Francis Walsingham (env. 1530 à Chislehurst, Kent - 6 avril 1590) est connu comme le « maître-espion » d'Élisabeth Ire d'Angleterre dont il est également secrétaire d'État. Admirateur de Machiavel, il est connu pour son efficacité en tant qu'espion et sa capacité à susciter intrigues et fausses intrigues pour la cause de la sécurité de la Couronne anglaise. Jean-Claude Cousseran voit en lui le père fondateur des politiques modernes de renseignement, dans leur double dimension intérieure et extérieure.
Francis Walsingham nait aux alentours de 1532, probablement à Foots Cray, près de Chislehurst, dans une famille protestante de la petite noblesse du sud de l'Angleterre. Son père, prénommé William, est un avocat fortuné mais meurt en 1534 tandis que sa mère, Joyce, est la fille du courtisan Edmund Denny et la sœur de Anthony Denny, l'un des principaux gentilshommes de la chambre privée (en) d'Henri VIII. William Walsingham servit dans la commission chargée d'enquêter sur les biens du cardinal Wolsey en 1530 et son frère aîné, Edmund Walsingham, est lieutenant de la Tour de Londres. À la suite du décès de William, Joyce se remarie avec le courtisan John Carey en 1538 dont le frère, le courtisan William Carey, est le mari de Mary Boleyn, sœur aînée de la reine Anne.
Des cinq sœurs de Francis Walsingham, Mary est mariée pendant plus de 20 ans à Walter Mildmay, qui est chancelier de l'Échiquier, tandis qu'Elizabeth épouse le parlementaire Peter Wentworth.
Il fait ses études au King's College de l'université de Cambridge de 1548 à 1550. Entre 1550 et 1551, il voyage en Europe continentale avant de revenir en Angleterre en 1552 pour intégrer Gray's Inn, l'une des quatre « auberge de la Cour » permettant d'accéder au barreau.
L'accession au trône de Marie Ire, souveraine catholique, le pousse à fuir sur le continent. Il reprend ses études de droit à Bâle puis à Padoue où il est élu par ses camarades estudiantins à leur tête en 1555. Il visite la Suisse de 1556 à 1558, nouant de nombreux contacts avec des huguenots francophones comme François de La Noue.
À la mort de Marie Ire en 1558, c'est sa demi-sœur Élisabeth Ire qui lui succède et Francis Walsingham retourne en Angleterre. Avec le soutien de l'un de ses anciens camarades d'exil, Francis Russel, 2e comte de Bedford, il est élu en 1559 à la Chambre des communes en tant que représentant de la circonscription de Bossiney.
Il est réélu en 1563 pour les circonscriptions de Lyme Regis, — également sous l'influence du comte de Bedford — et Banbury mais choisit de représenter Lyme Regis.
En janvier 1562, il épouse Anne, fille de George Barne II, lord-maire de Londres en 1552-1553, et veuve d'un marchand de vin, Alexander Carleill. Elle meurt deux ans plus tard, Francis Walsingham récupère la tutelle sur son fils Christopher Carleill. En 1566, Walsingham épouse Ursula St. Barbe ; veuve de Richard Worsley , acquérant ainsi les domaines d'Appuldurcombe et de Carisbrooke Priory sur l'île de Wight. L'année suivante nait leur fille Frances. Ursula a eu de son précédent mariage deux fils, John et George, qui sont tués en 1567 dans une explosion de poudre à canon à Appuldurcombe.
Dans les années qui suivent, Francis Walsingham soutient activement les huguenots français et développe une étroite et amicale relation de travail avec Nicholas Throckmorton, son prédécesseur comme représentant de Lyme Lyme Regis et ancien ambassadeur en France.
En 1569, Walsingham travaille avec William Cecil pour contrecarrer des complots contre Élisabeth. Il est ainsi des instruments de l'échec du complot de Ridolfi qui espère la remplacer par Marie Stuart. On lui attribue la rédaction d'un texte de propagande décrivant une alliance conspirative entre Marie, Sir Thomas Howard et Roberto di Ridolfi : « Discourse Touching the Pretended Match Between the Duke of Norfolk and the Queen of Scots ». Après que le complot eut été dénoncé, des interrogatoire auraient été menés chez Walsingham.
En 1570, la reine choisit Walsingham pour appuyer les Huguenots dans leurs négociations avec Charles IX. Plus tard dans l'année, il remplace Henry Norris, 1er baron Norreys, comme ambassadeur à Paris. L'une de ses premières actions est de continuer les négociations pour un mariage entre Élisabeth et le futur Henri III mais ce plan est finalement abandonné en raison du catholicisme de celui qui est alors le duc d'Anjou.
Une solution alternative est envisagée avec le benjamin des enfants d'Henri II, François, duc d'Alençon, mais Francis Walsingham le considère comme laid et « dénué d'un bon humour ». Élisabeth a 20 ans de plus que le duc d'Alençon et elle est soucieuse du fait que cette différence d'âge puisse paraître absurde.
Francis Walsingham pense qu'il pourrait servir de manière plus efficace l'Angleterre en cherchant une alliance militaire avec la France contre les intérêts espagnols. C'est ainsi que le traité défensif de Blois est conclu en 1572 mais ne comportant pas de dispositions sur le mariage, il laisse ouvert la question de la succession d'Élisabeth
Les Huguenots et d'autres protestants européens soutiennent les révoltes naissantes dans les pays-Bas espagnols. Lorsque l'opposition des catholiques débouche sur la mort de Gaspard de Coligny et le massacre de la Saint-Barthélemy, la maison parisienne de Walsingham devient temporairement un refuge pour des protestants tels que Philip Sidney. Ursula, alors enceinte, s'enfuit en Angleterre avec leur fille de quatre ans. Elle y donne naissance, en janvier 1573, à leur seconde fille, Mary. Francis Walsingham retourna en Angleterre en avril, s'étant montré comme une personne compétente sur laquelle la reine et Cecil pouvaient compter.
Un conseiller aux multiples postes
Quelques mois auparavant, en 1572, Francis Walsingham se fait élire au Parlement dans la circonscription du Surrey ; siège qu'il conserve jusqu'à sa mort bien qu'il ne soit pas un parlementaire majeur.
Au cours du mois de décembre suivant son retour (1573), il est nommé au Conseil privé en tant que secrétaire principal avec Thomas Smith. Après le retrait de ce dernier en 1576, Francis Walsingham, bien qu'il ne soit pas formellement nommé Lord du sceau privé, prend le contrôle effectif de ce dernier.
Il est adoubé chevalier le 1er décembre 1577 et reçoit en sinécure les postes de recorder (en) de Colchester, custos rotulorum (en) du Hampshire et Grand intendant des villes de Salisbury, Ipswich et Winchester. Dès le 22 avril 1578, il est nommé chancelier de l'Ordre de la Jarretière ; poste qu'il conserve jusqu'au mois de juin 1587, date à laquelle il est remplacé par Amias Paulet du fait de sa nomination au poste de chancelier du duché de Lancastre en plus de celui de principal secrétaire.