Les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), également appelés Francs-tireurs et partisans (FTP), est le nom du mouvement de résistance intérieure française créé à la fin de 1941 et officiellement fondé en 1942 par la direction du Parti communiste français. Il regroupe les trois organisations armées communistes, indépendantes l'une de l'autre jusqu'en novembre 1941, l'« Organisation spéciale », les Bataillons de la jeunesse et les « groupes spéciaux » de la Main-d'œuvre immigrée (MOI), toutes trois intégrées FTPF, chapeautés par un comité militaire dirigé par Charles Tillon et placés sous la direction du « Front national » fondé par le PCF par un appel publié le 15 mai 1941 dans son quotidien L'Humanité en vue d'un vaste rassemblement patriotique ouvert aux non-communistes pour rallier les différentes composantes de la société française.
C’est uniquement après la rupture du pacte germano-soviétique et l’invasion de l’URSS par les troupes hitlériennes, le 22 juin 1941 que la direction du Parti communiste français clandestin représentée par Jacques Duclos décide, sur ordre de l’Internationale communiste, de mettre sur pied une organisation de lutte armée. En effet, en juillet 1941, le PCF, comme les autres partis communistes d’Europe occupée, reçoit un ordre de Moscou d’entrer dans la lutte armée en organisant des détachements de partisans afin d'organiser une guerre de partisans derrière les lignes ennemies et terroriser l'ennemi. Charles Tillon, qui avait rejoint le secrétariat du parti dans la région parisienne, aux côtés de Jacques Duclos et Benoît Frachon, est chargé de l’organisation de la lutte armée.
Dans l’immédiat, ce sont surtout des vétérans des Brigades internationales en Espagne et des jeunes communistes parisiens qui sont recrutés au titre de l’Organisation spéciale (OS), sous la direction du colonel Jules Dumont, pour former des groupes affectés à la lutte armée. Albert Ouzoulias, responsable politique des Bataillons de la jeunesse, rejoindra plus tard les FTP avec les jeunes qui auront survécu à la traque des Brigades spéciales des renseignements généraux de la préfecture de police de Paris.
Pendant qu’Ouzoulias met sur pied les Bataillons de la Jeunesse, Eugène Hénaff, un syndicaliste de 37 ans qui vient de s’évader du camp de Châteaubriant, déploie une activité intense pour recruter des militants volontaires. « Ça ne se bousculait pas au portillon », a-t-il raconté, en évoquant cette époque. À partir d’octobre 1941, tous les volontaires recrutés par Ouzoulias et Hénaff sont regroupés dans une formation unique, l’OS, dans laquelle Hénaff prend le titre de « commissaire politique » avec Ouzoulias comme adjoint. L’organisation prend ensuite le nom de TP (Travail Particulier). Ce n’est qu’au début de l’année 1942 que le nom de FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) ou plus simplement FTP est adopté.
Dès octobre 1941, la direction du parti avait décidé la création d’un Comité militaire national (CMN), dont Tillon est le chef et dont les premiers membres, outre Hénaff et Ouzoulias, sont Georges Beyer et Jules Dumont.
En fait, Dumont, lieutenant-colonel de réserve, a été « mis au vert » à la suite d'arrestations dont il est tenu pour responsable par imprudence et il ne participe même pas à la première réunion. Il est remplacé au poste de commissaire militaire par Georges Vallet, permanent du parti et ancien commissaire politique dans les Brigades internationales. Hénaff, Ouzoulias et Vallet se rencontrent très fréquemment au début de l’année 1942. Ouzoulias remplace Vallet à partir de mai 1942. Au cours de l’année 1943, Dumont et Vallet sont tous deux arrêtés, torturés et fusillés.
Les réunions du CMN se tiennent d’abord à Palaiseau, à l’ancien domicile de Charles Tillon qui a déménagé à Limours en janvier 1942. À partir d’avril 1942, Marcel Prenant, un biologiste de renom qui n’est que sympathisant communiste, intègre le CMN avec le titre de chef d’état-major. L’idée est de mettre en avant une personnalité assez titrée pour des prises de contact envisagées avec certaines factions de la Résistance non-communistes.
