Geert ou Gerard de Kremer, connu dans la République des Lettres sous son nom latinisé de Gerardus Mercator et dans les livres français sous celui de Gérard Mercator, né le 5 mars 1512 à Rupelmonde et mort le 2 décembre 1594 à Duisbourg, est un mathématicien, géographe et cartographe flamand, inventeur de la projection cartographique qui porte son nom.
Pionnier dans l’histoire de la cartographie, il est considéré comme l’un des fondateurs et l’un des membres les plus éminents de l’école de cartographie flamande du XVIe siècle, avec Gemma Frisius et Abraham Ortelius. Réputé en son temps pour son activité de fabrication de globes et d’instruments scientifiques, il est aussi graveur de cartes et calligraphe. Auteur de nombreux écrits géographiques, philosophiques, théologiques, chronologiques, il est le premier à employer le terme « atlas » pour désigner un recueil de cartes.
En 1935, l'Union astronomique internationale a donné son nom à un cratère lunaire et plus tard à l'astéroïde 4798.
Gerardus Mercator (de son nom de naissance Geert ou Gerard [de] Kremer ou Cremer) est le septième enfant d'Hubert et Emerance Kremer, artisans cordonniers. Il naît le 5 mars 1512 à Rupelmonde, un village situé au sud d'Anvers, dans les Pays-Bas habsbourgeois (aujourd'hui en Région flamande de Belgique). Ses parents étaient originaires de Gangelt dans le duché de Juliers (Saint-Empire romain germanique). À sa naissance, ils rendaient visite au prêtre Gisbert de Kremer, frère (ou oncle) d'Hubert. Leur séjour à Rupelmonde est de courte durée, et la famille retourne six mois plus tard à Gangelt où Mercator passe les premières années de sa vie jusqu'à l'âge de huit ans. En 1518, la famille Kremer retourne à Rupelmonde, poussée probablement par la détérioration des conditions de vie à Gangelt où sévissent famine, peste et anarchie. Mercator fréquente probablement l'école de Rupelmonde à partir de l'âge de sept ans, où il apprend la lecture, l'écriture, ainsi que les bases de l'arithmétique et du latin.
Années d'écoles à Bois-le-Duc (1526-1530)
À la mort d'Hubert en 1526, Gisbert devient le tuteur de Geert. Espérant qu'il devienne prêtre, il l'envoie, à 15 ans, faire ses études dans la célèbre école des Frères de la vie commune à Bois-le-Duc, dans le duché de Brabant. Fondée par le charismatique Gérard Groote, cette communauté propose un enseignement mettant l'accent sur l'étude de la Bible, parfois en désaccord avec les dogmes de l'Église catholique, proche des nouvelles idées exposées par Martin Luther depuis 1517. Ces préceptes marquent Mercator pour le restant de sa vie.
Université de Louvain (1530–1532)
Mercator fréquente ensuite l’Université de Louvain (comme l’indique le registre matricule de 1530 comportant son nom latin), établissement où enseigne Gemma Frisius. Il loge dans un des collèges d’enseignement, le Collège du Château. S’il est considéré comme pauvre, il côtoie des étudiants issus de grandes familles. Certains de ses condisciples, comme André Vésale, Antoine Perrenot, ou George Cassander avec lesquels il conserve toute sa vie des liens d’amitié, ont exercé par la suite de brillantes carrières.
Mercator est reçu maître ès arts de l’université en octobre 1532.
L’enseignement dispensé à Louvain, conforme à la scolastique conservatrice, donne une prépondérance à l’autorité d’Aristote et se concentre principalement sur l’apprentissage de la philosophie, de la théologie et du grec. Alors que le quadrivium s’est développé à la Renaissance, l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique y sont négligées au profit de la théologie et de la philosophie. C’est pourquoi Mercator doit étudier ces disciplines en autodidacte dans les années qui suivent.
Après l’obtention de la maîtrise, la poursuite normale du cursus aurait dû conduire Mercator dans l’une des quatre facultés de Louvain : théologie, médecine, droit canon ou droit romain. Pourtant, il ne persiste pas dans cette voie et préfère s’installer à Anvers pendant deux ans.
C’est à cette époque qu’il fait la connaissance du moine franciscain Franciscus Monachus (en), qui vit au monastère de Malines où il a constitué une collection de cartes. Avec l’aide du graveur Gaspar van der Heyden (en), Monachus vient de réaliser un globe pour Jean Carondelet, conseiller de Charles Quint.
Cette rencontre déterminante consolide la vocation de Mercator pour la cartographie. Comme il l’écrira plus tard : « Depuis ma jeunesse, la géographie a été mon premier sujet d’étude ».
Vers la fin de l’année 1534, alors qu’il est âgé de 22 ans, Mercator retourne à Louvain. Sous l’égide de Gemma Frisius, de quatre ans son aîné, il se consacre à l’étude de la géographie, des mathématiques et de l’astronomie. Il apprend également à fabriquer des instruments de mesure. Mercator obtient par ailleurs la permission de l’université pour donner des cours de mathématiques.
Gemma Frisius et Gaspar Van der Heyden (en) avaient déjà réalisé un globe terrestre en 1529. En 1535, ils associent Mercator à la fabrication d’un nouveau globe intégrant les dernières découvertes des explorateurs européens. Gemma Frisius s’occupe des calculs mathématiques, Van der Heyden des gravures de cartes, et Mercator du texte des cartouches (où sa signature apparaît pour la toute première fois). Achevé en 1536, ce globe terrestre est complété l’année suivante par un globe céleste.
Mercator acquiert ainsi une solide réputation auprès des professeurs, marchands, prélats et aristocrates qui lui commandent des globes, des instruments et des cartes. Il obtient la protection de figures éminentes, parfois proches de l’Empereur, comme celle de son ancien condisciple Antoine Perrenot et de son père Nicolas Perrenot, ce qui contribue à sa réputation et facilite son succès.
Mercator épouse Barbara Schellekens en septembre 1536. De leur union naîtront six enfants, dont Arnold, Bartholomeus et Rumold.
En 1537, fort d’une expérience cartographique approfondie et maître de nouveaux savoir-faire grâce à sa collaboration avec Gemma Frisius, il conçoit, dessine et grave sa toute première carte : la carte de la Terre Sainte. Elle est dédiée à Franciscus van Cranevelt, membre du Grand Conseil de Malines.