscopat de Metz, vacant peu après et pendant trois années, n'est attribué qu'après le retour du souverain Othon à Thierry Ier, cousin de la lignée impériale. Toul est une cité périphérique, d'une importance mitigée. Il lui faut trouver un bon organisateur fidèle à la famille impériale saxonne.
Gérard, en réalité Gerard(h)us en latin d'église et Gerhard(t) en langue tudesque de ses ancêtres, naît à Cologne en l'an 935. D'après ses hagiographies, ses parents de grande noblesse, eux-mêmes exemplaires, Ingramne et Emma, veillent à donner à l'enfant une solide éducation savante et chrétienne. Élève du Chapitre auprès de la cathédrale, il se sent rapidement appelé à la vie sacerdotale. Une fois devenu prêtre, cet homme remarquable par son humilité aurait poursuivi ses études et prêché dans les paroisses de la ville, tout en accomplissant les tâches de cellérier du chapitre.
Dans cette approche descriptive qui gomme l'âge, Gérard ne peut que devenir un candidat idéal à 28 ans. Il est inconnu lorsque le chapitre de Toul envoie une délégation à l'archevêque de Cologne afin de donner un successeur à feu Gauzelin, leur évêque. Le conseil de Brunon à Cologne ne peut que valider ce choix, à l'unanimité. La surprise du pieux Gérard et son premier refus par humilité, avant son acceptation contrainte, semblent logiques.
Un pan de la vie religieuse et politique est irrémédiablement effacé dans ce récit. L'historien n'a aucune preuve que le chanoine Gerardus soit déjà prêtre. Mais il devra être dûment ordonné avant de recevoir la crosse épiscopale. Pour la commodité du prêche et des visites pastorales, il devra apprendre les différentes langues romanes de son diocèse.
Le médiéviste peut concevoir que le candidat soit d'une famille à la fois honorable, recommandée par ses services à la maison saxonne et suffisamment fortunée pour assumer les frais de l'élection. Il peut douter à bon droit de l'effacement de concurrence de grandes familles touloises ou lotharingiennes. L'hostilité radicale de quelques familles comtales est connue pendant l'épiscopat de Gérard. L'investissement de la charge, à la fois financier et humain, réclame une bonne disposition à long terme de la famille de Gérard et de nombreux appuis. Ancelin ou Azelin, frère de Gérard, est comte de Toul après la mort du comte Wido. Les archives mentionnent : Azelinus, comites tullensis, fratris Domini Pontifucis. La gestion et la défense temporelle de l'évêché représentent une partie capitale pour assurer la permanence de l'évêché dans un monde en rivalité.
Gérard est sacré le 29 mars 963 par l'archevêque métropolite à Trèves. Il devient ainsi le 33e évêque de Toul.
Vie et œuvre d'un évêque othonien
Sur de grands plans, Gérard s'affirme en continuateur de Gauzelin. Des éléments hagiographiques lui font porter un regard sceptique sur les actes de son prédécesseur. Mais il finit par se convaincre d'une bienheureuse élection post mortem de Gauzelin auprès de saint Apollinaire. La tradition orale rapporte que Gauzelin, généreux prélat et bon vivant, était assez dépensier, souvent hâbleur et habile à la louange sur ses succès de gestion épiscopale. Loin de sa bonne parole, il aurait laissé l'évêché dans un triste état financier et pratiquement dépourvu de ressort diplomatique et politique. Beaucoup de ses fondations sont d'ailleurs incomplètes. Gérard s'efforce de clore avec difficulté ses entreprises. Lucide, il tente en vain de redresser le prestige et le poids politique de l'évêché dont les pouvoirs temporels sur le diocèse se sont émiettés depuis trois siècles.
Fidélité à la famille régnante
Les diplômes attestent que Gérard a multiplié les visites de révérence au souverain. En 965, il est présent à la diète de Cologne et obtient le 2 juin d'Othon la confirmation des biens des abbayes de Saint-Èvre, Saint-Mansuy et des Dames de Bouxières. En 975, il obtient d'Othon II, après son couronnement, la restitution à son église du petit chapitre de Saint-Dié. Peu après la mort du souverain, le 7 décembre 983, il se recueille sur son tombeau et affirme son soutien au conseil de régence et à la chancellerie impériale. Il en obtient confirmation de la précédente donation contestée par des rivaux. Le voyage à Rome en 983 et surtout le retour début 984 a été long et pénible. Vieillissant et ne se déplaçant plus guère en dehors de son diocèse, il maintient par une abondante correspondance auprès du clergé la légitimité d'Othon III, enfant retenu captif par le duc de Bavière.
Nous n'avons qu'une faible connaissance des services divers qu'il rend au pouvoir saxon. Sa fidélité à la dynastie régnante semble sans faille. Il exécute le programme religieux de l'archevêque de Cologne Brunon qui exige un rapprochement, voire une uniformisation des cultes lotharingiens, induisant la faveur de quelques puissants centres rhénans ou mosellans, Cologne, Mayence ou Trèves. Gérard récompense en pieuses informations ou en saintes reliques glanées çà et là les sanctuaires de sa région natale de Cologne, également chère à Brunon. Il expédie par exemple la quasi-totalité des reliques de saint Élophe à Cologne. L'évêque de Toul aurait fait trois parts des restes de saint Élophe à Solimariaca, chaque tiers à l'usage respectif de Toul, Cologne et du lieu-sanctuaire. Mais la translation du 16 octobre demeure un véritable larcin selon la tradition locale.
Une lutte temporelle incessante
Sous couvert de fraternité ou d'amitié déclarée, les relations avec les ducs de Haute-Lotharingie et les autres prélats, à commencer par Thierry Ier, évêque de Metz, sont délicates et dangereuses.
Les premiers cherchent à constituer avec une férocité aiguillonnée par leurs échecs répétés, une principauté sous leur allégeance exclusive. Le duc Frédéric Ier, duc de la Haute Lotharingie dès 959, se montre d'abord menaçant. Puis il cherche à se rapprocher de Gérard en position délicate et en quête de paix. En octobre 968, Gérard obtient restitution à son chapitre des territoires de l'ancienne abbaye Saint-Martin à Saint-Martin-sur-Meuse.
Frédéric projette d'ériger un château sur le promontoire de la ville de Bar afin de contrôler la vallée de l'Ornain. Or les terres convoitées appartiennent à l'église de Toul. Les deux protagonistes soldent provisoirement leurs nombreux conflits en s'accordant sur un transfert de biens. Gérard prend des domaines du duc, qu'il redonne en précaire au duc avec la ville et le promontoire. Mais, en 973, les abus de la maison d'Ardennes sont telles que Gérard fait confirmer avant d'agir les biens et privilèges de son église par le nouveau roi Othon II.