Friedrich Lang, connu sous le nom de Fritz Lang (prononcé : /fʁɪt͡s laŋ/), né le 5 décembre 1890 à Vienne et mort le 2 août 1976 à Beverly Hills, est un réalisateur austro-hongrois, binational allemand par mariage à partir de 1919, et naturalisé américain en 1935.
Inventeur d'un grand nombre de techniques innovantes qui sont devenues autant de standards et lui ont valu le titre de « Maître des ténèbres », il introduit dès 1919 dans le cinématographe une esthétique expressionniste qui fera école et inspirera en particulier le film noir. Son œuvre est traversée de thèmes récurrents : la vengeance, la pulsion de mort qui mine l'individu et la société, la manipulation des foules par un surhomme, la lutte pour le pouvoir, la violence de l'homme pour l'homme, la liberté pour le mal. Celui du double, image d'une inquiétante étrangeté, est présent dans la quasi-totalité de ses films.
La version restaurée et reconstituée de Metropolis, film réalisé en 1925-1926 dans les studios de Babelsberg, est classée au registre international Mémoire du monde de l'UNESCO depuis 2001.
Le désenchantement en héritage
Jeunesse catholique et bourgeoise (1890-1908)
Friedrich Christian Anton Lang naît dans une famille de la bourgeoisie ancienne. Son père, architecte de formation, est un entrepreneur en bâtiment viennois de confession catholique. Il est lui-même baptisé dans la religion catholique, le 28 décembre 1890, sous le prénom Fritz. Sa mère, ashkénaze, née Pauline Schlesinger dans la religion juive, se convertit au catholicisme quand Fritz a dix ans.
Le jeune Fritz manifeste des dons pour la peinture et le dessin, et une grande passion pour les récits d'aventures, fables fantastiques, exotiques et policières. Karl Kraus, Jules Verne et Karl May sont parmi ses auteurs favoris. Tout cela se retrouvera quelques années plus tard, dans ses films. Cédant à la pression paternelle, il suit des cours d'architecture à l'université technique de Vienne.
Peintre en rupture (1909-1914)
En 1908, Fritz Lang abandonne le TU pour l'Académie des arts visuels. En 1909, tout en continuant son apprentissage de la peinture, il décide de rompre avec sa famille et s'installe dans un appartement du huitième arrondissement de Vienne, au 1 Zeltgasse. Pour gagner sa vie, il se fait embaucher comme artiste dans un cabaret.
En 1910, il entame un long voyage en Méditerranée et visite l'Afrique du Nord. À son retour, en 1911, il s'inscrit à l'Académie des arts décoratifs de Munich, ville d'avant garde où la vie étudiante est débridée, mais repart bientôt voyager en Extrême-Orient. Son périple ne se termine qu'en 1913, à Bruxelles. C'est là qu'il découvre le cinématographe.
Cette même année 1913, il rejoint le Paris de Franz Hessel, capitale des arts, et intègre le nouvel atelier que Maurice Denis vient d'aménager à Saint-Germain-en-Laye dans l'hôpital royal désaffecté rebaptisé Le Prieuré. Il gagne difficilement sa vie comme illustrateur de contes et caricaturiste pour des journaux français et allemands. Il a la chance, en juin 1914, de réaliser une exposition de ses œuvres.
À Paris, son intérêt pour le cinéma, né à Bruges, attire son attention sur Louis Feuillade et son Fantômas, dont l'influence se verra dans la série des Mabuse. Du cinéma de cette époque, il déclarera : « Je commençais à envisager que cela me permettrait de ne plus saisir la phase d'un mouvement en un temps d'arrêt, qu'on pouvait traduire le mouvement en images autrement qu'en peinture. » C'est en tant que peintre qu'il saisit l'intérêt artistique qui peut être tiré d'un cinématographe communément perçu comme un divertissement insignifiant et la possibilité de l'utiliser comme un média expressif. Dès lors il s'emploiera à répondre à cette question quasi métaphysique :
« Pourquoi êtes vous si intéressé par une image qui ne dure pas plus longtemps ? »
Fritz Lang est à Paris, où il travaille comme illustrateur, quand le 28 juin 1914 le prince héritier d'Autriche-Hongrie François Ferdinand est assassiné à Sarajevo, que le 31 juillet Jean Jaurès est lui aussi assassiné, et que trois jours plus tard, l'Allemagne et l'Autriche déclarent la guerre, bientôt mondiale, à la France. Fritz Lang, sujet ennemi âgé d'à peine vingt-quatre ans, doit, tel le mari de Marie Laurencin, fuir la France pour ne pas être incarcéré. Il est intercepté à la frontière belge mais parvient à s'évader.
De retour en Autriche, il est incorporé dans l'armée autrichienne, en juin 1915, en tant qu'élève officier et envoyé en formation dans un régiment de réservistes à Luttenberg. Il est logé chez un fonctionnaire, Karl Grossmann, un intellectuel qui l'initie à la photographie et lui fait découvrir de courtes séquences filmées. Désormais lieutenant, il est envoyé en décembre sur le front Est, où il est blessé quelques mois plus tard.
C'est probablement à cause de ses blessures de guerre que Fritz Lang perd son œil droit et devint borgne. D'autres causes sont également avancées, Bertrand Tavernier parle d'une infection à l'œil, d'autres sources parlent d'un accident durant le tournage de Metropolis, d'autant que jeune, il portait un monocle à l'œil gauche. Dans les années 1960, il devint quasiment aveugle. Lang fut souvent classé avec John Ford et Raoul Walsh parmi les « borgnes d'Hollywood ».
À sa sortie de l'hôpital, il est envoyé en convalescence à Vienne. Là, il se met à écrire des scénarios, parfois en moins de cinq jours. En 1917, il rencontre le cinéaste et producteur Joe May, à qui il propose ses scénarios. C'est à cette occasion qu'il rencontre l'actrice Thea von Harbou, qui deviendra sa seconde femme. Fritz Lang devient un scénariste prolifique, capable de s'inscrire dans l'air du temps. Le Mariage à l'Excentric Club est dans la veine du film de détective, en vogue à l'époque en Allemagne, tandis que Hilde Warren et la Mort appartient au genre fantastique. Dans ce dernier film, l'héroïne, à la fois épouse et criminelle, met fin à ses jours juste après que la mort lui a rendu visite.
Avant la fin de l'année, il est renvoyé sur le front. Il tient un journal intime dans lequel il consigne des réflexions désenchantées sur la nature humaine. Blessé une seconde fois en 1918, il termine la guerre en tant que régisseur d'une troupe de théâtre aux armées.