Fulrad ou Fulrade, né en 710 et mort le 16 juillet 784, était le 14e abbé de Saint-Denis. Il était également conseiller et chapelain des rois carolingiens, puis archiprêtre des royaumes d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. Fulrad fut le principal artisan de la fortune immobilière de Saint-Denis. Il obtint d’importants privilèges fiscaux et l’immunité, ce qui devait assurer un développement rapide de l’abbaye. Il fit restituer les biens sécularisés de Charles Martel. Il rattacha enfin au patrimoine de l’abbaye de Saint-Denis ses immenses propriétés en Alsace, Lorraine et en Alémanie, domaines qu’il avait reçus de Pépin le Bref, Carloman et Charlemagne en échange de ses services « d’ordre diplomatique » ainsi que de sa famille ou qu'il avait acheté. Il a été mêlé aux plus grandes affaires du royaume des Francs, dont la soumission du royaume des Lombards et l'avènement de l'empire de Charlemagne.
Fulrad fut sans doute l'un des plus importants personnages du haut Moyen Âge. Il est pourtant resté dans l'ombre, ne recueillant pas les honneurs des manuels scolaires ou des historiens, préférant à la gloire un cheminement plus modeste et tout entier dévoué à l'accomplissement de son idéal et de sa foi. Un travail d'ensemble, certes insuffisant, lui fut consacré au début du XXe siècle. Les chercheurs l'oublient ensuite pendant cinquante ans. Dans les années cinquante et dans les décennies suivantes, Fulrad trouvera quelque grâce, notamment en Allemagne où certains historiens lui consacreront quelques travaux. Son nom est mentionné dans plusieurs dictionnaires biographiques et historiques.
Le père de Fulrad, Riculfe comte d'Alsace, Franc d'origine reçoit probablement d'immenses biens de Pépin le Bref confisqués aux Étichonides qui se trouvaient aux alentours de Kintzheim-Saint-Hippolyte. L'ensemble de ces terres dépendait du domaine « d'Andaldovillare ». Sa mère Ermengarde, femme très pieuse, prend soin de l'éducation de Fulrad. Il a deux frères, Gausbert et Boniface, et une sœur Waldrade. Ses parents jouissaient en Alsace d'une haute considération due à leur haut rang dans la dynastie franque. On prétend aussi qu'il a une certaine parenté avec sainte Odile de Hohenbourg, mais les preuves manquent. Adolescent, il est le témoin des misères et des guerres qui ensanglantent le VIIIe siècle : pays épuisé et ruiné par les Barbares, mœurs légères de l'Église, souffrante ou brimée. Il est décidé à se mettre à son service pour contribuer à sa puissance et apporter son soutien à Pépin le Bref pour redresser le pays en butte aux querelles incessantes. Ce dernier donne le coup de barre voulu, en restaurant la tradition religieuse et en renouant avec l'église et la papauté. Fulrad se lie d'amitié avec saint Boniface de Mayence qui évangélise la Germanie. C'est sur l'insistance de saint Boniface que Fulrad reçoit en l'an 750 le titre d'abbé de Saint-Denis du roi Pépin le Bref. Il le prend comme conseiller et le charge des missions les plus délicates, le nommant grand aumônier, l'une des premières charges de la cour, le personnage le plus en vue après le roi.
Il est originaire d’une riche famille des Pépinides. Il est né en 710 probablement au pays de la Seille (la Mosellane) : l’Austrasie méridionale et non l’Alsace comme on l’a longtemps supposé. Fulrad est « compatriote » des Carolingiens et aussi originaire de la même région que Pépin le Bref. C’est pourquoi celui-ci, avec Carloman, et plus tard Charlemagne, l’ont choisi pour mener des missions délicates. Ses négociations et les services qu’il rendit à l’État et à l’Église le placent comme l’un des personnages les plus importants de son temps. En l’an 750, Pépin le Bref le charge de se rendre à Rome, avec Burchard de Wurtzbourg, consulter le pape Zacharie pour lui demander d’approuver la déposition de Childéric III ainsi que son accession au trône franc. À la suite de la réussite de sa mission, Pépin le nomme abbé de Saint-Denis. Ce choix est également approuvé par le pape Zacharie. Il noue des alliances avec les Francs. Il prendra la succession de Amalbert décédé en 749 jusqu’à sa propre mort en 784. En 755, il rendit au pape au nom de Pépin le Bref l’exarchat de Ravenne et la Pentapole.
