Francisco Manuel de Melo (Lisbonne, 23 novembre 1608 – 24 août 1666) est écrivain, homme politique et militaire portugais, qui appartient également à l'histoire militaire et littéraire de l'Espagne.
Considéré comme le plus grand dramaturge portugais de la période de l'Union ibérique, Francisco Manuel de Melo s'illustre dans toutes les variétés de la littérature baroque de la Péninsule : histoire, poésie, pédagogie, sciences, morale, théâtre, laissant une œuvre considérable, qui mêle au style et à la thématique baroque (l'instabilité du monde et de la fortune, dans une vision religieuse), un cosmopolitisme et un esprit galant, propres à la haute aristocratie portugaise (fidalguia) à laquelle il appartient.
Son biographe Edgar Prestage dit de lui « qu'il était versé dans les matières les plus diverses ; il pouvait prendre les commandes d'une escadre en haute mer, ou d'un bataillon, diriger un banquet diplomatique ou un bal à la cour, argumenter sur un point de théologie, réciter une ballade, expliquer l'étymologie d'un mot, composer de la musique pour un opéra, ou pénétrer les mystères de la cabale. »
Sa pièce de théâtre L'Apprenti gentilhomme (O Fidalgo Aprendiz) figure sur la liste des 50 œuvres essentielles de la littérature portugaise établie en 2016 par le très prestigieux Diário de Notícias. Publiée pour la première fois à Lyon en 1665, elle aurait servi de source d'inspiration à Molière pour écrire Le Bourgeois gentilhomme (1670).
Francisco Manuel de Melo naît à Lisbonne dans une famille de la haute noblesse. Par son père, D. Luis de Melo, il appartient à la famille espagnole des Manuel qui descend du roi de Castille Ferdinand III de Castille qui reconquit au XIIIe siècle une partie de l'Andalousie sur les musulmans. Il est également parent des Bragance de Portugal, et a avec le huitième duc de Bragance, D. João (1604-1656), qui devient roi en 1640 (sous le nom de Jean IV), un ancêtre commun, le troisième duc de Bragance exécuté à Évora, en 1483, sur l'ordre du roi Jean II de Portugal. La mère de Melo, D. Maria de Toledo de Maçuellos, est quant à elle fille d'un alcalde mayor d'Alcalá de Henares, et (selon certaines sources) petite-fille du chroniqueur et grammairien juif portugais Duarte Nunes de Léon, ou de Leão.
Le père de D. Francisco, D. Luis, militaire, meurt en 1615, dans l'île de São Miguel, des Açores, laissant, outre le jeune orphelin, une fille, Isabel. Conformément à l'usage, en février 1618 Philippe II du Portugal prend le jeune Melo sous sa protection et le nomme « garçon-gentilhomme » (Moço-Fidalgo), et le jour suivant, « gentilhomme-écuyer » (Fidalgo-escudeiro) de la Maison Royale du Portugal.
Melo fait ses études au collège jésuite de Lisbonne, le Colégio de Santo Antão, études interrompues par lui dès l'âge de 17 ans, pour s'engager dans l'armée. C'est ce qu'il explique, en 1636, dans sa première lettre à D. Francisco de Quevedo : « Parce que dès les premières années, en raison de la mort de mon père, il me manqua quelqu'un qui me disposa aux emplois dignes des hommes de bien. La liberté, plus qu'autre chose, m'amena à embrasser la carrière des armes, et cette vie de soldat (si une telle inquiétude peut s'appeler vie). Je la suis jusqu'à présent »
En 1625, à l'âge de 17 ans, il écrit un petit traité de mathématiques Concordancias Matemáticas de antiguas y modernas hipótesis, et à 18 ans, une nouvelle intitulée Las finezas malogradas, tous deux perdus. En 1626, il s'engage dans les galères qui mouillent à Lisbonne, puis dans l'escadre commandée par D. Manuel de Meneses, général qui vient de se couvrir de gloire dans la reprise de Salvador de Bahia aux Néerlandais.
