Ce Jour-là

Fusillade de la rue d'Isly

Épisode de la guerre d'Algérie

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La fusillade de la rue d’Isly, appelée aussi le massacre de la rue d'Isly est une répression sanglante menée par l’armée française contre des civils européens (pieds-noirs) manifestant leur opposition aux accords d'Évian, qui prévoyaient l'indépendance de l'Algérie. Elle a eu lieu le lundi 26 mars 1962 devant la Grande Poste de la rue d'Isly (aujourd'hui rue Larbi Ben M'Hidi) à Alger, département d'Alger.

Ce jour-là, des civils européens d’Algérie opposés à l’indépendance et favorables au maintien de la souveraineté française sur le territoire, manifestent et sont décidés à forcer les barrages des forces de l'ordre qui exerçaient un blocus du quartier de Bab El-Oued en état de siège et fouillaient avec violence les habitations (saccages, morts) à la suite de la mort de sept appelés du contingent tués par des éléments de l'OAS au cours d'un accrochage. La foule des manifestants est mitraillée durant une quinzaine de minutes par des soldats de l'armée française. Le bilan est de plusieurs dizaines de morts et 200 blessés. Le fait déclencheur de ce massacre n'a jamais été éclairci. Les images de la fusillade ont été censurées en France et l’événement est longtemps resté peu évoqué dans l’espace public.

L’événement a fait l’objet d’une reconnaissance officielle tardive, notamment par une déclaration d'Emmanuel Macron en 2022.

Le 18 mars 1962, le président Charles de Gaulle annonce à la télévision le cessez-le-feu et la fin des opérations militaires françaises en Algérie, résultant de la signature des accords d'Évian.

En réponse à cette déclaration, le 20 mars, le général Salan, chef de l'Organisation armée secrète (OAS), appelle les combattants de son organisation à « harceler toutes les positions ennemies dans les grandes villes d'Algérie » et ceux des forces armées, musulmans et européens à le rejoindre. Son objectif est de contrer la mise en œuvre des accords, en provoquant le soulèvement commun des Européens et musulmans d'Algérie et des unités de l'armée française qui rejettent la sécession de l'Algérie par rapport à la métropole. À Alger, l'OAS se barricade dans le quartier de Bab El Oued et en interdit l'entrée à l'armée française.

Le 23 mars à 10 h, place Desaix, un camion militaire dérape sur la chaussée rendue glissante par des jets d'huile. Des appelés du contingent du train refusent de donner leurs armes à un commando OAS. Un soldat musulman prend peur et tire sur ces éléments de l'organisation, qui ripostent : sept appelés du contingent du train sont tués et onze du 360e CIT de Beni Messous sont blessés. Dans la journée, Bab El Oued est encerclé par l'armée française et les combats qui s'engagent contre l'OAS, avec utilisation d’avions T6 de l'armée de l'Air pour mitrailler les terrasses : 15 morts et 77 blessés parmi les forces de l'ordre, et 20 morts et 60 blessés environ parmi les civils, dont une fillette de dix ans (Ghislaine-Louise Grès). Un blocus est mis en place par l'armée autour du quartier et celui-ci est fouillé maison par maison. Selon le préfet Vitalis Cros, 3 309 hommes sont placés en « centres de transit », 7 418 appartements perquisitionnés. Pour tenter de rompre ce blocus, l'OAS lance un appel à la grève générale et organise une manifestation appelant la population européenne d'Alger à se rendre à Bab El Oued. Le trajet principal passe devant la Grande Poste, à l'entrée de la rue d'Isly.

Le maintien de l'ordre était assuré par l’armée qui avait reçu de Paris la consigne de ne pas céder à l'émeute. Pour le général Capodanno, commandant le secteur d'Alger, cette manifestation a un caractère insurrectionnel : « Nous sommes en période insurrectionnelle, toute manifestation est maintenant un mouvement insurrectionnel ordonné dans un but insurrectionnel ». Le début de la manifestation semble s'être déroulée sans violence.

Malgré une interdiction de la manifestation par le préfet de police, Vitalis Cros, plusieurs milliers de manifestants se rassemblent, dont des femmes et de jeunes adolescents. Les manifestants purent tout d'abord franchir les barrages formés par des cordons dispersés de soldats.

Le barrage à l'entrée de la rue d'Isly était tenu par 45 tirailleurs du 4e RT du colonel Goubard, lui-même se trouvant à son PC à plus de 100 km d'Alger. Les tirailleurs sont des soldats et, équipés comme tels, ne sont pas formés et adaptés aux missions de maintien de l'ordre. Leur affectation était à Berrouaghia, près de Médéa. Cette consigne est traduite par le commandement de la Xe région militaire aux soldats dirigeant le barrage de la rue d'Isly par : « Si les manifestants insistent, ouvrez le feu » mais nul n’a voulu confirmer cet ordre par écrit. Selon d'autres sources, ces ordres n'auraient pas été transmis. Pour les appelés et les tirailleurs, la manifestation est vue comme un moyen de protéger les coupables de l'assassinat des sept appelés quelques jours auparavant.

Peu après, des coups de feu d'origine inconnue auraient éclaté. Selon les uns des commandos Delta de l'OAS qui profiteraient de la confusion. Selon d'autres une potentielle provocation —, sans qu'une preuve convaincante n'ait pu être apportée. Les militaires ouvrent le feu et mitraillent la foule et sans plus obéir aux ordres de « Halte au feu » et les rafales durent plus d'un quart d'heure. Selon certains témoignages, le servant du fusil mitrailleur du 4e RT aurait longuement « arrosé » les manifestants. Les tirailleurs de la rue d'Isly ont tiré 250 munitions de FM, 129 de fusil et 195 de PM, soit, en tout 574 projectiles. Les circonstances exactes de la fusillade et de son origine n'ont jamais été éclaircies.

Le bilan officiel est d'une cinquantaine de morts et 150 blessés selon le Service interministériel des Archives de France, bien que de nombreux blessés meurent à l'hôpital Mustapha, où la morgue est débordée. Aucune liste définitive des victimes n'a jamais été établie. L'association des victimes du 26 mars publie une liste de 62 morts civils. Il n'y a aucun militaire tué au vu du bilan officiel, des archives et des travaux d'historiens. Toutefois en 2003, dans sa contre-enquête Bastien-Thiry : Jusqu'au bout de l'Algérie française, Jean-Pax Méfret avance le nombre de 80 morts et 200 blessés au cours de ce qu'il nomme « le massacre du 26 mars ».

Les images de la fusillade sont diffusées par l'ORTF le 6 septembre 1963 dans l'émission Cinq colonnes à la Une, mais l'événement sera peu évoqué par la suite. Le 12 septembre 2008, la télévision française (France 3) consacre une émission à cet événement méconnu, Le massacre de la rue d'Isly, documentaire de 52 minutes, réalisé par Christophe Weber conseillé par l'historien Jean-Jacques Jordi.

Le massacre sera reconnu le 26 janvier 2022 par le chef de l'État français.

Le site Mémoire des hommes donne une liste nominative de 49 victimes :

Représailles à Belcourt (26 mars)

Des Européens, revenus de leur stupeur, rendent les musulmans responsables de la tuerie. Pour eux, ce sont des agents provocateurs FLN qui l'ont organisée.

La fusillade achevée, ils se « font justice » au quartier de Belcourt où 10 musulmans sont lynchés sur le champ.

Les séquences filmées le 26 mars notamment par la RTBF sont censurées en France et ne seront diffusées que le 6 septembre 1963, dans l'émission Cinq colonnes à la une dédiée à la Rétrospective Algérie.

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