L’élection de Fulrad à l’abbaye de Saint-Denis
Comment Fulrad fut-il placé à la tête de l’abbaye de Saint-Denis ? Pépin le Bref lui donna-t-il cette abbaye en récompense des services rendus par lui comme fonctionnaire du palais ? La chose n’est pas impossible et ce n’est pas un fait isolé dans l’histoire de cette époque. Fulrad semble avoir été moine à Saint-Denis et appelé par le choix de ses frères à gouverner l'abbaye. Le nécrologe d'Argenteuil en effet le qualifie de « moine de notre congrégation ». Les religieux de l’abbaye de Saint-Denis avaient le privilège de choisir eux-mêmes et dans la communauté l’abbé qui devait les diriger. Thierry IV avait en 732 renouvelé les chartes de ses prédécesseurs assurant la liberté des élections abbatiales. Pépin devait à son tour les confirmer en 768, et Charlemagne en 778. La règle de Saint-Benoît prescrit du reste que l’abbé soit pris parmi les moines et élu par eux.
À quelle date faut-il placer l’élection de Fulrad ? Le père le Cointe et les Bollandistes d’après lui, croient devoir le retarder jusqu’à l’année 757. Voici leurs raisons : dom Doublet a publié parmi les preuves de son histoire de Saint-Denis une charte accordée le 3 avril 757 à la demande de l’abbé Constramm. Donc à cette date, Fulrad n’était pas encore abbé de Saint-Denis. L’existence de ce diplôme confirme une induction tirée du silence gardé par saint Boniface au sujet de Fulrad. L’archevêque de Mayence, qui joint si soigneusement le titre d’abbé aux noms de ses correspondants qui le possèdent, appelle l’archichapelain de Pépin « son collègue dans le sacerdoce ».
En 754, date de la lettre de Boniface à Fulrad, celui-ci ne devait pas être abbé de Saint-Denis. Le diplôme accordé à Constramm change, aux yeux de ces auteurs cette hypothèse en certitude. Il explique pourquoi les Annales franques disent en racontant l’ambassade à Zacharie : Folradus et non Folradus abbas. Pourquoi la bulle du 23 février 757 permettant à l’archichapelain de fonder des monastères en France ne l’appelle pas abbé de Saint-Denis, mais simplement abbé (probablement des abbayes qu’il a la permission d’établir). Ces arguments paraissent suffisants au père Le Cointe pour déclarer que le nom de Fulrad a été interpolé dans toutes les chartes de l’abbaye de Saint-Denis où il parait avant avril 757. Dom Doublet, qui s’était heurté aux mêmes témoignages contradictoires que le père Le Cointe, avait cependant admis que Fulrad était abbé de Saint-Denis en 750. Les difficultés précédentes étaient pourtant compliquées pour lui par la confusion entretenue par son homonyme qu’on faisait souvent entre l’abbé de Saint-Denis et de Saint-Quentin.
Pendant la longue période où il se trouvait dans les textes le nom de Fulrad, il rencontrait en même temps d’autres personnages portant eux aussi le titre d’abbé de Saint-Denis : Constramm, Maginaire et Fardulf. Une hypothèse ingénieuse lui permit de sortir de l’embarras : il imagina que retenu loin de son abbaye par ses missions diplomatiques, l’archichapelain s’était donné pour remplaçants des vice-abbés, dont les noms se trouvaient dans les diplômes. La distinction des deux Fulrad - sans dissiper toute obscurité - puisqu’un document qualifie Maginaire d'abbé de Saint-Denis du vivant du personnage qui nous occupe - a rendu à peu près inutile la conjecture de Doublet. Quant à la charte qui porte le nom de ce problématique abbé Constramm, inconnu du reste, elle est manifestement supposée. Mabillon l’avait déjà établi au XVIIe siècle. C’est le seul acte qui mentionne à cette date le 3 avril 757, la présence de Pépin à Soissons, le seul qui porte une reconnaissance d’un certain Franco, lequel ne figure pas parmi les chanceliers de Pépin, le seul qui nomme Constramm. De plus, ce diplôme ne présente pas un véritable dispositif : un faussaire malhabile a dû l’improviser pour trancher quelque différend relatif à l’attribution des enfants nés de mariages entre les tenanciers du monastère et des personnes étrangères à ses domaines, mais l’improvisation a été maladroite.