La carrière des armes au service des Habsbourg
Alors qu'elle passe au large des côtes françaises de Saint-Jean-de-Luz et d'Arcachon en janvier 1627, l'escadre sur laquelle se trouve Melo essuie une tempête exceptionnelle, qui aboutit au plus grand naufrage de l'histoire de la marine portugaise. Les sept navires sombrent, parmi lesquelles deux énormes caraques des Indes de 1 800 tonneaux chargées de pierres précieuses et d'épices, ainsi que les cinq galions de guerre qui les escortent, portant la fine fleur de l'aristocratie portugaise. Avec 2 000 morts, et seulement 300 rescapés, ce naufrage constitue, du point de vue des pertes humaines, de la pire catastrophe militaire subie par le Portugal depuis la défaite et la mort du roi Sébastien à Alcacer Quibir (Ksar el-Kébir), au Maroc, en 1578.
Sauvé, ainsi que son chef, après avoir été chargé d'ensevelir les cadavres des naufragés, il se rend pour la première fois à Madrid, puis il rembarque à bord du São Salvador, bâtiment de guerre faisant partie d'une formation navale sous les ordres de Tristão de Mendonça Furtado, qui l'emmène combattre contre des pirates barbaresques. À l'issue de ces campagnes, il est armé chevalier en 1629, puis il est nommé capitaine d'infanterie, chargé de recruter une compagnie à Lisbonne.
Cette année-là voit la publication de sa première œuvre littéraire, un petit recueil de douze sonnets écrits en castillan : Doce sonetos por varias acciones en la muerte de la Señora Doña Inés de Castro. Deux ans plus tard, en 1631, il rédige à l'attention du roi Philippe III de Portugal un Mémoire sur la contribution à demander à la noblesse portugaise (Memorial ofrecido al Rey Nuestro Señor sobre el donativo que se trata pedir a la Nobleza del Reino de Portugal), resté inachevé et manuscrit. Parti séjourner à Madrid où se trouve la cour royale, il est fait membre de l'Ordre du Christ en 1634, ce qui le propulse au sein de l'élite portugaise, et lui permet de bénéficier d'un nombre considérable de privilèges, parmi lesquels celui de ne pas pouvoir être incarcéré dans des prisons publiques. Il s'engage alors dans l'escadre envoyée à La Corogne, sur le vaisseau Bom Sucesso.
Nommé gouverneur de Baiona en Galice, il entre en contact avec les plus éminents intellectuels de l'époque comme Francisco de Quevedo. Les décès successifs de sa mère, puis sa sœur Isabel au début de l'année 1636 l'amènent à revenir à la littérature. Dans un sonnet de la Harpa de Melpomene, qu'il intitule Pour les deux morts jointes de mère et sœur (En las dos muertes juntas de Madre y Hermana), il écrit :
La même année, après un passage à Madrid, il s'embarque sur le bateau amiral São Francisco, qui est envoyé à Cadix, puis à Malaga au secours du comte de Linhares. En 1637, Melo est envoyé mater les soulèvements anti-espagnols à Évora, au Portugal avec le Comte de Linhares. Il revient à Madrid (en passant par Vila Viçosa où se trouve le palais des Bragance), pour informer le Comte-Duc d'Olivarès de ces événements. En avril 1638, il publie sa Política militar en avisos de generales, dédiée à la fois au Comte de Linhares, et à Olivarès. À ce moment, il semble qu'il a été déjà arrêté et incarcéré deux fois, en 1637 et 1638, pour des motifs inconnus.
En décembre 1638, il est chargé de recruter un tercio pour mater la révolte des Flandres. Placé à la tête de son unité, il conduit ses hommes à La Corogne et assiste à la défense de la ville contre l'escadre française commandée par l'archevêque de Bordeaux, Henri d'Escoubleau de Sourdis. Chargé, ensuite, de l'embarquement des tercios pour les Pays-Bas, il se voit confier la manœuvre du galion São Francisco de l'escadre de l'amiral espagnol Oquendo qui, le 11 septembre, arrive dans le Canal de la Manche et livre bataille aux Néerlandais, combat décrit en détail dans l'Epanáfora Bélica. En décembre de la même année, sa présence est signalée dans divers postes des Flandres.
Guerre de Restauration et passage au service des Bragance
Sans doute au début de 1640, D. Francisco revient par voie de terre à Madrid, où il est largement récompensé de ses services. Successivement affecté à la Junte installée à Vitoria pour la direction de la guerre contre la France, puis nommé adjoint du Marquis de Los Vélez, commandant en chef de l'armée de pacification de la Catalogne révoltée, c'est lui, en particulier, qui négocie la capitulation de la place des Cambrils. À l'issue de cette négociation, le roi Philippe III et son ministre le comte-duc d'Olivarès le chargent d'écrire l'histoire de la campagne.