Frederik Ruysch, né le 23 mars 1638 à La Haye et mort le 22 février 1731 à Amsterdam, est un médecin néerlandais, professeur d'anatomie et de botanique à l'Athenaeum Illustre qui deviendra l'Université d'Amsterdam.
Il est surtout connu pour sa collection de pièces anatomiques rares, acquise par le tsar Pierre le Grand, et dont plus de 900 pièces sont encore conservées et étudiées au début du XXIe siècle (Musée Pierre Le Grand de Saint-Petersbourg).
Aux Pays-Bas, la dissection anatomique de cadavres humains est illégale jusqu'en 1555, où elle devient autorisée sur les cadavres d'hommes seulement. Les autorités d'Amsterdam ne veulent pas laisser cette pratique dépendre de la guilde des chirurgiens, aussi nomment-elles un praelector, un docteur d'université ou anatomiste municipal, ayant seul le droit de disséquer un nombre donné de cadavres par an, dont une dissection au moins ouverte au public.
Au début du XVIIe siècle, les Pays-Bas connaissent un profond changement intellectuel, sous l'effet de la Réforme et de l'influence de René Descartes (1596-1650) installé en Hollande à partir de 1629. Le déterminisme de Descartes et sa théorie de l'animal-machine, la découverte de la circulation du sang (1628) par William Harvey encouragent les savants à abandonner la théorie humorale pour développer les techniques de vivissection animale et de dissection humaine. Ce faisant, ils découvrent de nouveaux procédés d'études, de préparations et de conservations des pièces obtenues (« démontage », comme on le ferait en horlogerie, d'une « merveille de la nature »).
Ce nouvel intérêt n'est pas seulement universitaire, il est aussi rite social et loisir privé, favorisé par les subventions des grands marchands d'une puissance commerciale en plein essor. C'est ainsi qu'un petit pays protestant, les Pays-Bas, devient l'épicentre d'une nouvelle pensée scientifique, assumant un rôle dirigeant des idées médicales au cours du XVIIe siècle et de la première partie du XVIIIe siècle.
Frederik Ruysch est le fils d’un secrétaire, fonctionnaire aux États Généraux. La mort prématurée de son père en 1654 fait que sa première jeunesse se passe comme apprenti chez un apothicaire.
En 1661, à l'âge de 23 ans, il est admis à la guilde des apothicaires. La même année, il épouse Maria Post, fille de Pieter Post (1608-1669) célèbre architecte auprès du prince Frédéric-Henri d'Orange (1584-1647). De cette union, deux enfants parviendront à l'âge adulte : Hendrick Ruysch, médecin botaniste comme son père, et Rachel Ruysch (1664-1750) peintre de nature morte florale, elle-même épouse du peintre Juriaen Pool (en) (1666-1745).
Après son mariage, Ruysch fait ses études de médecine à Leyde, université de plus en plus célèbre pour ses travaux et collections anatomiques. Il a pour maîtres Johannes Van Horne (1621-1670) et Franciscus Sylvius (1614-1672), et comme condisciples Jan Swammerdam (1637-1680) et Reinier de Graaf (1641-1673). Il obtient son diplôme en 1664 avec sa thèse De pleuritide (Sur la pleurésie).
Il s'établit comme médecin à La Haye où il est immédiatement confronté à une épidémie de peste (cette peste des Pays-Bas s'étendra à l'Angleterre, grande peste de Londres en 1665).
En 1667, il succède à Jan Deyman (1620-1666) comme praelector d'anatomie et de chirurgie de la ville d'Amsterdam. Il occupera ce poste prestigieux jusqu'à sa mort en 1731. Le rôle de praelector (littéralement maître qui explique en lisant) était alors, non seulement d'être professeur des apprentis-chirurgiens, mais aussi d'être le maître d'œuvre des démonstrations publiques d'anatomie. Ces conférences-spectacles pouvaient attirer non seulement le grand public d'Amsterdam, mais aussi des médecins, princes et monarques de toute l'Europe.
À partir de 1668, il est instructeur en chef des sages-femmes de la ville, Amsterdam est l'une des premières villes d'Europe à contrôler les compétences des sages-femmes. En 1679, il est médecin légiste à la cour d’Amsterdam.
Ruysch est aussi le premier anatomiste d'Amsterdam à disséquer les cadavres de femmes à partir de 1684. En 1685, il est nommé professeur de botanique à l'Atheneum Illustre, future Université d'Amsterdam.
En 1728, il se fracture le col du fémur lors d'une chute accidentelle. Infirme, ne pouvant marcher sans être soutenu, il reste sain d'esprit, et meurt d'une fièvre trois ans plus tard, à l'âge de 93 ans.« Une fort longue vie lui a procuré le plaisir de ne voir aucune de ses pièces se gâter par les ans, et de ne pouvoir fixer un terme à leur durée (...) Les momies de M. Ruysch prolongeaient en quelque sorte la vie, au lieu que celles de l'ancienne Égypte ne prolongeaient que la mort ».
Au XVIIe siècle, les professeurs de médecine font figure de grands personnages, et les artistes-peintres s'honorent de faire le portrait des médecins de renom. Plusieurs portraits de Frederik Ruysch sont ainsi connus dont celui par Juriaen Pool (en) (1694).
De 1603 à 1758, la guilde des chirurgiens d'Amsterdam commande une série de portraits en groupe (leçons d'anatomie), dont les plus fameuses sont celles de Rembrandt (1606-1669) : La Leçon d'anatomie du docteur Tulp (1632) et La Leçon d'anatomie du docteur Deyman (1656). Ces toiles sont conservées au Rijksmuseum Amsterdam, sauf celle de Rembrand (1632) qui est au Mauritshuis de La Haye. Les tableaux de Rembrand montrent un cadavre raide et grisâtre, disséqué par les praelector qui ont précédé Ruysch.
Il existe deux « leçons d'anatomie du docteur Ruysch »: celle d'Adriaen Backer (nl)(1670) et celle de Jan van Neck (1683). Les deux peintres mineurs, qui s'inspirent de Rembrandt et de son clair-obscur, montrent un cadavre rose et relâché, « vivant endormi », dont l'apparence est le résultat d'une préparation effectuée par Ruysch. Il apparait alors que le véritable artiste (reproduction selon nature) est Ruysch lui-même, devant qui les auteurs peintres s'inclinent, en le reconnaissant comme leur maître.
Ruysch fait partie de ceux qui développent le procédé des injections vasculaires permettant de visualiser le trajet des vaisseaux sur le cadavre. Son degré de finesse est tel qu'il parvient à démontrer la vascularisation de la dent, les réseaux capillaires de l'œil ou du cerveau.
Il réussit des préparations de très grande qualité en utilisant de la cire additionnée de cinabre, de colophane et de suif, le tout dilué avec de l'alcool et de la térébenthine. Il découvre ainsi la présence de valves dans le système lymphatique. Il montre que la nutrition des poumons est le fait des artères bronchiques et non des artères pulmonaires. Il conçoit le corpuscule rénal comme une pelote de vaisseaux minuscules (glomérule).