Vers le mois de juin 1942, les réunions du CMN sont déplacées dans un pavillon du hameau de Lozère, très près de la ligne de Sceaux, entre Palaiseau et Orsay. Début 1943, Hénaff doit être mis au vert. Il est remplacé au poste de commissaire politique par Ouzoulias, lui-même remplacé par René Camphin au poste de commissaire militaire. Prenant est arrêté en janvier 1943. Laurent Casanova avait été inséré à l’équipe à la fin de 1943, avec l’idée de l’envoyer représenter les FTP à Alger auprès du CFLN. Trois hommes seront donc restés au CMN pendant toute la durée de vie des FTP : Tillon, Ouzoulias et Beyer.
France d'abord et autres publications
L’une des tâches du CMN, et en particulier de Charles Tillon, est la rédaction du journal des FTP, France d’abord, dont paraîtront 62 numéros, de janvier 1942 à la Libération. Le journal, dont l’exergue est « Chasser l’envahisseur », est destiné aux militants. Il publie des récits de lutte armée, des communiqués militaires, des mots d’ordres. Il existe des éditions régionales de ce bulletin.
Les FTP, dont la vocation est de mener la lutte contre l’occupant, se développent d’abord exclusivement en zone occupée. Ce n’est qu’après novembre 1942 et l’occupation de la zone sud que les communistes entreprennent d’y développer également les FTP. En zone sud, les FTP sont chapeautés par le Comité militaire de la Zone sud (CMZ) dont Tillon reconnaîtra qu’il n’a pas de relations de subordination avec le CMN. Le CMZ siège à Lyon, et ses membres, André Jacquot, Boris Guimpel, Mathieu Puyo et Francisque Jommard, ont été désignés par les représentants du PCF en zone sud, Raymond Guyot et Léon Mauvais. Tillon avait rencontré une fois le responsable du CMZ, André Jacquot, aux Vaux-de-Cernay, avant que ce dernier ne soit arrêté en mai 1944, avec toute l’équipe du CMZ, à la suite d’une infiltration par un agent double de la Gestapo et du Komintern, Lucien Iltis. Seul Boris Guimpel parvient à échapper à la rafle menée par Klaus Barbie.
André Jacquot survivra à la déportation. En plus de l’équipe dirigeante, des dizaines de cadres FTP de la zone sud seront alors arrêtés et torturés. À partir de mai 1944, c’est la direction du PCF en zone sud, qui y assume directement la coordination des FTP.
À partir d’avril 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes, mais restent toujours sous le contrôle des communistes. D’un côté, les règles de la clandestinité conduisent à cloisonner les structures du parti et celles des FTP. Il y a donc une réelle tendance à l’autonomisation, mais celle-ci s’exprime surtout au niveau local. D’un autre côté, au niveau national, la stratégie des FTP est totalement intégrée à celle du PCF. C’est une volonté politique du PCF qui a fait naître les FTP. La règle des 10% stipulait que chaque instance communiste régionale devait céder 10% de ses effectifs aux FTP, et Tillon devra souvent insister pour que cette règle soit respectée, et qu’elle passe même à 20 %, ce qui n’allait pas sans problème, car beaucoup de cadres du parti ne voulaient pas affaiblir le parti en donnant les meilleurs éléments aux FTP.
Les relations entre Tillon, responsable des FTP, et Auguste Lecœur, responsable de l’organisation du parti, ne seront jamais bonnes. À partir de 1943, lorsqu’une partie relativement importante de la population, surtout jeune, est prête à s’engager dans la Résistance, les FTP en profitent largement et le recrutement déborde très largement le cercle des sympathisants communistes. En 1943, lorsque le Front national, mouvement de masse créé par le PCF, est suffisamment développé, les FTP deviennent officiellement le bras armé du Front national. Cette affiliation dont Tillon et Pierre Villon, responsable du Front national, sont les premiers à reconnaître le caractère purement formel, conforte le poids politique de chacune des deux organisations qui peuvent revendiquer autant de légitimité que les Mouvements unis de la Résistance (MUR) et l’Armée secrète (AS), qui ont regroupé, sous l’égide de Jean Moulin, plusieurs mouvements de résistance de la zone sud.